Archive pour le 8 février, 2009

Les différences entre les hommes et les femmes. Chapitre 2. Le sens de l’orientation.

8 février, 2009

Parmi les caractéristiques qui rendent nos hommes passionnants, il en est une qui me ravit d’autant plus que j’en suis totalement dépourvue: le sens de l’orientation.
Ma moitié a beau vivre une intimité très pure avec son GPS, il m’a prouvé plus d’une fois qu’il était nettement plus doué que moi en la matière. Ce qui donne parfois lieu à des situations vaguement burlesques.

Exemple.
Je me trouve dans un hôtel.
Même s’il fait partie d’une chaîne ayant l’habitude de concevoir tous ses établissements d’après les mêmes plans, je suis incapable de m’y retrouver.
Y compris si j’y suis descendue à plusieurs reprises, je continue à m’égarer dans les couloirs, à me tromper d’étage, à mélanger les portes, à me retrouver dehors devant une porte close (mais pourquoi ces portes se referment-elles toujours automatiquement derrière nous sans qu’on leur ait demandé quoi que ce soit!?) alors que je voulais simplement me rendre à l’étage supérieur, à ne pas pouvoir définir où se trouve la salle de petit-déjeuner etc.
Idem si je m’aventure vers les commodités dans un restaurant. Si mon héroïque compagnon ne m’a pas munie d’explications détaillées, je mets un temps infini non seulement à les trouver, mais surtout à en revenir. Je m’y rends à chaque fois avec l’espoir qu’il partira à ma recherche ou lancera la colonne de secours s’il ne me voit pas réapparaître au bout d’une heure…

Oui, je sais: cela relève du handicap majeur.
Lui en sourit là où d’autres s’en énerveraient.
Notre technique est désormais imparable: je le suis comme son ombre. Avouons-le sa taille et le fait qu’il domine la majorité de la population d’une ou deux bonnes têtes est, en l’occurrence, extrêmement pratique.
Dans les lieux plus peuplés ou à l’extérieur, il ne lâche pas ma main, sûr ainsi de ne pas avoir à retourner toute la ville pour me retrouver errante dans un coin.
Mon manque de sens de l’orientation nous a valu des situations épiques, inracontables ici. Je sais qu’il en sourira en y pensant…

A chaque fois qu’il m’emmène en direction de la côte, un schéma à peu près similaire se reproduit.
Jetant un coup d’oeil à son GPS, engin amusant et déroutant (un comble!) au possible, je demande:
- Donc, la mer est devant nous… Mais… pourquoi ne la vois-je pas?
- Pourquoi dis-tu que la mer est devant?
- Parce qu’il y au une masse bleue sur l’écran…
- Oui… ça, mon coeur, on va dire que c’est le ciel. La mer est à droite, regarde…

Le temps de trouver mes lunettes et… je constate en effet que la mer est à un saut de puce…
Vexant.
Mais quelle idée aussi de mettre le ciel dans un GPS!

En balade, c’est exactement le même scénario. Je ne sais jamais où je me trouve, ce qui me rend d’ailleurs parfaitement indifférente.
Il m’est arrivé de me retrouver perdue seule et de nuit en plein coeur de l’Ouzbékistan, dans une ville ou personne ne comprenait un mot de français ou d’anglais et où les femmes semblaient avoir été rangées dans un placard pour la nuit. Avoir survécu à ce genre de mésaventures permet d’appréhender la vie quotidienne en pays francophone avec une certaine sérénité.

Le fait de ne jamais savoir où je suis semble l’amuser au plus haut point.
Mais comme il a un coeur d’or et une patience infinie, il me ménage à sa façon…
Ainsi, dans Paris, depuis bientôt deux ans que nous nous y rendons ensemble, il s’efforce inlassablement de me nommer les monuments, les noms des rues…
Parfois, il fait une tentative:
- Et ça, là… ça te dit quelque chose ? Tu reconnais ?
- Heu.. Les Champs-Elysées ?
- Oui!!!!
Fière comme un paon qui aurait découvert l’Amérique, je m’arrange pour avoir le triomphe modeste… Evitant de lui dire que je pense être parfaitement incapable de différencier les façades du Louvres de celles de la Sorbonne.
Je sais qu’il m’aime… mais je crains que son amour ait des limites. Géographiques!

M.B.

Robert Badinter: L’abolition

8 février, 2009

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Nous avons tous notre « Panthéon des Grands » personnel.
Dans le mien figure en bonne place le nom de Robert Badinter, lié à tout jamais à l’abolition de la peine de mort en France.
J’étais adolescente lorsqu’il a mené son combat, en 1976, faisant de la défense de Patrick Henry, meurtrier d’enfant, le procès de la peine de mort.
Son courage, le sentiment d’assister au combat d’un homme se battant pour une cause qui dépassait largement son intérêt personnel, son intelligence et l’extraordinaire puissance de ce débat d’idées essentiel m’ont profondément marquée.
Dans mon école catholique et bien pensante, ce genre d’événement n’était repris dans aucun cours.
J’ai donc été voir une religieuse que j’aimais beaucoup et qui tentait de nous ouvrir l’esprit aux problèmes du monde, pour lui demander son avis.
Elle était un peu empruntée. Mais elle a accepté que je lance le débat en classe.
J’ai été frappée de découvrir, dans la bouche de mes camarades de classe que je croyais connaître, la même hargne, voire la même haine qu’elles rencontraient sans doute chez elles, par rapport au sujet. Chez moi, je n’avais personne pour m’influencer. Mon père n’était plus de ce monde depuis longtemps. Et ma mère pensait juste à survivre, lorsqu’elle arrivait encore à penser.

A 15 ans, je n’étais évidemment investie d’aucune mission. Mais j’avais besoin de comprendre, de dépasser les limites de ma situation personnelle, de connaître les arguments de chacun. Horrifiée autant par le meurtre d’un enfant que par l’idée que l’on puisse punir le sang par le sang.
Au cours des années, j’ai lu les livres de Badinter, et pas mal d’autres sur le sujet.
Mon caractère et ma tournure d’esprit me poussent depuis toujours à me ranger dans le camp des abolitionnistes. Je me suis d’ailleurs engagée très longtemps au sein d’Amnesty International pour essayer d’apporter ma contribution en ce sens.
Toute ma vie, le combat de ceux qui oeuvrent pour rendre notre société plus humaine tout en cherchant des solutions pour la préserver des tueurs et autres tortionnaires, a suscité mon admiration.

L’an dernier, j’ai essayé…
Je suis entrée en contact avec Robert Badinter.
J’espérais une interview.
Lorsqu’il m’a rappelée, par téléphone, il a dit oui dans un premier temps.
Cette conversation, m’a laissée le coeur battant.
Il est l’un de ceux que je rêve réellement de rencontrer. Un être humain que j’admire.
Malheureusement, appelé par des tâches autrement plus importantes qu’une interview, il s’est ensuite décommandé.
Ca a été une déception, bien sûr, mais je l’ai bien compris.
Cet homme a fait avancer notre société, a marqué l’Histoire.
Je suis déjà honorée qu’il ait accepté de me répondre…
J’ai pu lui dire ce qu’il représente pour moi. Il a contribué à façonner ma pensée.
Des milliers de gens ont dû lui dire ce genre de choses avant moi. Mais, à mes yeux, cela comptait…

Je ne suis pas très « TV ». Plutôt du genre à sélectionner et enregistrer ce que j’ai envie de voir.
Mais le téléfilm « L’Abolition » de Jean-Daniel Verhaeghe, adapté d’après les livres de Robert Badinter, avec l’excellent Charles Berling dans son rôle, je ne pouvais pas le manquer.
Je connaissais évidemment tout de l’histoire, ayant lu les livres de l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterand.
Mitterand sans lequel, d’ailleurs rien n’aurait été possible et qui a lui aussi fait preuve d’un beau courage politique.
L’histoire du procès manqué de Roger Bontemps m’a particulièrement marquée, une fois encore.
Et puis cette phrase, lancée par un Badinter quasi désespéré, lors d’une plaidoirie: « La peine de mort, ce n’est rien d’autre que de prendre un homme et de le couper en deux, vivant !!! »

On peut penser ce que l’on veut, être pour ou être contre.
Mais cette bravoure et cette volonté qu’il a fallu pour faire face à une société en fureur, autant pour Badinter que pour son épouse qui l’a soutenu de manière inconditionnelle, on ne peut que les saluer.