Pablo Neruda sur un quai de gare
13 février, 2009Je lui avais dit: « Sur les 4 jours que nous passerons ensemble, penses-tu que nous pourrions faire un saut dans une librairie où je pourrais trouver un livre de poèmes de Pablo Neruda? J’ai prêté les miens et je n’ai pas pu les récupérer… »
Il m’avait dit oui.
Lundi, 13 heures, le TGV entre en gare de Lyon.
Il est là, à m’attendre sur le quai, après avoir fait quatre heures de route pour venir me récupérer, sachant qu’il faudra en ajouter six de plus, dans la foulée, pour que nous puissions atteindre notre point de chute.
Comme à chaque fois, je suis heureuse…
Il prend ma valise, se redresse, et me tend quelque chose avec un petit sourire.
C’était un livre. « La solitude lumineuse », de Pablo Neruda.
Je ne m’y attendais pas…
Il m’a dit: « Je suis désolé, j’ai fait toutes les librairies de la Gare de Lyon, mais je n’ai trouvé que celui-ci… »
Neruda dans une gare…
Et il est désolé!
C’est sans doute l’un des cadeaux les plus insolites et les plus touchants que l’on m’ait fait…
Cette nuit, j’ai pris l’avion pour rentrer. Il avait beaucoup de retard.
J’ai lu Neruda d’une traite.
Un très beau récit de voyage à Colombo, Ceylan. Singapour et Batavia.
Entre deux chapitres, j’ai tissé des contacts avec ceux qui m’entouraient, à l’aéroport.
Un brouhaha assez résigné en attendant un avion qui affichait plus d’une heure de retard.
Des enfants pleuraient, il fallait les distraire.
Des conversations se sont engagées.
J’ai plaisanté avec eux.
Mais je pensais à lui.
Un grand homme capable de faire autant de route pour être avec moi, de traverser la France juste pour que je puisse respirer l’air de la Pointe du Raz en pleine tempête.
Un grand homme capable de m’offrir un petit bouquin en s’excusant presque, sans réaliser à quel point son cadeau m’est précieux…

