Archive pour février, 2009

Eleves et insultes

24 février, 2009

En Angleterre, un enseignant créatif travaillant dans une école religieuse, a demandé à ses élèves de dix ans de répertorier les insultes et autres grossièretés qu’ils connaissent, et de les classer en fonction de certaines catégories de gravité dans l’offense.
Son espoir était « d’enseigner des moyens de lutte contre l’intimidation dans le cadre d’un programme sur les comportements sociaux instauré par le gouvernement britannique. »

Les parents des élèves n’ont que modérément apprécié l’initiative.
Horrifiés de découvrir les cahiers de leurs rejetons couverts d’injures, ils s’en sont plaint auprès de la direction de l’école.
Qui a aussitôt écrit une lettre d’excuses à chaque parent, reconnaissant que ce programme était inapproprié.
Pas contente du tout de son polisson de professeur, la hiérarchie mène une enquête qui permettra de déterminer quelles seront les mesures disciplinaires à prendre à son encontre.
On ne badine pas avec la politesse, tudju!

Il m’arrive de me dire que, si elle revenait faire un tour de par ce monde, ma grand-mère serait indignée de voir voltiger autant de gros mots autour des oreilles et des bouches enfantines.
Elle qui me toisait d’un regard glacial lorsqu’il m’arrivait de siffloter en me disant sèchement: « Une fille ne siffle pas! Cela fait pleurer la Sainte Vierge. »

Pauvre Sainte Vierge… en 40 ans, elle a dû sérieusement revoir ses prétentions à la baisse…

Martine Bernier

Les « ex » et les « nouveaux »

23 février, 2009

Dans la série « les mots que je déteste », il en est deux qui tiennent la palme: les « ex » et les « nouveaux ».

Quand vous arrivez au terme d’une histoire et que vous en entamez une autre, le vocabulaire de certaines personnes qui vous entourent évolue.
En quelques jours, celui qui a partagé votre vie pendant des années et auquel vous tenez toujours devient votre « ex ».
Et l’homme que vous aimez devient « le nouveau ».
Deux blessures.

Par bonheur, tout le monde ne manque pas de délicatesse, et n’utilise pas ce genre de termes au détour de chaque phrase.
Face à ceux qui ont le malheur de le faire, je réagis.

Je n’ai pas « d’ex » dans ma vie, et je n’en aurai jamais.
Il y a des êtres que j’ai aimés, dont certains que j’aime encore, avec lesquels j’ai partagé de belles histoires, et qui ont toujours une place plus ou moins importante dans mon coeur.
Ce petit mot de deux lettres qui les catalogue dans un passé poussiéreux ne franchit pas la barrière de mes lèvres.

« Mais alors comment les appelles-tu?! », me demande-t-on?
Question un peu bête… ils ont un prénom et ne l’ont pas perdu en cours de route.

Ce cas réglé, l’autre mot honni est lié à la place la plus difficile à tenir pour celui ou celle qui s’en voit affublé: « Le nouveau ». Ou « la nouvelle »…
Dans mon cas, c’est celui qui, dans l’esprit de certains, « prend la place de », « nous enlève notre amie », l’intrus dont on ne sait pas si l’on peut lui faire confiance.

C’est le souci actuel auquel je suis confrontée dans mon quotidien, à présent que la nouvelle de mon prochain départ a été annoncée.
Un souci qui me tourmente… parce que, si je peux le comprendre, je n’aime pas le regard que ceux qui me sont chers peuvent poser sur cet inconnu (pour eux!) que j’aime.
D’autant que, même s’il est très digne et ne veut pas me faire de peine, je sais qu’il en souffre.

Une petite mise au point s’impose donc.

Le « nouveau » ne s’appelle pas « nouveau ».
Il s’appelle Alain. Ce qui permet, du même coup, d’aller ranger le mot banni au placard avec les « ex », pour ne plus jamais l’en sortir.

J’ai toujours été plutôt réfléchie, du genre à passer des heures à méditer sur un sujet sérieux, sur une décision à prendre.
Je n’ai pas brutalement changé il y a bientôt trois ans, lorsque je l’ai rencontré, perdant en trois minutes jusqu’au dernier de mes neurones.
Je n’ai pas tout à coup troqué ma personnalité contre celle d’une adolescente, ni ma faculté de réflexion contre une tête de linotte soldée.
Non, l’amour ne rend pas forcément idiot.

Durant ces années, lui comme moi nous sommes posé des milliers de questions, avons été plus d’une fois sur le point de nous séparer, avons profondément souffert, parfois à nous en rendre malade, de vivre un amour interdit.
Ni lui ni moi ne l’attendions. Ni lui ni moi ne sommes doués pour cela.
Nous ne sommes ni roués, ni malhonnêtes, ni infidèles de nature.

Mais il a fallu se rendre à l’évidence. Il ne s’agissait ni d’une passade, ni d’un caprice.
Plutôt un cadeau somptueux que la vie ne fait qu’une fois, et encore, pas à tout le monde.

A ceux qui m’aiment et qui sont inquiets de ne pas savoir s’il est fiable, j’ai envie de répondre.
Pensez-vous que je quitterais tout ce qui fait ma vie depuis plus de 30 ans si je n’étais pas absolument sûre de lui comme de moi?
Pensez-vous que je ferais un tel saut dans l’inconnu à bientôt 50 ans, si ce que je vivais avec lui n’était pas exceptionnel, si le lien qui nous unit n’était très particulier?

Je comprends les peurs, les appréhensions. Même si je les combats avec véhémence, car je sais qu’elles n’apportent rien de bon.
La peur est souvent liée à l’inconnu… le concret rassure.

Alors, je vais mettre des mots sur celui qui m’attend.
Pour ceux qui ignorent encore que c’est un homme de bien et qui s’y intéressent.

« Le nouveau » mesure 1,86 mètres et a la carrure d’un rugbyman… qu’il a été d’ailleurs.
Il aime ce que j’aime: l’Histoire, la peinture, la musique sous toutes ses formes, les destins fascinants, les beautés de la nature et de l’architecture.
Il aime me faire découvrir son pays en me racontant l’histoire des lieux, les traditions, les légendes…
Epicurien, il aime la bonne cuisine, simple et chaleureuse, le bon vin, l’humour sous toutes ses formes, du moment qu’il n’est pas vulgaire.
Il a un penchant pour Napoléon et les hommes qui ont fait avancer le monde.
Il a en lui un univers de qualités qu’il ne livre pas en vrac au premier venu.
Discret et pudique sous des dehors accueillants et agréables, il séduit par sa gentillesse, sa serviabilité, sa tolérance.
Il n’aime pas les gens grossiers, a horreur que quelqu’un lui dicte sa conduite, a l’esprit vif et acéré.
C’est un organisateur né, il a le sens de la répartie…
Il n’est pas né, celui qui lui fera prendre des vessies pour des lanternes
Il me rend heureuse…

Il met du temps à prendre certaines décisions, oui.
Car il n’a rien de futile en lui.
Cela veut-il dire qu’il ne s’engage pas? Non.
Son nom figure à côté du mien sur les papiers nécessaires à mon installation.
Il est déjà à moitié avec moi. Il est monté au créneau pour que mon arrivée se passe au mieux.
C’est lui qui assume la grande majorité des démarches administratives à effectuer sur place.
Cette énorme étape faite, il faut maintenant qu’il se remplisse de force pour assumer la suite.

Je ne rentrerai pas dans les détails.
Il n’y a ni « ex » ni « nouveau » dans ma vie.
Il y a deux hommes bien.

Martine Bernier

Les enfants du marais

22 février, 2009

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Je dois l’avoir vu au moins trois fois, mais je ne me lasse pas de repasser « Les Enfants du Marais », de Jean Necker.
L’histoire de deux hommes devenus amis parce que la vie les a mis en présence, par hasard, l’un, Garris (Jacques Gamblin) soutenant l’autre, Riton (Jacques Villeret)….
Ils vivent dans un marais, et autour d’eux gravitent quelques personnages savoureux.
Pour moi, le film commence vraiment avec l’arrivée de « Pépé », Michel Serrault, brillant, lumineux… et incroyable pêcheur de rainettes.
Mais celui que je préfère dans le film, c’est le personnage d’Amédée, campé par un délicieux André Dussolier.
Délicatement rêveur et érudit, il ne sait rien faire et s’en excuse de façon désarmante.
Avec son canotier et ses costumes clairs, il me fait penser au « Sous-préfet au champ », de Daudet…
Même le démesuré Eric Cantona est brillant, comme le sont d’ailleurs tous les acteurs du film, merveilleusement choisis
J’adore ce film, son atmosphère, ses décors, ses petits drames et ses joies du quotidien, les failles des personnages, leurs fragilité et leurs forces…
Chaque scène est pour moi un délice dont je ne me prive pas…

M.B.

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Partir, c’est mourir un peu

22 février, 2009

Hier, quelqu’un m’a dit, en soupirant, pensant à mon départ imminent de la Suisse:
« Tu as un courage que j’aurais tellement voulu avoir… Mais tu comprends.. partir, c’est mourir un peu… Je n’y arrive pas. »

C’était bien le jour pour me dire une phrase pareille, tiens.
Dans le genre: je te remonte le moral à grands coups de massue sur la tête, c’était tout à fait parfait.

On me demande beaucoup ce que je ressens en ce moment.

Au moment où j’ai commencé à ranger mes livres dans des cartons, à partager nos souvenirs avec l’homme avec lequel j’ai vécu pendant 16 ans et que je connais depuis bien plus longtemps encore, j’ai de gros moments bien difficiles.
Je ne pars pas sur un conflit.
Nous nous aimons différemment, mais nous tenons encore infiniment l’un à l’autre.
Alors oui.. c’est dur.
Même si je sais que le contact ne se coupera pas, si les liens seront préservés.
Même si nous allons entrer dans une relation différente où l’amitié et la tendresse prendront la place de l’amour endormi.
Il est essentiel à ma vie.

Je réfléchis depuis des mois à ce que je vais faire.
Je dois avoir une tare congénitale: je sais depuis un matin d’octobre, alors que j’avais 9 ans, que la vie est très courte et très fragile.
Je sais aussi que je ne voudrais pas d’une vie d’habitudes, d’une vie un peu fade.
Et, surtout, je crois profondément qu’il ne faut pas s’enliser dans une situation, ne pas mélanger les sentiments.
Ne pas rester par peur, par habitude, par crainte de partir.

Je m’explique.
Lorsque l’amour vous tombe dessus comme un météore, c’est un cadeau d’autant plus beau et intense qu’il est inattendu.
Tout change… c’est un peu comme si quelqu’un avait rallumé la lumière sur votre vie.
Vous vous remettez à exister, à vibrer, à être profondément heureux, tout simplement.
Lorsque, auprès de la personne que vous aimez, vous connaissez ces moments magiques où chaque geste du quotidien devient précieux, où vous n’arrivez pas à vous passer de lui ou d’elle, je crois qu’il y a un moment où il faut assumer.
Quoi qu’il en coûte.
Par honnêteté vis-à-vis de chacun.
Parce qu’il ne suffit pas de « dire »… il faut « faire » pour que cela ait du sens,.

Mentir est une chose horrible, pour tout le monde.
Pour soi-même d’abord. Devoir le faire m’a physiquement brisée.
Pour l’Autre, qui subit une trahison et qui aurait mille fois mieux compris que les choses soient expliquées, dites, dès le début.
Pour l’entourage, qui découvre un jour que celle ou celui que l’on croyait limpide, est capable de dissimuler un lourd secret pendant des années.
Pour l’Elu, enfin, qui est en droit de se demander si les mots qu’il reçoit reposent réellement sur un sentiment fort.. puisque je le cache aux yeux du monde.

« Partir, c’est mourir un peu… »
Je ne sais pas…
Partir fait très mal, oui, surtout lorsque l’on quitte absolument tout: son conjoint, ses enfants (adultes!), ses amis, son travail, son pays, ses habitudes…

Mais, en y réfléchissant.. non, partir, ce n’est pas mourir un peu.
Parce que lorsque l’on part, c’est pour une bonne raison.
Peut-être vais-je « mourir un peu » dans quelques jours, mon coeur me fera très mal, mais je renaîtrai aussi à une autre vie.

Je vais le rejoindre.
Son rire, sa gravité, sa douceur, son regard, sa culture, notre complicité tendre et joyeuse, ces mille et un petits riens qui le rendent unique à mes yeux..

En partant ainsi, je lui dis, à ma manière: « Tu vois, tu vaux la peine… cette fois, j’ai choisi. »
J’aurai mal, oui. Mais je me sentirai en harmonie avec moi-même.
Je lui donne la place qui lui revient.
Enfin.

Martine Bernier

les différences entre les hommes et les femmes. Chapitre 6. Le courage.

21 février, 2009

Depuis que le monde est monde semble-t-il, une phrase circule, qui ressort régulièrement:
« Les femmes sont fortes et les hommes manquent de courage ».
Pour moi, c’est la maxime qui fâche. Celle qui doit rejoindre les phrases et les mots interdits, dans le placard.
Elle est prononcée de plusieurs façons différentes, selon l’humeur de celle (plus souvent celle que celui, hé oui!) qui l’utilise.
- En soupirant ou en gémissant, comme sous le poids d’une fatalité écrasante.
- Sur un ton furieux, comme si tous ceux qui entraient dans ce schéma méritaient d’être occis.
- En souriant d’un air condescendant… « hé oui, que voulez-vous, ils sont comme cela, mais on les aime quand même… »

D’une façon comme d’une autre, la phrase m’énerve.
Quand je le dis, j’ai droit à: « Mais c’est vrai! Cela se vérifie! »

Evidemment que cela se vérifie forcément une fois ou l’autre! Tout homme et toute femme, tout sexe confondu, a l’occasion au moins une fois dans son existence de vivre une situation face à laquelle il ou elle réagira avec plus ou moins de force.
Cela ne veut pas dire que tous les hommes sont… et toutes les femmes sont… et gnagnagna, comme il dirait.

Ou alors, le monde entier a raison dans ce cas, et j’ai tort.
Mais je suis convaincue que chaque personnalité est différente, que certaines sont plus solides que d’autres auxquelles il faut plus de temps pour réagir, pour affronter les événements.
Quand une personne réagit vite et une autre plus lentement, la première risque en effet, par impatience, de trouver que l’autre manque de courage.
C’est une conclusion si facile à atteindre…

Je le regarde, et j’apprends.
Nous fonctionnons de façon différente, c’est certain, même si nous nous ressemblons énormément.
Je ne pense pas que ce soit lié à nos sexes respectifs, mais à nos caractères, à nos vécus, à mille détails qui font qu’il est lui et que je suis moi.
Il est l’eau, je suis le feu… et il ne m’éteint pas.
Il me faut moins de temps que lui pour assumer certaines choses.
Mais devant de nombreuses situations, c’est lui qui trouve les solutions, qui prend les problèmes à bras le corps.
Il dompte le côté concret de la vie, trouve des solutions pratiques à tout, est toujours là où je l’attends, fidèle, quel que soit son état.
Je maîtrise l’invisible, je brise les murs, je réinvente la vie, je crée des ponts, il les construit.
Il est comme un athlète: il a besoin de se reposer et de reprendre des forces entre deux épreuves.
Je suis comme un oiseau migrateur: je ne m’arrête de voler que lorsque je suis épuisée.
Mais… nous arrivons au même endroit. Simplement pas toujours au même moment…

Son courage se révèle à travers des dizaines de décisions, d’interventions et de gestes quotidiens.
Un courage tranquille, empreint d’amour.
Le courage se mesure à l’aulne de la difficulté et de la douleur qu’implique une décision.
Les gestes de courage ne se comparent pas.

J’apprends…
Je regarde son combat, ses combats. Sa façon de se battre contre lui-même, de tenir compte de moi dans ses décisions, de rassembler ses forces à chaque étape pour avancer encore et encore, pour s’engager…
Son courage, je l’admire.

Le mien est plus spectaculaire… mais pas plus important. J’ai trop besoin d’harmonie pour supporter les situations peu claires.
Donc je réagis en conséquences.
Pourtant, la fameuse phrase gnagnagnante ne me concerne pas non plus.
Je ne suis pas forte: je me tais simplement quand j’ai mal. Et je pleure souvent quand je suis seule.
Ma chienne, peut en témoigner, elle qui me regarde exprimer mon chagrin l’air compatissant, les oreilles en arrière, me prenant visiblement pour un animal attardé qui aurait bien besoin d’un vétérinaire.

Parfois, lorsque nous parlons des décisions que nous devrons encore prendre pour assurer notre avenir, il arrive que nous nous fassions mal sans le vouloir.
Chacun de notre côté, même si nous ne nous quittons jamais sans tendresse, nous en souffrons.
Des messages partent alors dans la nuit:
« je ne dors pas, notre conversation me tourmente… je t’aime… »
« je ne dors pas non plus, mal aussi. Je vais trop vite… pardonne-moi… je t’aime… »

Puis nous en reparlons, nous nous posons et nous repartons, mieux armés pour la suite.
C’est ainsi que nous fonctionnons.
En principe, ce genre de micro crise fait office de prise de conscience, des deux côtés, et nous permet d’avancer mieux, en tenant davantage encore compte de l’autre.

« La femme est forte, l’homme manque de courage… »
Envie de lui tordre le cou, à cette petite phrase-là.
On ne peut pas tordre le cou aux mots.
En revanche – sourire béat – on peut envisager de scalper celles ou ceux qui les prononcent!

Martine Bernier

La maison de Prévert (version Alain)

20 février, 2009

Il se mérite cet endroit. Au bout du Cotentin, un peu isolé, encore sauvage et calme.
On y arrive en se garant près de l’église. Un petit tour au cimetière, Prévert est là avec sa femme et sa fille, trois tombes identiques avec les lettres peintes en vert comme écrites avec un pinceau géant. Juste derrière, la tombe d’Alexandre Trauner, célèbre décorateur de cinéma, ami fidèle jusque là, au point de ne pas se séparer dans la mort. Une dernière magnifique preuve de fidélité et d’amitié.

Pour aller à la maison, il faut monter une petite route à pied. Nous avons pris notre temps, profitant du bruit de l’eau, des plantes bizarres, en nous demandant ce qui nous attend.
Enfin, un bruit de basse-cour, et à côté, au fond d’un jardin simple, cette petite bicoque.
M. Prévert est-il là ? Avec son éternel mégot au coin des lèvres, son imper et son chapeau mou ?
Non, bien sûr…Quel dommage.
Une jeune guide arrive, nous regarde avec un petit sourire. Voir un couple de jeunes amoureux qui l’attendent, elle a l’air surprise et amusée.
Elle ouvre les volets, puis les portes de la maison. Comme d’habitude nous laissons passer le « troupeau » des touristes pressés, vous savez ceux qui veulent tenir un planning, tout voir, vite.

Ils filent tous à droite, comme indiqué par la jeune guide, dans une salle où un film est projeté. Nous sommes des rebelles ! Donc nous allons à gauche où nous attend une exposition de dessins sur l’œuvre de Prévert. Un peu décevante cette maison, pour l’instant. J’ouvre la porte de l’arrière-cuisine, et nous tombons sur la statue du nain à cheval sur la tortue, un détail qui amuse Martine…
Vient l’étage, la seule pièce meublée, une grande table où Prévert faisait ces collages. Un fauteuil, un téléphone avec accroché au mur les numéros des proches, des gens à rappeler.
C’est la seule pièce où on peut sentir un peu le poète…bien maigre.

Nous sortons de la maison et prenons un sentier pour éviter la route. Nous longeons un ruisseau, nous sommes bien, un peu isolés du monde, un vrai couple de sauvages !

En retournant au parking je ne peux m’empêcher d’aller lui dire au-revoir au poète, à cet orfèvre des mots. Lui qui me mettait des musiques en têtes, le bruit de l’œuf sur le comptoir de zinc, Barbara, l’amiral…

La prochaine fois, si je reviens dans la région, je viendrai vous dire un petit bonjour Monsieur Prévert, j’ai compris que l’endroit que j’aime est auprès de vous et pas votre maison.

Alain

La maison de Prévert

20 février, 2009

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C’était en août 2008.
Il m’avait emmenée dans le Cotentin.
Un matin, nous sommes partis vers un lieu qu’il avait cherché pour nous, et qui a été l’un des très beaux moments de notre séjour: la Maison de Prévert, à Omonville-La-Petite.
Elle se trouve à quelques kilomètres de la côte. La mer est belle de ce côté-là de la Normandie…
En garant la voiture vers l’église où commence la promenade vers la maison, nous avons été voir la tombe du poète.
Elle est comme il fut: originale et joyeuse… Une tombe presque souriante…

Sous un soleil estampillée « été en Normandie », nous avons entamé la balade vers la demeure.
Une promenade bucolique à souhait, avec lui… tendre et léger…
Autour de nous, les plantes étaient énormes, exotiques, ou plus classiques.
Il n’y avait personne lorsque nous sommes arrivés, à l’exception de deux coqs, qui s’époumonaient.

Les gens sont arrivés peu à peu, tous, sans doute, amoureux du jongleur de mots, désireux d’en connaître davantage sur sa vie, sur cette maison où il a vécu.
En entrant, après avoir pris les billets, tous sont docilement partis à droite, dans la pièce où un film était diffusé sur la vie de Prévert.
Sauf nous: nous sommes allés à gauche pour pouvoir faire la visite seuls, en paix.
La maison est jolie, bien que son contenu soit minimaliste.
Mais il y a eu un moment que j’ai adoré.
Dans l’une des pièces, une porte donnait sur le jardin, avec une annotation piquante priant le quidam d’aller y jeter un oeil pour y découvrir le nain de jardin.
Il a ouvert la porte.
Et derrière, au lieu d’un classique Simplet Blanche-Neigien, il y avait la statue d’un personnage délicieux, nu, nain et dodu, assis sur une tortue.
Le tout dans une cour minuscule.
C’était inattendu et amusant.

Quand la visite a été terminée, nous sommes retournés à la voiture en suivant le chemin sous les arbres.
C’était un moment délicieux… un bonheur pur, main dans la main, sur un sentier qui sentait bon et qui nous a ramenés devant le cimetière.
Prévert y dort, dans une tombe colorée, que nous avons vue fleurie et éclaboussée de soleil…

Martine Bernier

Rotary: mes amis…

20 février, 2009

Lorsque l’on m’a demandé de rentrer au Rotary, il y a sept ans je crois, j’ai accepté sans trop savoir pourquoi.
En fait, si je savais vaguement qu’il s’agissait d’un club service, je n’en connaissais pas les détails d’organisation.
Je craignais un mouvement huppé, j’avais entendu parler de son côté très sélectif, et je ne me faisais aucune illusion sur ce qui m’attendait.
Pourquoi ai-je dit oui? Toujours par crainte de passer à côté d’une expérience intéressante à vivre, je pense.
Je pensais que, trop lunaire, je ne cadrerais pas avec le groupe, mais j’ai voulu essayer.

Je ne l’ai pas regretté.

Je me souviens encore très bien de notre première rencontre.
Le club était naissant (le RC Chablais.ch), il était composé d’un petit noyau de personnes auxquelles j’ai été présentée un jeudi soir, sur une terrasse de St Maurice (CH), un peu intimidée.
Petit à petit, chacun a fait sa place, a pris ses marques.
Pour ma part, je l’ai fait en proposant d’écrire un bulletin un peu différent, plutôt informel, qui me ressemblait.
Par chance, l’initiative a plu et j’ai pu continuer à m’amuser à le rédiger régulièrement, encadrée par mes talentueux bras droits qui me remplaçaient dès que c’était nécessaire.
Je me suis autoproclamée « scribe-ouillarde », respectant à peu près les codes pour relater les parties officielles, et délirant joyeusement dans ce que j’avais baptisé le papotin.
Le bulletin a fait son nid. Et moi aussi.

Les années ont passé. Les amitiés sont nées. Les rendez-vous du jeudi étaient toujours des moments de franche camaraderie, de gaieté, parfois de profondeur et de gravité.
En dehors des réunions, certains d’entre nous se retrouvaient en fonction des affinités, nous nous rendions de menus services, le tout en développant, au sein du club, des activités altruistes.

C’est dire si j’appréhendais la soirée d’hier.
Je suis à un tournant majeur de ma vie.
Et cette fois, il fallait en parler, alors que je suis à dix jours de quitter la Suisse définitivement.

Dans un premier temps, j’avais imaginé demander à mon ami Philippe de lire pour moi une lettre écrite à l’intention des membres du club, en dehors de ma présence.
Je crains les fortes émotions, un peu trop sensible à mon goût.
Mais j’ai réfléchi. Le fait d’être mon ami n’impose pas à ce malheureux garçon de devoir endosser ce genre de corvée à ma place.
Et puis… je trouvais assez lâche de ne pas assumer, de ne pas aller jusqu’au bout.
Je les aime. Je leur devais bien de faire l’effort de parler moi-même.

Je devais ce soir-là présenter mon dernier livre sorti.
Il y a quelques jours, j’ai adressé un mail à chacun pour expliquer que, s’ils le voulaient bien, je préférerais leur parler du changement qui allait intervenir dans ma vie.
Hier soir, donc, ils étaient nombreux à s’être déplacés pour m’écouter.
Rien que cela m’a mis le coeur à l’envers lorsque je suis entrée dans la salle.

Après les bisouillages traditionnels et l’ouverture de la séance, est venu le moment de me donner la parole.
Je crois que c’est la première fois que je me levais pour parler. Preuve, s’il en est que j’avais vraiment quelque chose d’important à dire!
Avez-vous déjà ressenti cette sensation bizarre, cette envie de ne pas être là où vous vous trouvez?
Un peu comme si vous vous sentiez pousser l’âme d’un lapin prêt à entamer le sprint de sa vie, direction Groenland en une seule étape.
C’est très exactement ce que j’ai ressenti lorsque je me suis levée.

J’ai horreur des discours, des grandes phrases creuses, des effets de manche.
J’ai expliqué simplement ce qui se passait dans ma vie et j’ai annoncé mon départ imminent en peu de mots, le plus sobrement possible.
Il y a eu un silence. Je les ai regardés. Je crois n’avoir jamais vu autant de regards tristes et ahuris braqués sur moi.
J’ai essayé de détendre l’atmosphère en ajoutant: « Heu… et à part ça, ça va? »

Il y a eu des questions, auxquelles j’ai répondu, des réactions empreintes de tendresse, d’affection, d’amitié.
J’ai évidemment été au bord des larmes plusieurs fois, moi qui suis mortifiée de montrer mes émotions en public.
On ne se refait pas!
Je crois que le moment qui m’a le plus bouleversée a été celui où ils se sont tous levés pour m’applaudir.
Je ne me souviens pas qu’ils l’aient fait pour quelqu’un d’autre avant ce moment.
Je ne méritais pas cela, mais j’ai été profondément touchée. Et je le suis encore.

Aujourd’hui, à quelques jours de mon grand départ, je suis remplie de sentiments contradictoires.
Ils savent que je les attends, que nous les attendons dans le nid, à 15 minutes de Guérande.
Ils savent aussi que j’aurais le coeur lourd de ne pas les voir débarquer, avec leur fromage à raclette et leur chocolat Suisse, dans ce quartier au nom surréaliste de « Longue Haleine ».

Je leur dois sept années d’amitié. Et je n’ai pas du tout envie que cela finisse…

Martine Bernier

Histoire de France expliquée à Martine, épisode 2, le débarquement de Normandie.

19 février, 2009

Alors là, gros morceau. J’ai toujours adoré cette période de l’histoire. Peut être parce que certain membres de ma famille l’ont vécue, soit, comme la grande majorité des français en spectateurs apeurés, soit, comme d’autres beaucoup plus rares, dans une résistance qui les a menés dans des camps qui n’étaient pas vraiment de vacances et dont ils sont revenus dans un état proche de la fin. Mais c’est une autre histoire…

Revenons au débarquement. Donc, dans nos voyages, nous nous sommes retrouvés du côté de Caen. Petit détour par Pegasus Bridge et par un petit café à l’entrée du Pont. On peut voir « Première maison libérée de France « . Une toute petite maison qu’il faut imaginer le soir du 5 juin 1944, dans un secteur archi protégé. Et d’un coup une nuée de planeurs arrivent, chargés de soldats dont la mission est de tenir le pont. Ces braves gens se retrouvent en quelques secondes propriétaires d’un monument historique !

J’expliquais tout ça à Martine, nous entrons dans la maison, toute petite, couverte de photos de lettres illustres. Malheureusement la fille du propriétaire de l’époque n’est pas là. Cette dame a une prestance qui dénote avec la modestie des lieux, et elle sait maintenir le souvenir de cet endroit.

Quelques kilomètres plus loin, un autre lieu qui a surpris Martine, Sainte Mère l’Eglise.
Au clocher de ce village, pendouille un mannequin habillé en parachutiste américain.

Keksekessa ? Me disent les yeux de Martine (elle ne dirait jamais une chose pareille).

Hé bien, au débarquement, les alliés ont envoyés des milliers de parachutistes en avant-poste. Là encore, à l’époque c’était un peu du sport. Ils sautaient de nuit dans une zone qui avait été préalablement inondée par les Allemands. Nombreux de ces malheureux périrent noyés sous le poids de leur matériel sans combattre.
Pour préparer le terrain, des éclaireurs sautaient en premier pour baliser les zones d’atterrissage. Avec le vent, l’eau et le reste, ce balisage a été plus qu’approximatif.
Ce soir là, manque de chance, un incendie éclate au centre ville de Sainte Mère, les braves parachutistes sont parachutés et prennent la lueur d e l’incendie pour la balise. L’un d’entre eux atterrie sur le clocher de l’église et va assister à cet événement pendu en se faisant tirer dessus. En souvenir de cela, ce mannequin a été placé là.

Nous continuons notre balade, bien sur il y a les plages, le plus curieux est de trouver des monuments dressés là souvent par des troupes du Génie, la copie de la statue d’une place de Londres ou d’autres choses.

En remontant le long du Cotentin, j’ai eu l’idée de l’emmener visiter la maison de Prévert. Je lui laisse le plaisir d’en parler, je commenterai ensuite. J’adore Prévert et je dois confier sans dévoiler le sujet que le cimetière m’a plus touché que la maison.

Alain

Une vie de chien… ou voyage en Absurdie

19 février, 2009

Etre journaliste pose un problème majeur: il arrive que devoir traiter des sujets avec lesquels nous ne sommes pas du tout en accord.
Mais, partant du fait que, sauf si la façon de le présenter est un billet d’humeur, notre avis importe peu.
Il faudrait ne jamais perdre de vue que notre première mission est d’informer de la manière la plus complète et la plus impartiale possible.

Hier, je me suis trouvée confrontée à ce problème, heureusement pour un sujet qui n’est pas essentiel à la survie du monde.
Quoique.

Je suis allée rencontrer une dame, charmante au demeurant, qui, pour se remettre d’une séparation douloureuse, s’est lancée dans une nouvelle activité: la pâtisserie pour chiens, 100% naturelle.
Jusque là, pas de problème. Ses biscuits sont dépourvus de sucre, de sel, d’édulcorants, d’agents conservateurs, mais confectionné à base de farine et de poulet, viande, carottes etc.
De l’avis des vétérinaires interrogés: ce n’est pas utile, mais au moins, ce n’est pas mauvais pour les chiens.

Ma propre chienne, Scotty Bernier, ma testeuse préférée, après avoir goûté (ou plutôt voracement dévoré) l’un des biscuits offerts à son intention par mon interlocutrice, m’a avoué qu’ils n’étaient pas mauvais du tout.
Quoi qu’un peu durs.

Là où les choses ont commencé à me mettre mal à l’aise, c’est lorsque j’ai appris que les clients de la dame en question lui commandaient des gâteaux d’anniversaire pour chiens.
Gâteaux accompagnés, comme il se doit, d’une bougie… et d’un chapeau pointu en carton « pour faire la fête ».

J’ai souri. Il ne fallait pas: c’était parfaitement sérieux.

L’entretien s’est poursuivi. Et la suite ne m’a pas franchement rassurée.
Me présentant sa boutique, très cosy, la maîtresse des lieux m’a montré un autre créneau d’articles qu’elle y propose: les vêtements pour chiens.

J’ai un vrai talon d’Achille, une tare insupportable. Quand quelque chose me semble ridicule, j’ai tendance à attraper le fou rire et à me brancher illico sur « mode dérision ». Ce qui peut prendre des proportions dantesques.

Les manteaux molletonnés… hum, mais passe encore.
Mais les chapeaux, la robe haute-couture bordée de dentelles, les combis rose bonbon ou les casquettes, et la simple évocation des baskets, bikinis et autre robe de mariée…
C’est comme essayer de me faire avaler du fenouil: cela ne passe pas. Ceux qui n’aiment pas le fenouil me comprendront: c’est pathologique.

J’ai aussitôt embrayé dans l’un de mes délires, faisant cependant attention de ne pas blesser mon interlocutrice qui, elle, s’adonne à son activité en toute bonne foi, tout à fait attendrie par ces petits vêtements « a-do-ra-bleuuuus ».

Aujourd’hui, devant mon écran, arrivée à l’épisode « écriture » de la chose, mon esprit meurt d’envie de partir dans un pamphlet que ma raison m’interdit.

Jetant un oeil à Scott, qui, toujours très digne, me couve d’un regard interrogateur sous ses sourcils broussailleux, je lui ai dit (par télépathie: en règle général, je ne fais pas de sermon à mon chien):
- Estime-toi heureuse… tu vois à quoi tu échappes ?

De toute façon, si l’envie me prenait de l’affubler de l’un ou l’autre de ces accoutrements ridicules, elle aurait vite fait de me rappeler à l’ordre en réduisant le précieux chiffon haute-couture en charpie. Et elle aurait raison.
Comme pour m’approuver, tout en remuant son énorme moustache de colonel à la retraite, elle est allée se coucher dans son panier, fort confortablement, les quatre pattes en l’air. Un vrai bien-être de chien, à la Snoopy, et pas à la Claudia Schiffer.

Quelle drôle de société où l’on oublie qu’un chien est un animal…

Martine Bernier

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