Archive pour le 20 février, 2009

La maison de Prévert (version Alain)

20 février, 2009

Il se mérite cet endroit. Au bout du Cotentin, un peu isolé, encore sauvage et calme.
On y arrive en se garant près de l’église. Un petit tour au cimetière, Prévert est là avec sa femme et sa fille, trois tombes identiques avec les lettres peintes en vert comme écrites avec un pinceau géant. Juste derrière, la tombe d’Alexandre Trauner, célèbre décorateur de cinéma, ami fidèle jusque là, au point de ne pas se séparer dans la mort. Une dernière magnifique preuve de fidélité et d’amitié.

Pour aller à la maison, il faut monter une petite route à pied. Nous avons pris notre temps, profitant du bruit de l’eau, des plantes bizarres, en nous demandant ce qui nous attend.
Enfin, un bruit de basse-cour, et à côté, au fond d’un jardin simple, cette petite bicoque.
M. Prévert est-il là ? Avec son éternel mégot au coin des lèvres, son imper et son chapeau mou ?
Non, bien sûr…Quel dommage.
Une jeune guide arrive, nous regarde avec un petit sourire. Voir un couple de jeunes amoureux qui l’attendent, elle a l’air surprise et amusée.
Elle ouvre les volets, puis les portes de la maison. Comme d’habitude nous laissons passer le « troupeau » des touristes pressés, vous savez ceux qui veulent tenir un planning, tout voir, vite.

Ils filent tous à droite, comme indiqué par la jeune guide, dans une salle où un film est projeté. Nous sommes des rebelles ! Donc nous allons à gauche où nous attend une exposition de dessins sur l’œuvre de Prévert. Un peu décevante cette maison, pour l’instant. J’ouvre la porte de l’arrière-cuisine, et nous tombons sur la statue du nain à cheval sur la tortue, un détail qui amuse Martine…
Vient l’étage, la seule pièce meublée, une grande table où Prévert faisait ces collages. Un fauteuil, un téléphone avec accroché au mur les numéros des proches, des gens à rappeler.
C’est la seule pièce où on peut sentir un peu le poète…bien maigre.

Nous sortons de la maison et prenons un sentier pour éviter la route. Nous longeons un ruisseau, nous sommes bien, un peu isolés du monde, un vrai couple de sauvages !

En retournant au parking je ne peux m’empêcher d’aller lui dire au-revoir au poète, à cet orfèvre des mots. Lui qui me mettait des musiques en têtes, le bruit de l’œuf sur le comptoir de zinc, Barbara, l’amiral…

La prochaine fois, si je reviens dans la région, je viendrai vous dire un petit bonjour Monsieur Prévert, j’ai compris que l’endroit que j’aime est auprès de vous et pas votre maison.

Alain

La maison de Prévert

20 février, 2009

reizmaisonprevert2.jpg

C’était en août 2008.
Il m’avait emmenée dans le Cotentin.
Un matin, nous sommes partis vers un lieu qu’il avait cherché pour nous, et qui a été l’un des très beaux moments de notre séjour: la Maison de Prévert, à Omonville-La-Petite.
Elle se trouve à quelques kilomètres de la côte. La mer est belle de ce côté-là de la Normandie…
En garant la voiture vers l’église où commence la promenade vers la maison, nous avons été voir la tombe du poète.
Elle est comme il fut: originale et joyeuse… Une tombe presque souriante…

Sous un soleil estampillée « été en Normandie », nous avons entamé la balade vers la demeure.
Une promenade bucolique à souhait, avec lui… tendre et léger…
Autour de nous, les plantes étaient énormes, exotiques, ou plus classiques.
Il n’y avait personne lorsque nous sommes arrivés, à l’exception de deux coqs, qui s’époumonaient.

Les gens sont arrivés peu à peu, tous, sans doute, amoureux du jongleur de mots, désireux d’en connaître davantage sur sa vie, sur cette maison où il a vécu.
En entrant, après avoir pris les billets, tous sont docilement partis à droite, dans la pièce où un film était diffusé sur la vie de Prévert.
Sauf nous: nous sommes allés à gauche pour pouvoir faire la visite seuls, en paix.
La maison est jolie, bien que son contenu soit minimaliste.
Mais il y a eu un moment que j’ai adoré.
Dans l’une des pièces, une porte donnait sur le jardin, avec une annotation piquante priant le quidam d’aller y jeter un oeil pour y découvrir le nain de jardin.
Il a ouvert la porte.
Et derrière, au lieu d’un classique Simplet Blanche-Neigien, il y avait la statue d’un personnage délicieux, nu, nain et dodu, assis sur une tortue.
Le tout dans une cour minuscule.
C’était inattendu et amusant.

Quand la visite a été terminée, nous sommes retournés à la voiture en suivant le chemin sous les arbres.
C’était un moment délicieux… un bonheur pur, main dans la main, sur un sentier qui sentait bon et qui nous a ramenés devant le cimetière.
Prévert y dort, dans une tombe colorée, que nous avons vue fleurie et éclaboussée de soleil…

Martine Bernier

Rotary: mes amis…

20 février, 2009

Lorsque l’on m’a demandé de rentrer au Rotary, il y a sept ans je crois, j’ai accepté sans trop savoir pourquoi.
En fait, si je savais vaguement qu’il s’agissait d’un club service, je n’en connaissais pas les détails d’organisation.
Je craignais un mouvement huppé, j’avais entendu parler de son côté très sélectif, et je ne me faisais aucune illusion sur ce qui m’attendait.
Pourquoi ai-je dit oui? Toujours par crainte de passer à côté d’une expérience intéressante à vivre, je pense.
Je pensais que, trop lunaire, je ne cadrerais pas avec le groupe, mais j’ai voulu essayer.

Je ne l’ai pas regretté.

Je me souviens encore très bien de notre première rencontre.
Le club était naissant (le RC Chablais.ch), il était composé d’un petit noyau de personnes auxquelles j’ai été présentée un jeudi soir, sur une terrasse de St Maurice (CH), un peu intimidée.
Petit à petit, chacun a fait sa place, a pris ses marques.
Pour ma part, je l’ai fait en proposant d’écrire un bulletin un peu différent, plutôt informel, qui me ressemblait.
Par chance, l’initiative a plu et j’ai pu continuer à m’amuser à le rédiger régulièrement, encadrée par mes talentueux bras droits qui me remplaçaient dès que c’était nécessaire.
Je me suis autoproclamée « scribe-ouillarde », respectant à peu près les codes pour relater les parties officielles, et délirant joyeusement dans ce que j’avais baptisé le papotin.
Le bulletin a fait son nid. Et moi aussi.

Les années ont passé. Les amitiés sont nées. Les rendez-vous du jeudi étaient toujours des moments de franche camaraderie, de gaieté, parfois de profondeur et de gravité.
En dehors des réunions, certains d’entre nous se retrouvaient en fonction des affinités, nous nous rendions de menus services, le tout en développant, au sein du club, des activités altruistes.

C’est dire si j’appréhendais la soirée d’hier.
Je suis à un tournant majeur de ma vie.
Et cette fois, il fallait en parler, alors que je suis à dix jours de quitter la Suisse définitivement.

Dans un premier temps, j’avais imaginé demander à mon ami Philippe de lire pour moi une lettre écrite à l’intention des membres du club, en dehors de ma présence.
Je crains les fortes émotions, un peu trop sensible à mon goût.
Mais j’ai réfléchi. Le fait d’être mon ami n’impose pas à ce malheureux garçon de devoir endosser ce genre de corvée à ma place.
Et puis… je trouvais assez lâche de ne pas assumer, de ne pas aller jusqu’au bout.
Je les aime. Je leur devais bien de faire l’effort de parler moi-même.

Je devais ce soir-là présenter mon dernier livre sorti.
Il y a quelques jours, j’ai adressé un mail à chacun pour expliquer que, s’ils le voulaient bien, je préférerais leur parler du changement qui allait intervenir dans ma vie.
Hier soir, donc, ils étaient nombreux à s’être déplacés pour m’écouter.
Rien que cela m’a mis le coeur à l’envers lorsque je suis entrée dans la salle.

Après les bisouillages traditionnels et l’ouverture de la séance, est venu le moment de me donner la parole.
Je crois que c’est la première fois que je me levais pour parler. Preuve, s’il en est que j’avais vraiment quelque chose d’important à dire!
Avez-vous déjà ressenti cette sensation bizarre, cette envie de ne pas être là où vous vous trouvez?
Un peu comme si vous vous sentiez pousser l’âme d’un lapin prêt à entamer le sprint de sa vie, direction Groenland en une seule étape.
C’est très exactement ce que j’ai ressenti lorsque je me suis levée.

J’ai horreur des discours, des grandes phrases creuses, des effets de manche.
J’ai expliqué simplement ce qui se passait dans ma vie et j’ai annoncé mon départ imminent en peu de mots, le plus sobrement possible.
Il y a eu un silence. Je les ai regardés. Je crois n’avoir jamais vu autant de regards tristes et ahuris braqués sur moi.
J’ai essayé de détendre l’atmosphère en ajoutant: « Heu… et à part ça, ça va? »

Il y a eu des questions, auxquelles j’ai répondu, des réactions empreintes de tendresse, d’affection, d’amitié.
J’ai évidemment été au bord des larmes plusieurs fois, moi qui suis mortifiée de montrer mes émotions en public.
On ne se refait pas!
Je crois que le moment qui m’a le plus bouleversée a été celui où ils se sont tous levés pour m’applaudir.
Je ne me souviens pas qu’ils l’aient fait pour quelqu’un d’autre avant ce moment.
Je ne méritais pas cela, mais j’ai été profondément touchée. Et je le suis encore.

Aujourd’hui, à quelques jours de mon grand départ, je suis remplie de sentiments contradictoires.
Ils savent que je les attends, que nous les attendons dans le nid, à 15 minutes de Guérande.
Ils savent aussi que j’aurais le coeur lourd de ne pas les voir débarquer, avec leur fromage à raclette et leur chocolat Suisse, dans ce quartier au nom surréaliste de « Longue Haleine ».

Je leur dois sept années d’amitié. Et je n’ai pas du tout envie que cela finisse…

Martine Bernier