Archive pour le 1 février, 2009

Walkyrie

1 février, 2009

Pourquoi suis-je aussi mal en sortant d’avoir été voir « Walkyrie », le dernier film de Bryan Singer, avec Tom Cruise?
Je ne suis pas certaine que ce soit le film en lui-même qui provoque en moi un tel malaise.
Mais plutôt le fait de l’avoir regardé comme un documentaire dont nous connaissons tous la fin tragique.
Tout au long du film, on pense à ceux qui ont vraiment existé et qui revivent aujourd’hui sous les traits de ces acteurs.
Le complot des officiers allemands qui ont tenté d’assassiner Hitler le 20 juillet 1944 a été doublé d’une tentative de coup d’Etat ambitieuse.
Ils n’étaient pas loin de réussir. Et ils l’ont tous payé de leur vie.
Le comte Claus von Stauffenberg est interprété plutôt sobrement pas Tom Cruise.
Le film était sans doute nécessaire (bien qu’un ami allemand m’ait expliqué que plusieurs autres versions avaient déjà été tournées en Allemagne sur le sujet), pour mieux prendre conscience de l’existence de la Résistance Allemande, à l’époque. Il leur a fallu beaucoup de courage.

Le Jardin du Luxembourg

1 février, 2009

Dès le début de nous, Paris est devenu notre ville refuge.
La première fois que nous nous y sommes retrouvés, je lui avais demandé de m’emmener sur les chemins de son enfance.

Le Cinquième arrondissement.
Il m’a montré la Sorbonne, le Panthéon, les coins et les recoins de ces rues qu’il a arpentées pendant des années, la maison où il a grandi, la fenêtre depuis laquelle, petit garçon solitaire, il regardait la vie se dérouler dans la rue, sous ses yeux.
Et puis nos pas nous ont dirigés vers le Jardin du Luxembourg.
Moi qui ai toujours refusé les promenades dans les parcs, détestant les lieux trop fréquentés, j’ai tout de suite aimé cet endroit sur lequel s’ouvre le Sénat.
Il était là… tout prenait une couleur différente, rien ne ressemblait plus à rien…
Nous avons marché, main dans la main, dans les allées, sous un soleil de plomb.
C’était au mois d’août…
Nous nous sommes installés sur des chaises disposées à l’intention des promeneurs.
C’est là qu’a eu lieu notre première conversation, en face-à-face très tendre, sur notre présent, notre avenir, sur nos craintes et la conscience des difficultés qui nous attendaient.
Je garde de ce jour le souvenir lumineux de nos baisers dans ce jardin fleuri où je ne voyais que lui…
C’est là, je crois, que nous avons compris qu’il n’est pas possible que nous nous séparions un jour… car nous en serions tous les deux malheureux à jamais.

Depuis, nous sommes retournés au Jardin du Luxembourg.
Le monde qui s’y balade ne me fait ni chaud ni froid quand il est avec moi.
Je suis toujours aussi heureuse lorsque nous squattons les bancs publics, lorsque nous arrêtons le temps au-milieu d’un monde qui continue à courir autour de nous.
Je savoure toujours autant chaque seconde de ces instants où il transforme le monde en un immense jardin.
Où il pose des gouttes de bonheur partout où nous passons.
Où nous partageons des fous rires d’enfants turbulents lorsqu’il me commente l’anatomie des statues à la manière d’un guide touristique peu orthodoxe.
Le temps passe, sur le Jardin comme ailleurs.
Nous avons avancé sur notre chemin.
Nous avons moins peur, les fondations sont posées, la vie est en marche.
Il continue à remplir ma vie de soleil.
Et moi… je ne vois toujours que lui, dans les Jardins du Luxembourg comme ailleurs…

Pablo Neruda: Il meurt lentement, celui qui…

1 février, 2009

Pablo Neruda

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à porter une nouvelle couleur
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement celui qui fait de la télévision son guide

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
celui qui préfère le noir au blanc, les points sur les « i » à un tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés.

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement celui qui passe ses jours
à se plaindre de sa mauvaise fortune ou de la pluie incessante.

Il évite la mort celui qui se rappelle qu’être vivant requiert un effort bien plus important que le simple fait de respirer.

Discours de Pablo Neruda – Prix Nobel de littérature 1971

Tintinophiles à Cheverny

1 février, 2009

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Moulinsart, le château du capitaine Haddock, existe. Il se trouve dans le Val de Loire, où l’occasion est donnée aux visiteurs d’entrer dans la bande dessinée d’Hergé.

La légende dit que, alors qu’il se promenait dans la région, en quête d’un toit pour le capitaine Haddock, treize ans après avoir créé Tintin, Hergé aurait eu le coup de foudre pour le château de Cheverny, dans le Val de Loire. Vrai ou faux?
« À peu près vrai, sourit le Marquis Charles-Antoine de Vibraye, propriétaire actuel du château. Hergé s’est en effet mis à la recherche d’une demeure pour le capitaine. C’était un dessinateur aussi documenté qu’inspiré. Il semblerait qu’il a découvert Cheverny dans un livre, et qu’il a été séduit par sa ligne claire. Mon grand-oncle, qui était propriétaire du château à l’époque est décédé en 1976, sans jamais avoir vraiment parlé de cet épisode à quiconque. Nous n’avons donc pas de preuve de la visite d’Hergé. Mais nous savons qu’un dépliant de Cheverny a été retrouvé chez lui et se trouve aujourd’hui à la Fondation Tintin. »

LA CRYPTE DE RACKHAM
Moulinsart ressemble à s’y méprendre à Cheverny. À ceci près qu’Hergé a supprimé les deux ailes du château pour sa bande dessinée. Le grand escalier central est authentique lui aussi. Mais, au risque de décevoir les adeptes du « Trésor de Rackham le Rouge », la crypte du château est, elle, pure invention. Au fil du temps, les propriétaires de Cheverny comprennent l’intérêt que représente pour eux le filon Tintin. En 2001, les tintinophiles comblés découvrent pour la première fois l’exposition permanente, installée dans une dépendance du château et intitulée « Les secrets de Moulinsart ».
« La majorité des 300 à 350’000 visiteurs que nous recevons chaque année viennent parce qu’il s’agit d’un château du Val de Loire, confie le Marquis. Mais ils sont de plus en plus nombreux à se déplacer pour Tintin. Pour ma part, il a bercé mon enfance. J’ai donc toujours trouvé tout naturel de retrouver le château familial dans la BD.  »

IMMERSION EN BD
Cette impression de vivre dans la bande dessinée, l’actuel maître des lieux a décidé de la faire partager au public. En pénétrant dans le pavillon abritant l’exposition, le visiteur est immédiatement saisi par l’ambiance sonore et très ludique de l’exposition. Chaque pièce met en scène un passage de certains albums, avec un sidérant respect du détail. La première pièce est la reconstitution fidèle l’endroit où Tintin est retenu prisonnier, dans « Le Secret de la Licorne ». Avec une poutre accrochée sur un balancier composé de draps, il perce le mur de la cave du château de Moulinsart, qui n’appartient pas encore à Haddock, et découvre la crypte. Un peu plus loin, dans le salon du château, la nuit est tombée et l’orage éclate. Un bruit de verre brisé: le professeur Tournesol vient d’être enlevé. Le passant est plongé au cœur de l’énigme de « L’Affaire Tournesol ». Un crochet par son laboratoire permet de découvrir le sous-marin à corps de requin et les étranges appareils sur lequel travaille le savant. Un détour par la chambre occupée par Tintin à Moulinsart, révèle pour la première fois une facette jusqu’ici inconnue du personnage. Très conservateur, celui-ci a conservé une infinité de souvenirs de ses aventures, tous rangés dans sa chambre.

Chaque pièce, chaque couloir est peuplé de voix, de bruits, d’ambiance. Partout, des trappes attendent d’être ouvertes, révélant des objets cultes de la BD. Comme les ustensiles utilisés par l’infernal petit prince Abdallah pour empoissonner la vie d’Haddock dans « Tintin au Pays de l’Or Noir ». À l’étage, la Castafiore s’égosille, interprétant inlassablement l’air des Bijoux, devant une fresque mettant en scène tous les personnages de l’ensemble des albums du célèbre reporter.

ALLO, BOUCHERIE SANZOT?

Plusieurs portraits ornent les murs de l’exposition. Les plus drôles tracent un parallèle entre la fiction et la réalité. Sous les tableaux représentant les personnages secondaires de la BD, ont été disposées les photos de ceux qui remplissent leurs fonctions dans la réalité: le gendarme, le maire, le boucher, le garagiste ou le majordome.
« Nestor, le majordome, existe bel et bien, explique Charles Antoine de Vibraye. Dans la réalité, il s’appelle Jean-Claude et est aussi attaché au château que peut l’être Nestor. Il y a une similitude troublante entre la réalité et la bande dessinée. Ainsi, la boucherie Sanzot s’appelle en fait la Boucherie Château. Et nous avons eu très souvent des coups de téléphone de personnes qui voulaient nous commander des steaks, exactement comme dans les livres. Nous devions leur expliquer que nous étions le château, et non pas la Boucherie « le Château ».  »

Martine Bernier

+ D’INFOS

Domaine de Cheverny. Visite à la carte comprenant, à choix, la visite du château, l’exposition Tintin, le parc et le canal. Le château est ouvert tous les jours de l’année. Pour tous renseignements: 0033 2 54 79 96 29. Site internet: www.chateau-cheverny.fr

Google: quand un bug nous fait passer du blanc au noir

1 février, 2009

Surprise pour les internautes passant par Google, en cet après-midi du 31 janvier.
En partant à la pêche aux informations sur des sites pourtant réputés pour leur sérieux comme la CourdeCassation.fr ou LeMonde.fr, ils tombaient sur un message les avertissant, quels que soient les sujets recherchés que «Ce site risque d’endommager votre ordinateur»

Google explique aujourd’hui que « cette mise en garde s’affiche en principe exceptionnellement, pour alerter les internautes utilisateurs de Google des risques qu’ils encourent à consulter des sites identifiés comme dangereux ou douteux , susceptibles de transférer des « malwares », virus, chevaux de Troie ou modules de ‘phishing’ (ou ‘hameçonnage’ de codes bancaires) »-

Plutôt mal à l’aise, les responsables de Google, bien obligés de reconnaître qu’il y a eu comme un gros bug, ont fait leur mea culpa dans la soirée.

Leur explication: le problème est dû à une erreur humain, commise malencontreusement, lors de la mise à jour de la liste des sites malveillants téléchargés dans la base de données StopBadware.org. Cette dernière, où Google va puiser régulièrement, s’actualise en permanence.

Un clic distrait dans la mauvaise case… et hop! Voilà toute une série de sites réputés sains, fiables et protégés propulsés sur la liste noire des affreux-vilains à éviter.

Google est, paraît-il, contrit.
Tsss… A-t-on idée aussi! Laisser un homme faire le travail d’un gentil petit robot! Non mais…
Car c’est bien connu: l’erreur est humaine.

Daniel Scaturro: Le Noël des santons

1 février, 2009

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À Aubagne où il exerce son métier, le maître santonnier Daniel Scaturro perpétue la tradition des santons provençaux. Et l’adapte à son époque en y introduisant des visages d’aujourd’hui.

« Un jour, un marseillais a eu l’idée d’introduire le santon dans les maisons provençales. Depuis… Dieu nous le rend!  »
On dit de lui qu’il est artisan. Ne vous y trompez pas. Dans son atelier d’Aubagne, dans le sud de la France, Daniel Scaturro est un faiseur de rêve. Partout, sortant de boîtes en cartons, des bras, des mains, des visages attendent qu’il leur insuffle la vie. Consacré « Meilleur ouvrier de France » en 1997, ce santonnier est considéré comme l’un des plus doués. Avant lui, son père, sa mère et ses grands-parents créaient les personnages de la Nativité, pour le plaisir. Baigné dès sa plus tendre enfance dans l’odeur du liège, de l’argile et de la colle d’os, le petit garçon hésitera, à l’adolescence, entre deux vocations: la musique et l’art du santon. « J’ai opté pour le métier de santonnier, pour lequel il n’existe pas d’école. C’est un métier magique… »
Depuis, chaque jour, il fait naître de l’argile des visages et des corps, ensuite habillés de vêtements en tissu réalisés sur mesure par Marie di Rosa, sa couturière.

Naissance d’un « santoun »
Des outils de façonnage aux animaux de la crèche, tout est réalisé dans l’atelier. Son contenu est digne d’un inventaire à la Prévert. On y trouve des rois mages, le buste d’une femme, des boulangers, des porteuses d’eau, quelques ânes, une dizaine de moutons…. « Pour les santons, je commence par le modèle. Il faut saisir l’expression et sculpter la tête qui servira de base. Ensuite, j’en tire un moule mère, et des moules de travail, que je coule en plâtre. Je les réutilise pour reproduire les santons. Chaque personnage demande plusieurs heures de travail. Il faut les mouler, les retravailler pour ôter les bavures, puis les cuire et les peindre. Ensuite, ils sont habillés. »

Santons de cinéma
Comme ses collègues, Daniel Scaturro perpétue la tradition en créant les personnages de la crèche provençale. Mais il a également innové lorsque, en 1986, est sorti le film « Jean de Florette ». Le « Papet », personnage joué par Yves Montand, l’inspire à tel point qu’il crée un santon à son effigie. Convaincu que ce santon ne suffira pas à attirer durablement l’attention du public sur lui, il réalise dans la foulée un buste du « Papet ». À force de persévérance, il réussit à convaincre le journaliste Yves Mourousi à le laisser installer sa sculpture sur son plateau de télévision lorsque, en direct de Cannes, il reçoit l’acteur, alors président du Festival de Cannes. La réaction est immédiate: celui-ci est séduit par le talent de l’artiste dont la carrière prend un nouvel essor.

D’Huster à Ugolin
Si l’atelier du santonnier a des allures de Musée Grevin miniature, ce n’est pas un hasard. Le comédien Francis Huster, qui possède plusieurs santons de Daniel Scaturro le représentant dans ses principaux rôles, est un admirateur inconditionnel. Son double d’argile rejoint d’autres personnalités connues du public, comme Fernandel, Louis de Funès, Jean Gabin, Coluche, Raimu ou Pagnol. « Parfois, ces santons m’apportent des surprises. J’ai représenté Daniel Auteuil dans son personnage d’Ugolin. Quand je l’ai donné à sa maman, elle m’a avoué qu’elle ne reconnaissait pas son fils. Puis elle m’a téléphoné pour me dire que, en effet, ce n’était pas son fils… c’était tout à fait Ugolin. J’ai également offert un santon au président Chirac, à son image. Il est exposé au musée Chirac, à Sarran, en Corrèze. »

Santons personnalisés
Portraitiste de talent, le santonnier accepte également de réaliser des santons sur commande. Sur demande, il façonne des personnages représentant Monsieur et Madame Tout le Monde, dans les costumes et les situations qu’ils souhaitent. « Je travaille d’après photo. Il m’en faut plusieurs pour bien pouvoir saisir les personnages. J’ai par exemple reçu un couple, qui fêtait son anniversaire de mariage. Ces personnes souhaitaient que je crée des santons à leur image, mais ils voulaient figurer dans la fameuse scène de la partie de cartes, tirées du film « Marius », de Pagnol. Je les ai fait figurer sur la terrasse du café où se déroule la partie… »
Parmi ses santons, Daniel Scaturro adresse des clins d’œil à ses proches. Son père et son beau-père lui ont tous deux servis de modèles. Et les personnages qui les représentent figurent parmi les plus attachants de sa collection.
Aujourd’hui, les santons habillés se vendent moins bien. Les professionnels doivent redoubler d’efforts pour vivre de leur profession. Le maître santonnier d’Aubagne qui rêve de monter une école de santonniers, ne changerait pourtant de métier pour rien au monde. On dit de lui qu’il est artisan. Réflexion faite, Daniel Scaturro est un artiste.

Martine Bernier

L’origine des santons

En provençal, « santoun » veut dire « petit saint ». Si ces personnages existent dans divers endroits du monde, ils sont nés en Provence où ils célèbrent la beauté de la Nativité. Eux-mêmes sont nés après la Révolution française, lorsque les églises ont été fermées et la célébration de la messe de minuit interdite. En réaction, quelques artisans ont créé ces statuettes, d’abord en mie de pain, puis en argile rouge, pour « faire entrer Jésus dans les maisons ». Leur manière à eux de faire de la résistance, tout en douceur et en poésie… Les santonniers d’aujourd’hui le disent d’ailleurs encore: « Vous ne pouvez pas être santonnier si vous ne croyez pas en Dieu. C’est une affaire entre lui et nous. »

En savoir plus:
Daniel Scaturro, 20A avenue de Verdun, 13400 Aubagne, France. Tél. 0033 4 42 84 33 29

http://www.santonsdanielscaturro.com/

Président de la Corporation des santonniers européens, Daniel Scaturro et ses collègues proposent des expositions de santons dans toute l’Europe. Il suffit pour cela de le contacter.

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Marais salants de Guérande: L’or blanc des paludiers

1 février, 2009

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La fleur de sel est un produit apprécié des tables les plus raffinées. Au bord de l’Atlantique, les paludiers la cultivent et la récoltent depuis des siècles. Un métier ancestral, de nos jours en pleine expansion.

« Il n’y a pas si longtemps, beaucoup disaient de notre profession qu’elle était vouée à disparaître. Aujourd’hui, non seulement c’est un métier très actif, mais également promis à un bel avenir. La preuve? La moyenne d’âge des paludiers est de 38 ans! Ici, on dit que le sel est si bon que l’on en met dans la conversation…. »
Yvon Morandeau, paludier à Guérande (Loire-Atlantique), partage son temps entre son travail et son activité de guide à la Maison des Paludiers de Saillé. Situé au cœur des marais salants de la Presqu’île Guérandaise, ce village a été longtemps la capitale française du sel. Il était donc normal qu’il abrite ce lieu touristique, de rencontre et d’information, entièrement voué à l’or blanc local.
Les salines sont partout dans la région, découpant le paysage en parcelles recouvertes d’eau, brillant comme des miroirs au soleil. Les producteurs répètent inlassablement les gestes inventés du temps des Romains. « Certaines de nos salines sont antérieures aux cathédrales, et elles fonctionnent toujours, souligne Yvon Morandeau.. Nous disposons d’environ 1700 hectares de marais salants de Guérande pour à peu près 300 paludiers. Il ne faut pas confondre le saunier, qui transporte le sel, et le paludier qui le produit.  »

SOLEIL AMI DU SEL

Les méthodes de récolte n’ont pas changé au cours des siècles. Le sel naît de l’alchimie entre la mer, le vent, le soleil et la terre d’argile, auxquels vient s’ajouter le savoir-faire de l’homme. Les salines se présentent comme un dédale complexe de réseaux de canalisations. La mer pénètre dans les marais par des canaux, les étiers. Un dispositif de trappes permet à l’eau de s’infiltrer dans un premier bassin, la vasière, lors des grandes marées. Lorsqu’il fait sec, le vent agit comme une gigantesque éponge absorbant les vapeurs d’eau en surface. L’eau circule de bassin en bassin, sur une pente très légère, sans jamais rester immobile. Deux bassins centraux, les adernes, distillent l’eau dans les œillets, réservoirs plus petits où se cristallise le sel. Chaque paludier possède entre 50 et 70 œillets, qui, au total, fournissent 10’000 tonnes de sel par année
« Le sel se récolte de mi- juin à mi-septembre, explique le guide. Le reste de l’année, nous nous consacrons au nettoyage des bassins et des tuyaux dans lesquels on peut trouver entre 15 à 20 kilos d’anguilles. Notre système est archaïque, mais il ne tombe jamais en panne! »

CAVIAR DE LA MER

Les paludiers récoltent deux sortes de sel. La majeure partie de la récolte est composée de gros sel gris, teinté par l’argile. Quand l’été est bien sec, il fait apparaître un sel blanc et fin qui flotte à la surface: la fleur de sel, traditionnellement ramassée par les femmes. Plus rare et donc plus recherché, un kilo de ce « caviar de la mer » nécessite 25 litres d’eau.
Constitué en coopérative agricole, le groupement des producteurs de sel travaille sans subvention. En revanche, les paludiers ont mis au point un système d’entraide étonnant. Chaque producteur dégage du temps libre pour venir prêter main-forte aux autres, à tour de rôle. Un engagement conséquent, reconnaît Yvon Morandeau qui a lui-même donné 45 jours de travail gratuit l’an dernier. « Nous sommes environ 300 paludiers, locataires ou propriétaire, ajoute-t-il. Nous formons des équipes, et personne ne compte le temps qu’il va passer pour vous aider. »
La méthode fonctionne ainsi depuis des siècles et ne risque pas de s’arrêter. Tandis que les paludiers s’activent, Guérande La Médiévale veille sur la région dont elle est la capitale. Et pour cause: Gwen Rann, signifie en breton, le Pays Blanc.

Martine Bernier

Infos pratiques

Vous souhaitez vous former au métier de paludier? Ceux-ci utilisent des saisonniers pour la récolte et pour le portage du sel. Des stages sont ouverts à tous, mais il faut y consacrer toute la saison (2 à 3 mois en été).
Renseignements:
- Maison des Paludiers, 18 rue des Prés Garnier – Saillé – 44350 Guérande – France .
Tél. : 0033 2 40 62 21 96
Fax: 0033 2 40 15 03 46

http://www.paysblanc.com/maisondespaludiers

Email: maison.paludiers@free.fr

Demeure d’Alexandre Dumas: Le château de Monte-Cristo

1 février, 2009

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Spectaculaire et extravagante, l’ancienne demeure de l’écrivain Alexandre Dumas Père mérite le détour. Visite dans l’univers du génial créateur.

Dans les Yvelines, à Port-Marly, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, se trouve l’un des châteaux les plus insolites qui soient, tout entier construit selon la démesure et à la gloire de son premier propriétaire: Alexandre Dumas Père.
Dumas était un personnage généreux, très expansif . Il l’a fait construire pour pouvoir recevoir les très nombreuses personnes qui venaient le voir. Et son univers était assez extravagant pour attirer du monde…
C’est en 1844, alors qu’il vient de faire fortune avec son livre « Les Trois Mousquetaires », que l’écrivain acquiert la propriété de trois hectares. A l’époque moins boisée, on peut y voir la Seine en contrebas. Il décide l’an suivant d’y faire construire un château de style Renaissance qu’il baptise aussitôt « le Château de Monte-Cristo ». Celui-ci est inauguré en 1847… et revendu un an plus tard, tandis que son propriétaire est ruiné.
Aujourd’hui, la demeure est nichée au bas d’un parc où ont été reconstituées les petites grottes et les cascades voulues par l’auteur. On y accède par un théâtre de verdure, où rocailles et bassins voisinent avec le jardin d’Haydée, petit labyrinthe de verdure.
En arrivant devant le château, le premier choc provient des façades. Entièrement sculptées, elles sont couvertes de motifs floraux, d’anges, d’instruments de musiques, et de portraits en médaillons de grands écrivains. Y figure également la devise de Dumas: « J’aime qui m’aime »… et un portrait de lui, à la place d’honneur, juste au-dessus de l’entrée. C’était un homme assez mégalomane. Il a d’ailleurs été très caricaturé, comme en témoigne la collection de dessins d’époque que nous avons réunie.

Lorsque trop d’invités fréquentaient sa somptueuse maison, Dumas partait se réfugier dans son cabinet de travail pour y écrire. Celui-ci, bâti un peu plus haut, dans le jardin, est aussi étonnant que le logis principal. Petit pavillon néogothique répondant au nom de « Château d’If », il est entouré de douves et se veut une réduction du paradis terrestre. D’autres styles architecturaux s’y confondent. On y retrouve ainsi des accointances avec les chalets suisses et les maisons normandes…
Ici encore, des bas-reliefs ornent les façades, évoquant des personnages et 88 titres de romans de Dumas. À l’entrée, un chien de pierre endormi dans sa niche semblent toujours veiller sur la tranquillité de son maître. Car Dumas adorait les animaux. Il en possédait beaucoup. Parmi eux, il y avait des chiens, des chats, une grande volière, des singes et un vautour, « Jugurtha », aussitôt rebaptisé « Diogène » parce qu’il vivait dans un tonneau! Il a pendu la crémaillère en 1847. Il avait invité cinquante personnes… et six cents sont venues.

CHAMBRE ORIENTALE

Si vous visitez le Château de Monte-Cristo, n’espérez pas y retrouver intact le décor d’origine. Le cabinet de travail comme le château ont été vidés de leurs meubles luxueux et de leurs œuvres d’art au fil du temps et des changements de propriétaires. Mais la perle du château, elle, est toujours là. Celle-ci se trouve à l’étage où Dumas a fait construire « le salon mauresque ».
À l’époque, il a fait venir en France deux artisans tunisiens, un père et son fils, attachés au Bey de Tunis.. Il leur a demandé de réaliser cette chambre qui est un véritable chef-d’oeuvre. Elle a été restaurée en 1985, grâce au roi Hassan II du Maroc.
La pièce, raffinée et parfaitement insolite, semble sortie d’un conte des Mille et une Nuits. Les murs sont en dentelle finement sculptées d’arabesques et de motifs floraux, misent en valeur par la lumière colorée des vitraux.
Partout dans le château aujourd’hui transformé en musée, des expositions retracent la vie de Dumas, son caractère et son œuvre. Homme à femmes, il a eu deux enfants. Un fils, Alexandre Dumas fils, auteur de « La Dame aux Camélias », et une fille, Marie.

En 1969, l’impensable se produit. Le château, terni et abîmé par le manque d’entretien, est promis à la démolition. Aussitôt se crée, en 1971, l’Association des Amis d’Alexandre Dumas, sur l’impulsion de l’historien Alain Decaux. C’est grâce à eux que l’opinion publique sera alertée et que la propriété sera sauvée. Aujourd’hui classé monument historique et racheté par un Syndicat intercommunal composé de quatre communes, le château de Monte Cristo ne craint plus l’avenir. Il a d’ailleurs bénéficié de travaux de restauration d’envergure, menés avec respect et précaution.

SEJOUR POST-MORTEM

Si Dumas n’a vécu que peu de temps dans sa demeure, il y est revenu bien après sa mort. Le 30 novembre 2002, les cendres de l’écrivain doivent entrer au Panthéon. Exhumé du cimetière de Villers Cotterêts, sa ville natale, dans lequel il repose depuis 1872, Alexandre Dumas est remis en bière et part pour un ultime voyage. Le 29 novembre, il revient dans son château, pour y passer les dernières heures précédant son entrée au Panthéon. Reçu par les autorités locales, il est veillé tandis que sa vie et son œuvre revivent à travers la lecture de ses textes, lus par des artistes. Le lendemain, c’est entouré des quatre mousquetaires qu’il quittera sa maison, passant devant une haie d’honneur formée de gardes républicains. Définitivement cette fois.

Martine Bernier

Monte-Cristo pratique

Horaires d’ouverture: Du 1er avril au 1er novembre inclus: ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 à 12h30 et de 14 à 18 heures.
Du 2 novembre au 31 mars: ouvert uniquement le dimanche, de 14 à 17 heures.
Renseignements: 0041 1 39 16 49 49
Adresse: Château de Monte-Cristo, Pavillon d’accueil, accès commun à la Clinique de l’Europe, Port-Marly.