Archive pour février, 2009

Le grand Blockhouse de l’Atlantique

14 février, 2009

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Au hasard de nos pérégrinations, lui et moi avons une constante: profiter de chaque lieu pour en apprendre un peu plus sur le passé, sur l’Histoire.
Cette fois, en rentrant vers Nantes, nous nous sommes arrêtés devant le Grand Blockhouse de l’Atlantique, pièce forte de la fameuse Poche de St Nazaire durant la 2e guerre mondiale.
Qu’est-ce que c’est? Un énorme bunker construit sur cinq niveaux, depuis lequel les Allemands tenaient leur position. Chaque niveau avait sa fonction, chaque homme avait sa tâche. Pour le camoufler aux yeux de leurs ennemis, les occupants ont peint des trompes-l’oeil de fenêtres et de portes sur les façades.
Aujourd’hui, le bâtiment de béton a été transformé en musée.
Et il possède une particularité qui peut intéresser autant les enfants que les adultes: des reconstitutions historiques mettant en scène des mannequins remarquablement réalisés. Aucun personnage ne ressemble à un autre, tous sont personnalisés, ce qui rend l’ensemble captivant. Dans les vitrines, des objets personnels des soldats complètent l’ensemble, ainsi que des panneaux relatant l’histoire des lieux.
C’est une visite intéressante, qui n’a rien d’ennuyeux, et vous offre, en prime, un petit « plus » non négligeable: en sortant de l’édifice, vous retrouvez le spectacle de la mer, à deux pas….
Seul détail à observer… si, comme Alain, vous êtes grands, n’oubliez pas de baisser la tête!

http://www.grand-blockhaus.com

Mark Gormley: un chanteur pas comme les autres

14 février, 2009

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Je crois qu’il n’y a pas moyen d’être aussi peu « dans le coup » que Mark Gormley.
Un physique très passe-partout, une moustache en poils de brosse, des vêtements à porter en maison de campagne, une façon d’habiter son corps très personnelle et un art de bouger quasi inexistant.
Quand on tourne un clip, ce ne sont pas franchement des atouts.
Et pourtant, on parle de ce chanteur sur Internet.
Pourquoi? Parce que, apparemment imperméable aux réactions qu’il suscite, il chante, comme il en a envie.
Et certains de ses morceaux, assortis à sa voix un peu particulière sont très plaisants.
J’aime bien… non seulement sa voix, mais aussi son drôle de personnage, même pas provocateur.
Juste « ringard », disent les présentateurs « branchés ».
Il est bien connu qu’il suffit de ne pas faire ou être comme tout le monde pour être ringard.
Sur le site qui lui est dédié, Mark chante.
Il s’exprime, il communique, il fait ce qu’il aime faire.
Et il a bien raison!
D’autant que son talent iconoclaste attire des amateurs de plus en plus nombreux.
Une chroniqueuse du « Grand Journal » de Canal+ a été jusqu’à dire de lui: « cet homme est un dieu! »
Je n’irais pas jusque là. Mais une chose est sûre, certaines de ses chansons accrochent, sa voix ne ressemble a rien de connu, et… il est bougrement sympathique de faire son petit bonhomme de chemin sans se préoccuper des autres!
J’aimerais beaucoup que le public continue à la reconnaître pour ce qu’il est à travers son site.
Qu’aucun « fin nez » du showbiz, flairant la pompe à sous, ne le « prenne en mains » pour assurer sa « carrière ».
Il risquerait de se faire relooker pour entrer dans un moule..
Ce serait la fin de Mark Gormley.

www.markgormley.com

 

Martine Bernier

Pablo Neruda sur un quai de gare

13 février, 2009

Je lui avais dit: « Sur les 4 jours que nous passerons ensemble, penses-tu que nous pourrions faire un saut dans une librairie où je pourrais trouver un livre de poèmes de Pablo Neruda? J’ai prêté les miens et je n’ai pas pu les récupérer… »
Il m’avait dit oui.

Lundi, 13 heures, le TGV entre en gare de Lyon.
Il est là, à m’attendre sur le quai, après avoir fait quatre heures de route pour venir me récupérer, sachant qu’il faudra en ajouter six de plus, dans la foulée, pour que nous puissions atteindre notre point de chute.
Comme à chaque fois, je suis heureuse…
Il prend ma valise, se redresse, et me tend quelque chose avec un petit sourire.
C’était un livre. « La solitude lumineuse », de Pablo Neruda.
Je ne m’y attendais pas…
Il m’a dit: « Je suis désolé, j’ai fait toutes les librairies de la Gare de Lyon, mais je n’ai trouvé que celui-ci… »

Neruda dans une gare…
Et il est désolé!
C’est sans doute l’un des cadeaux les plus insolites et les plus touchants que l’on m’ait fait…
Cette nuit, j’ai pris l’avion pour rentrer. Il avait beaucoup de retard.
J’ai lu Neruda d’une traite.
Un très beau récit de voyage à Colombo, Ceylan. Singapour et Batavia.
Entre deux chapitres, j’ai tissé des contacts avec ceux qui m’entouraient, à l’aéroport.
Un brouhaha assez résigné en attendant un avion qui affichait plus d’une heure de retard.
Des enfants pleuraient, il fallait les distraire.
Des conversations se sont engagées.
J’ai plaisanté avec eux.
Mais je pensais à lui.
Un grand homme capable de faire autant de route pour être avec moi, de traverser la France juste pour que je puisse respirer l’air de la Pointe du Raz en pleine tempête.
Un grand homme capable de m’offrir un petit bouquin en s’excusant presque, sans réaliser à quel point son cadeau m’est précieux…

Du courage dans le vin du domaine Didier Dagueneau

13 février, 2009

Rentrant de quelques jours d’absence, j’ai trouvé une enveloppe venue du Domaine Didier Dagueneau.
J’ai déjà dit combien son départ prématuré avait choqué et profondément attristé tous ceux qui l’ont aimé, en septembre dernier.
Rien n’a changé depuis, la tristesse est toujours là.
En ouvrant l’enveloppe, j’ai découvert une carte de voeux 2009, adressée par toute l’équipe du domaine.
J’ai été touchée par deux choses.
D’abord le fils de Didier, Louis-Benjamin Dagueneau, vigneron lui aussi, qui, avec un courage qu’il faut saluer, a repris le flambeau laissé par son père.
Difficile lorsque l’on sait la personnalité charismatique et le talent qui étaient les siens…

Et puis, les photos qui illustrent la carte.
Il y en a deux, couleur délicatement sépia.
Ils sont tous là, de Susi, l’épouse de Didier, à la fidèle Nathalie, en passant par tous ceux, essentiels, qui aident à faire vivre le domaine.
Il y a les enfants, aussi, beaux à en rendre les anges jaloux.
De ces photos ressort une gravité profonde, un chagrin, très digne, mais que l’on sent bien présent, une volonté tenace de tenir bon.
Chacun connaît l’enjeu, l’importance de sa présence là, au coeur du domaine.
Et tout le monde est là, fidèle au maître du Pully Fumé, au tendre et malicieux rebelle de ce qu’il avait baptisé comme étant « La rue Ernesto Che Guevara »

Je crois que jamais carte de voeux ne m’a autant remuée.

M.B.

Un gorille et un chat…

9 février, 2009

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Avant de partir, je ne résiste pas….
Avez-vous entendu parler, ces derniers jours, de cette amitié insolite née entre Koko, un gorille, et un chat, All Ball ?

L’histoire est peu banale.
Koko n’est pas un gorille comme les autres. Née le 4 juillet 1971 à San Francisco, cette femelle a appris à s’exprimer en langage des signes américain. Elle en connaît 1000 différents dont 500 couramment. Son éducation quasi humaine lui a permis de développer des comportements inconnus chez les gorilles.
Elle a notamment passé avec succès le test du miroir définissant la conscience de soi, et aime garder les animaux domestiques.

Elle adore les chats, et avait développé un lien particulier avec l’un d’eux, un manx bleu baptisé All Ball.
Mais celui-ci a été renversé par une voiture, déclenchant chez elle un chagrin très… humain.

Les spécialistes expliquent que, lorsque l’on demandait à Koko ce qu’elle pensait du chat décédé, elle répondait: « larmes ».
A la question: qu’est-il est arrivé à ton chat, elle répond : « Chat dort ». Par le passé, questionnée sur la mort des gorilles et leur ressenti à ce moment précis, Koko avait déjà exprimé qu’ils mourraient vieux ou d’ennuis (avec s!), et qu’ils « dormaient ».
En voyant une photo de All Ball, elle montrait les signes: pleurer, triste, renfrogné
Son chagrin était tel que d’autres chats lui ont été procurés et qu’elle en a choisi un pour lequel elle ressent à nouveau une amitié qui lui a redonné le goût de vivre.

Par delà l’histoire pure, se posent les grandes questions: les animaux ressentent-ils des émotions semblables aux nôtres?
Le débat est passionnant. J’ai eu l’occasion et la chance d’en parler longuement, dans le cadre de mon travail, avec des vétérinaires spécialistes reconnus du comportement animal.
Une chose est certaine: les animaux ressentent des sentiments complexes et possèdent une forme d’intelligence particulière.
Koko arrive à exprimer sa douleur par le langage des signes, à évaluer son intensité sur une palette de couleurs et à la situer sur une poupée de chiffon utilisée auprès des enfants pour expliquer le déroulement d’une opération.
Parce qu’elle permet de dresser un pont entre le monde animal et le nôtre, Koko est une star.
Réduire son existence et le travail qui est entrepris depuis des années avec elle à une vidéo de deux minutes sur Internet est réducteur.
Si vous voulez en savoir plus, allez jeter un coup d’oeil sur le site qui lui est consacré.
Sachez aussi que Koko n’est pas le seul gorille a pouvoir s’exprimer en utilisant un langage compréhensible des humains. Au même endroit, Michael, un gorille mâle, a suivi le même « cursus scolaire » et peut lui aussi utiliser le langage des signes. Il connaît moins de mots que sa compagne, mais, nettement plus jeune qu’elle, n’a pas fini d’apprendre…

http://www.koko.org/index.php

http://fr.truveo.com/Koko-le-Gorille-et-ces-amis-les-chats/id/4160440719

Absents 4 jours.. de retour vendredi!

9 février, 2009

Nous serons absents jusqu’à vendredi matin…
Quatre jours heureux au cours desquels nous allons refaire le plein d’émotions et d’idées pour la suite d’Ecriplume!
A vendredi donc!

Les différences entre les hommes et les femmes. Chapitre 2. Le sens de l’orientation.

8 février, 2009

Parmi les caractéristiques qui rendent nos hommes passionnants, il en est une qui me ravit d’autant plus que j’en suis totalement dépourvue: le sens de l’orientation.
Ma moitié a beau vivre une intimité très pure avec son GPS, il m’a prouvé plus d’une fois qu’il était nettement plus doué que moi en la matière. Ce qui donne parfois lieu à des situations vaguement burlesques.

Exemple.
Je me trouve dans un hôtel.
Même s’il fait partie d’une chaîne ayant l’habitude de concevoir tous ses établissements d’après les mêmes plans, je suis incapable de m’y retrouver.
Y compris si j’y suis descendue à plusieurs reprises, je continue à m’égarer dans les couloirs, à me tromper d’étage, à mélanger les portes, à me retrouver dehors devant une porte close (mais pourquoi ces portes se referment-elles toujours automatiquement derrière nous sans qu’on leur ait demandé quoi que ce soit!?) alors que je voulais simplement me rendre à l’étage supérieur, à ne pas pouvoir définir où se trouve la salle de petit-déjeuner etc.
Idem si je m’aventure vers les commodités dans un restaurant. Si mon héroïque compagnon ne m’a pas munie d’explications détaillées, je mets un temps infini non seulement à les trouver, mais surtout à en revenir. Je m’y rends à chaque fois avec l’espoir qu’il partira à ma recherche ou lancera la colonne de secours s’il ne me voit pas réapparaître au bout d’une heure…

Oui, je sais: cela relève du handicap majeur.
Lui en sourit là où d’autres s’en énerveraient.
Notre technique est désormais imparable: je le suis comme son ombre. Avouons-le sa taille et le fait qu’il domine la majorité de la population d’une ou deux bonnes têtes est, en l’occurrence, extrêmement pratique.
Dans les lieux plus peuplés ou à l’extérieur, il ne lâche pas ma main, sûr ainsi de ne pas avoir à retourner toute la ville pour me retrouver errante dans un coin.
Mon manque de sens de l’orientation nous a valu des situations épiques, inracontables ici. Je sais qu’il en sourira en y pensant…

A chaque fois qu’il m’emmène en direction de la côte, un schéma à peu près similaire se reproduit.
Jetant un coup d’oeil à son GPS, engin amusant et déroutant (un comble!) au possible, je demande:
- Donc, la mer est devant nous… Mais… pourquoi ne la vois-je pas?
- Pourquoi dis-tu que la mer est devant?
- Parce qu’il y au une masse bleue sur l’écran…
- Oui… ça, mon coeur, on va dire que c’est le ciel. La mer est à droite, regarde…

Le temps de trouver mes lunettes et… je constate en effet que la mer est à un saut de puce…
Vexant.
Mais quelle idée aussi de mettre le ciel dans un GPS!

En balade, c’est exactement le même scénario. Je ne sais jamais où je me trouve, ce qui me rend d’ailleurs parfaitement indifférente.
Il m’est arrivé de me retrouver perdue seule et de nuit en plein coeur de l’Ouzbékistan, dans une ville ou personne ne comprenait un mot de français ou d’anglais et où les femmes semblaient avoir été rangées dans un placard pour la nuit. Avoir survécu à ce genre de mésaventures permet d’appréhender la vie quotidienne en pays francophone avec une certaine sérénité.

Le fait de ne jamais savoir où je suis semble l’amuser au plus haut point.
Mais comme il a un coeur d’or et une patience infinie, il me ménage à sa façon…
Ainsi, dans Paris, depuis bientôt deux ans que nous nous y rendons ensemble, il s’efforce inlassablement de me nommer les monuments, les noms des rues…
Parfois, il fait une tentative:
- Et ça, là… ça te dit quelque chose ? Tu reconnais ?
- Heu.. Les Champs-Elysées ?
- Oui!!!!
Fière comme un paon qui aurait découvert l’Amérique, je m’arrange pour avoir le triomphe modeste… Evitant de lui dire que je pense être parfaitement incapable de différencier les façades du Louvres de celles de la Sorbonne.
Je sais qu’il m’aime… mais je crains que son amour ait des limites. Géographiques!

M.B.

Robert Badinter: L’abolition

8 février, 2009

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Nous avons tous notre « Panthéon des Grands » personnel.
Dans le mien figure en bonne place le nom de Robert Badinter, lié à tout jamais à l’abolition de la peine de mort en France.
J’étais adolescente lorsqu’il a mené son combat, en 1976, faisant de la défense de Patrick Henry, meurtrier d’enfant, le procès de la peine de mort.
Son courage, le sentiment d’assister au combat d’un homme se battant pour une cause qui dépassait largement son intérêt personnel, son intelligence et l’extraordinaire puissance de ce débat d’idées essentiel m’ont profondément marquée.
Dans mon école catholique et bien pensante, ce genre d’événement n’était repris dans aucun cours.
J’ai donc été voir une religieuse que j’aimais beaucoup et qui tentait de nous ouvrir l’esprit aux problèmes du monde, pour lui demander son avis.
Elle était un peu empruntée. Mais elle a accepté que je lance le débat en classe.
J’ai été frappée de découvrir, dans la bouche de mes camarades de classe que je croyais connaître, la même hargne, voire la même haine qu’elles rencontraient sans doute chez elles, par rapport au sujet. Chez moi, je n’avais personne pour m’influencer. Mon père n’était plus de ce monde depuis longtemps. Et ma mère pensait juste à survivre, lorsqu’elle arrivait encore à penser.

A 15 ans, je n’étais évidemment investie d’aucune mission. Mais j’avais besoin de comprendre, de dépasser les limites de ma situation personnelle, de connaître les arguments de chacun. Horrifiée autant par le meurtre d’un enfant que par l’idée que l’on puisse punir le sang par le sang.
Au cours des années, j’ai lu les livres de Badinter, et pas mal d’autres sur le sujet.
Mon caractère et ma tournure d’esprit me poussent depuis toujours à me ranger dans le camp des abolitionnistes. Je me suis d’ailleurs engagée très longtemps au sein d’Amnesty International pour essayer d’apporter ma contribution en ce sens.
Toute ma vie, le combat de ceux qui oeuvrent pour rendre notre société plus humaine tout en cherchant des solutions pour la préserver des tueurs et autres tortionnaires, a suscité mon admiration.

L’an dernier, j’ai essayé…
Je suis entrée en contact avec Robert Badinter.
J’espérais une interview.
Lorsqu’il m’a rappelée, par téléphone, il a dit oui dans un premier temps.
Cette conversation, m’a laissée le coeur battant.
Il est l’un de ceux que je rêve réellement de rencontrer. Un être humain que j’admire.
Malheureusement, appelé par des tâches autrement plus importantes qu’une interview, il s’est ensuite décommandé.
Ca a été une déception, bien sûr, mais je l’ai bien compris.
Cet homme a fait avancer notre société, a marqué l’Histoire.
Je suis déjà honorée qu’il ait accepté de me répondre…
J’ai pu lui dire ce qu’il représente pour moi. Il a contribué à façonner ma pensée.
Des milliers de gens ont dû lui dire ce genre de choses avant moi. Mais, à mes yeux, cela comptait…

Je ne suis pas très « TV ». Plutôt du genre à sélectionner et enregistrer ce que j’ai envie de voir.
Mais le téléfilm « L’Abolition » de Jean-Daniel Verhaeghe, adapté d’après les livres de Robert Badinter, avec l’excellent Charles Berling dans son rôle, je ne pouvais pas le manquer.
Je connaissais évidemment tout de l’histoire, ayant lu les livres de l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterand.
Mitterand sans lequel, d’ailleurs rien n’aurait été possible et qui a lui aussi fait preuve d’un beau courage politique.
L’histoire du procès manqué de Roger Bontemps m’a particulièrement marquée, une fois encore.
Et puis cette phrase, lancée par un Badinter quasi désespéré, lors d’une plaidoirie: « La peine de mort, ce n’est rien d’autre que de prendre un homme et de le couper en deux, vivant !!! »

On peut penser ce que l’on veut, être pour ou être contre.
Mais cette bravoure et cette volonté qu’il a fallu pour faire face à une société en fureur, autant pour Badinter que pour son épouse qui l’a soutenu de manière inconditionnelle, on ne peut que les saluer.

Maxime Leforestier: ma première grande interview

7 février, 2009

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Le journalisme est un métier de rencontres. Et j’ai la chance de faire partie de ceux et celles qui en ont fait beaucoup, et de très belles. Des personnalités connues ou pas qui, toutes, m’ont laissé un souvenir plus ou moins marquant.

Mais jamais je n’oublierai la première. Parce qu’elle a eu lieu dans des circonstances insolites.
J’avais 25 ans ou 26 ans, n’avais pas encore passé mon diplôme de journaliste et travaillais comme pigiste dans un journal local.
A l’époque, j’habitais Leysin, une station de sports d’hiver des Alpes suisses. Station qui avait, par le passé, accueilli le chapiteau de la BBC où se déroulaient des émissions de variétés prestigieuses réunissant les plus grandes stars de la chanson. Beaucoup terminaient leur séjour par un passage dans un restaurant où j’avais mes entrées: le Vieux Leysin. Comme bien d’autres, j’ai pu assister depuis le bar, à des moments de musique pure où s’éclataient le groupe Abba, Michael Jackson lorsqu’il faisait encore partie des « Jackson Five », Sacha Distel etc…

En 1987, la nouvelle est tombée: un festival rock serait organisé à Leysin, réunissant les plus grandes vedettes en concert à ciel ouvert dans la montagne. A la base de l’aventure: Gérard Héritier. Jusqu’en 1994, le festival fera venir la crème des artistes dans la station. Souvent sous des trombes d’eau… ce qui a précipité sa perte. Je me souviens d’un concert apocalyptique de Bob Dylan, où c’est à peine si l’on pouvait encore distinguer la scène…

J’ai très rapidement convaincu ma rédaction que j’étais la personne idéale pour « m’occuper » de la manifestation pour notre journal. La plupart de mes « chefs » se sont copieusement moqué de moi. A côté des revues internationales, jamais les organisateurs n’inviteraient le « Journal du Chablais » à leurs conférences de presse. Et certainement pas s’il était représenté par une pigiste, qui plus est. « Mais bon, vas-y essaye… »

J’ai commencé par écrire des papiers d’ambiance. Emmenant mes deux fils, hauts comme trois pommes, dans mon sillage, j’ai assisté aux premiers concerts, ai sympathisé avec les organisateurs, les représentants des maisons de disques, les membres de la sécurité…
Jusqu’au jour où j’ai découvert que serait invité Maxime Leforestier.
LE Maxime Leforestier dont je connaissais toutes les chansons, jouées à la guitare pour mes enfants (oui, chez nous, pas de berceuses: du folk!).
Lorsque mes collègues ont réalisé que je voulais absolument décrocher une interview de l’homme en question, ils ont souri. Les paris étaient pris, et j’avoue que je ne partais pas gagnante…

J’ai donc confié mes enfants et mon chien à une amie, ai pris mon carnet, mon stylo, et suis partie naïvement à la chasse à l’interview.
Grâce à un membre de l’organisation, j’avais hérité d’un badge « presse » bien utile pour franchir les premiers barrages. Restait à atteindre le Graal.
Arriver aux « loges » des artistes (casés dans des conteneurs…) tenait du parcours du combattant. Mais les hommes de la sécurité commençaient à me connaître et semblaient avoir pris en sympathie cette petite scribouillarde décidée à faire ses preuves.
Ne me demandez pas comment j’ai fait… toujours est-il que je me suis retrouvée devant la porte du conteneur de Maxime Leforestier, avec une consigne de celui qui m’y avait conduite: « Ecoute. Il chante ce soir. Auparavant, il doit donner une série d’interviews. Tes collègues sont installés en salle de presse. Toi, tu vas attendre ici, dehors. Et dès que tu verras que la liste des rendez-vous est terminée, tu essayeras de passer. Il te donnera peut-être 5 minutes. »

J’ai donc pris mon mal en patience. Il en fallait: j’ai attendu près de 4 heures. Comme si attendre ne suffisait pas, la pluie s’est invitée. Une véritable pluie diluvienne, plus proche de la mousson que de l’averse. J’étais détrempée, grelottante, mais présente. Au bout de quatre heures d’un défilé interminable de journalistes représentants des revues connues (et secs car issus de la salle de presse ou munis de parapluies), le dernier a quitté la loge.

Maxime Leforestier, le raccompagnant à la porte, a passé la tête dehors et m’a vue.
Il m’a dit: « Mais.. vous êtes trempée! »
- Heu… oui… on peut dire cela!
- Vous attendez depuis longtemps?
- Environ 4 heures.
- Sous la pluie?? Mais… pour me voir??
- Oui, si c’est possible… je sais que je n’ai pas rendez-vous et que je travaille pour un misérable journal local, mais si je n’obtiens pas cette interview, à mon avis, je suis virée.

Pieux mensonge: je ne pouvais pas être virée puisque je n’étais pas engagée!
Il a ri et m’a fait entrer, ayant sans doute pitié de cette serpillière vivante aux longs cheveux dégoulinants.
La loge était minuscule. Il m’a fait asseoir à côté de lui dans un petit canapé en angle.
Très civilisé, il m’a offert de partager des chips.
Je n’ai pas osé dire non. Et très émue de me retrouver face à l’objet de toutes mes convoitises (si j’ose dire!)… je me suis étranglée avec la chips en question.
Adorable jusqu’au bout des ongles, il m’a tapoté dans le dos, en riant toujours.
J’ai sorti mon carnet de ma veste en jean. Il était imbibé d’eau, à tel point que l’encre de mon stylo était bue au fur et à mesure que j’écrivais.
Je lui ai avoué que je procédais là à ma première interview d’artiste. Et que, à mon avis, ça commençait plutôt mal.
Il m’a rassurée, m’a mise à l’aise en m’interrogeant sur moi, mes enfants, m’indiquant qu’il avait un fils du même âge que le mien.
J’ai compensé mon manque d’expérience et mon trac, par une connaissance de son répertoire que je connaissais par coeur, et par une sincérité qui devait être désarmante si j’en crois la manière dont il s’est comporté avec moi.

Il a été … plus que gentil.
Parce que je lui ai dit que c’était une chanson que j’aimais beaucoup, il a pris sa guitare et m’a chanté « Fontenay-aux-roses ».
Nous avons passé une grosse demi-heure à parler avant que je prenne congé, confortablement perchée sur mon nuage.

Je suis rentrée chez moi et j’ai écrit dans la foulée, un texte enthousiaste et plutôt amusant.
J’avais même réussi à obtenir une photo… que la rédaction ne m’a jamais rendue, trop contente de pouvoir la garder.

Je ne sais pas ce qui a le plus marqué: le fait d’avoir envoyé cet article ou d’avoir décroché ce premier rendez-vous.
Toujours est-il que j’avais réussi là où certains collègues locaux avaient renoncé.
Cet article m’a ouvert de nombreuses portes, notamment au Festival où, par la suite, j’ai obtenu des interviews de stars plus connues les unes que les autres.
Peu de temps après, d’autres journaux, plus importants, me faisaient des avances.

Moi, je n’ai jamais oublié la gentillesse avec laquelle m’a reçue Maxime, en toute simplicité, alors qu’il devait avoir une indigestion totale de journalistes, ce jour-là…

Martine Bernier

Alexandre Cloutiers: le magicien de « La peinture expliquée »

7 février, 2009

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Un jour que je faisais des recherches sur le Net à propos d’un tableau, je me suis retrouvée, complètement par hasard, sur un site canadien appelé: « La peinture expliquée ». Curieuse, j’ai cliqué et cliqué encore, pour découvrir qu’il s’agissait d’un réel cours de peinture en ligne, donné à travers des vidéos.
Le peintre qui officie avec talent et simplicité s’appelle Alexandre Cloutiers.
Passionnée de peinture, je regrette amèrement de ne pas être capable de tenir correctement un crayon ou un pinceau. C’est dire si j’ai le respect de ceux qui possèdent ce don. Je me suis tout naturellement laissée prendre au concept du site. Et j’ai été séduite par ce que j’y ai vu.
A tel point que j’ai laissé un message enthousiaste à Alexandre pour le féliciter pour sa démarche. Et j’en ai profité pour signaler le site dans un ou deux journaux pour lesquels je travaille.

Je ne m’attendais pas à recevoir de réponse à mon message. Et pourtant, deux jours après, c’était le cas. Puis, j’ai pu converser un peu plus, échanger des courriers avec notre peintre Québecois, et découvrir qu’il avait non seulement un talent très sûr, mais qu’il était, en prime, un homme absolument charmant.
Une raison supplémentaire pour continuer à faire partager mon enthousiasme pour son travail!
Je lui ai demandé des renseignement sur sa carrière, et voici ce que j’ai appris.

Alexandre est né à Fleurimont, au Québec le 17 octobre 1949, « un crayon à la main »…

« Mes premières œuvres, avoue-t-il, ont été exécutées sur le mur de ma chambre, sous mon lit avec le rouge à lèvre de ma mère. Disons que mon exposition a surpris mes parents lors du grand ménage du printemps et que mes fesses en ont payé les frais… À l’école, je dessinais dans mes cahiers et mes livres au grand désarroi de mes instituteurs. Finalement vint ma chance… »

Cette chance eut lieu lors d’un voyage organisé dans les grands musées d’Ottawa par la congrégation qui dirigeait son école. Ce jour-là, alors qu’il a 12 ans, le jeune garçon découvre la peinture sur toile. Après avoir visité tous les grands musées, le groupe se dirige vers la galerie d’art d’Ottawa. De tous les chef-d’œuvres de cette galerie, un tableau en particulier le fascine au point de lui faire paraître tous les autres bien pâles. C’était une image du Christ faite à la spatule avec les trois couleurs primaires pures.

« On m’avait bien conseillé de suivre le groupe mais je suis revenu à ce tableau avant de partir. C’est alors qu’un des dirigeants du voyage, lui-même professeur en art a remarqué mon manège. Durant le voyage de retour, il est venu s’asseoir sur le siège près de moi dans le train et tout au long du voyage de retour. Il m’a posé maintes et maintes questions sur mon parcours en art, aussi mince était t-il en ces premiers balbutiements en dessin. Voyant mon intérêt pour ce que j’avais vu, il m’a proposé de passer des tests d’aptitudes de retour à l’école pour le lendemain. Après avoir passé les tests, mon enseignement a changé d’une façon radicale. Je continuais mes cours normaux, mais il y avait d’ajoutés des cours en art, pour me spécialiser. C’est ainsi que le reste de l’école élémentaire et du lycée ont contribués à mon apprentissage des arts. »

Après un projet scolaire spécialisé à l’université, Alexandre continue sa voie dans la peinture. Mais, les études qu’il suit ensuite le dirigent vers d’autres sphères, bien loin de la peinture. « Je devais gagner ma vie, et l’art était mystérieux et inconnu au Québec. A tel point que les plus grands talents de ce temps devaient s’envoler vers l’Europe, surtout en France, où les horizons de l’art étaient grand ouvert au publique. J’ai étudié jusqu’à l’âge de 42 ans pour parfaire mes connaissances comme inspecteur de chantiers. J’en suis venu, après quelques années passées à travailler 90 heures par semaine toujours sur la route, à m’éloigner de la peinture de plus en plus. Ce n’est que quelques années plus tard, en voyant un artiste à la télévision tout par hasard que le goût m’est revenu. J’ai donc décidé de donner des cours à des gens qui auraient aimé peindre, mais qui croyaient que c’était seulement pour un groupe d’élites. »

Dès le départ, le peintre désire enseigner d’une façon facile pour l’apprenti, sans qu’il ait à se lancer dans les lois académiques, ce qui en aurait découragé plusieurs.
C’est ainsi qu’il enseigne en privé, d’abord dans les villes autour de Sherbrooke. Puis après des débuts d’animateur à la télévision locale, les groupes se multiplient jusqu’à ce qu’il en vienne à délaisser son travail d’inspection pour se concentrer sur les cours.

« J’ai ouvert une école chez moi et je l’ai tenue pendant près de 16 ans. Par la suite, le temps passait et je commençais à sentir le poids du travail que les cours commandaient et j’ai une fois de plus réduit les cours, en gardant les cours de mon école mais en éliminant les cours en province. Puis, ce fut le tour des cours à mon école que j’ai diminués, jusqu’au jour où j’ai décidé que le moment de la retraite avait sonné. »

Visiblement, la retraite, elle, n’était pas décidée à venir au rendez-vous! Quelques mois après avoir pris sa décision d’arrêter son activité, son ami Martin Carrière, lui aussi artiste peintre et professeur d’art dans des écoles élémentaires de Montréal, lui téléphone pour lui proposer des émissions sur le web où il pourrait enseigner à qui le veut bien, la peinture et ses secrets. Durant deux ans, les deux hommes peaufinent le concept, avec tous les problèmes, erreurs et manques de connaissances que cela implique, pour finalement faire leur apparition sur les ondes au mois de septembre 2008 « avec toutes les petites imperfections que nous tentons de corriger tant bien que mal », précise Alexandre. « C’est alors que Martin a enrichi le site de deux nouveaux associés : Samuel Roy est devenu notre webmestre et Sylvain Desfossés compose les moments musicaux. Nous sommes maintenant quatre qui avons mis temps, argent et efforts pour produire un site intéressant pour tous ceux qui veulent s’adonner à la peinture tout en profitant des bienfaits que cela procure. »

Pour les internautes amoureux de peinture et désireux d’apprendre, le site est une source de connaissances pratiques et théoriques passionnante. Suivre les cours de cet homme accueillant est un véritable régal. Même pour moi qui sait pertinemment que je ne serai jamais douée… Qu’importe: assister à la naissance d’un tableau est toujours un moment émouvant. Et le magicien de « La peinture expliquée » a le don de rendre l’instant intime et chaleureux…

Martine Bernier

http://cours-peinture.tv/

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