Archive pour octobre, 2009

Ecoles fermées pour cause de…

21 octobre, 2009

Sous nos latitudes, lorqu’une école ferme ses portes, c’est en principe pour cause d’épidémie ou de problème technique majeur.

Au Pakistan, toutes les écoles et les universités du pays sont fermées durant toute la semaine, pour cause… d’attentats -suicides perpétrés par les talibans. Et ce suite aux deux événements de ce genre qui ont eu lieu au cours de ces 15 derniers jours, et qui ont fait 185 morts.

Tous les établissements scolaires fermés pour une raison pareille… Et des hommes qui se font exploser dans des endroits où ils seront sûrs de tuer un maximum d’enfants ou d’étudiants. Je sais que nous ne pouvons ni comprendre ni juger ce qui se passe dans des pays dont la culture est aussi éloignée de la nôtre. Mais tuer un enfant est impardonnable. Un excellent article est paru dans l’Express à ce sujet,  expliquant qui sont ces hommes qui sont prêts à  sacrifier les vies les plus précieuses.

Il fut des époques, au cours de l’Histoire du monde, où la vie d’un enfant ne valait rien. Pour certains hommes, c’est toujours le cas. Et ne pensez pas que seuls les talibans sont impliqués. Non. Dans notre société, il existe des hommes soi-disant bien sous tout rapport, cantonnés dans de petites vies bien rangées qui  affichent eux aussi des attitudes méprisables. Les cas qui me touchent de près me mettent dans des états de dégoût profond qui ne risquent pas de me passer. Je ne supporte pas qu’un enfant pâtisse de la lâcheté, de l’indifférence ou de la violence de son père ou de qui que soit d’autre.

Cet après-midi, j’ai été touchée indirectement par une situation révoltante qui, cette fois, ne mettait pas en cause un adulte. Un petit bonhomme qui m’est cher est parti s’amuser dans une rampe de skate tandis que son père garait sa voiture. Le temps que ce dernier revienne et son fils s’était fait tabasser et racketter. Pour une veste… Manque de chance pour les  courageux agresseurs, le père en question est policier et a mis la main sur eux avec une rapidité ahurissante. Ils étaient trois à s’être attaqués à plus petit qu’eux. Trois gamins de 12 à 14 ou 15 ans, dont un vit en foyer d’accueil. J’espère que leurs parents arriveront à leur faire prendre conscience de la gravité de leur geste, du traumatisme ressenti par un petit garçon un peu lunaire, pas préparé à vivre des événements aussi violents…

Aux Antipodes de cette scène, je revois les yeux de ce père dont le fils est atteint dans sa santé. En attente du résultat d’analyses, il avait le regard sombre, embrumé d’angoisse. Et tentait de paraître maître de lui en me répétant: « Dans cet hôpital se trouvent les meilleurs spécialistes de ce genre de maladie. Il faut faire confiance. De toute façon, je n’ai pas le choix… » Le lendemain, les nouvelles étaient meilleures. Son regard s’était allégé. Mais il portait sur le visage les stigmates de sa crainte.

Il y a ceux qui savent que ces petites vies qu’ils protègent de toutes leurs forces, ils en sont responsables.

Il y a ceux qui ne veulent même pas savoir qu’ils sont pères. Ceux qui veulent bien être responsables de leurs enfants légitimes, mais pas de ceux qu’ils ont semés aux quatre vents.

Et puis il y a ceux qui se font exploser dans les universités ou les écoles avec le sentiment d’accomplir un devoir sacré permettant de déstabiliser un pays un peu trop docile à leur goût vis-à-vis de l’Oncle Sam.

Et en face d’eux, il y a des gamins qui ne comprennent pas.

Comment voulez-vous comprendre?

 

Martine Bernier

Premier retour à Saint Molf

21 octobre, 2009

Ils ont passé à la vitesse du vent, ces jours de retrouvailles avec mon Triangle d’Or…
Dès le premier instant, tout se passe comme si je n’étais jamais partie. L’accueil de Vero qui m’a préparé un nid cinq étoiles avec sa générosité habituelle. Les conversations avec mon bon Géant, qui reprennent exactement là où nous les avions laissées… Ma fragile petite Aurore, se débattant dans les affres des questions existentielles et des jugements autodestructeurs liés à l’adolescence. Béa, sa maman toujours aussi fine et drôle, et Fred, son mari, ange gardien de mes mois passés à St Molf et de mon retour en Suisse, joyeux, taquin et si pudique. Et puis les trois bouts d’hommes sans lesquels rien ne serait pareil: Yoyo, Théo et Clément, toujours aussi beaux, tendres et… toniques! Beaucoup d’émotion, oui. Beaucoup de douleurs, aussi, sur lesquelles je n’ai rien dit et ne dirai rien. L’aéroport où se nichent tant de souvenirs, un panneau indicateur sur une route après Nantes, des dizaines d’endroits remplis de souvenirs, et… ma maison, habitée par d’autres.

Tout a commencé à l’aéroport de Genève où, au moment de l’enregistrement de ma valise, le personnel de l’aéroport m’a informé qu’elle avait un excédent de trois kilos. Hum. J’envoie un sms piteux au malheureux homme qui va devoir réceptionner l’objet…
« Valise =23 kg. Supplément de bagage chocolaté. Ne me scalpe pas à l’arrivée! »
Sa réponse arrive peu après: « Pas de problème pour la contrebande suisse. Repère bien ta valise! »

Impossible de la manquer, cette fois: je l’ai affublée d’un ruban bleu repérable à cinq cents mètres! A l’arrivée, pari gagné, je la retrouve sans effort. Derrière la vitre, je repère presque aussi rapidement celui qui m’attend. Il faut dire que sa taille facilite les choses. Inutile de le décorer de rubans pour le remarquer dans la foule: avec 1,92 m, il a facilement deux têtes de plus que la moyenne. Il est venu alors qu’il a bien d’autres préoccupations autrement plus importantes. Et je vis avec lui, le temps d’un trajet, le premier moment délicieux de mon séjour. Il m’en a offert bien d’autres. Qu’il en soit remercié…

Je vais vous épargner le récit détaillé de ces cinq jours. Mais certaines anecdotes méritent le déplacement et resteront comme autant de moments d’anthologie! La plus drôle a eu lieu le soir même de mon arrivée, chez Thierry, justement, ami de mon ami.
C’était la première fois que Stéphane et Véro découvraient la maison dans laquelle il a emménagé cet été. Comme il a mille autres choses à faire que de se lancer dans l’élaboration de plats cuisinés (comme je le comprends!), il avait prévu un repas froid. Je passe rapidement sur les tranches d’andouilles ressemblant à des photos de la Terre prises de la Lune, ou sur cette étrange chose orangée, légèrement épicée, dont notre hôte a vainement tenté de me faire croire qu’il s’agissait de viande de bouc. Le moment clé de la soirée a été celui où le maître des lieux a découpé avec application un « saucisson de viande séchée ». Je n’avais jamais vu la viande séchée présentée sous cette forme. Pourtant, comme la conversation mettait en doute mon immmmense culture culinaire (…), j’ai fait remarquer que LA viande séchée par excellence est bel et bien suisse et s’appelle la viande séchée des Grisons. Premier bon point: tout le monde en avait entendu parler. Mais quand je leur ai demandé s’ils savaient ce qu’étaient les Grisons, je suis tombée de la Lune.
Oui, de celle où a été prise la photo gravée dans l’andouille.
Tous pensaient que les Grisons étaient… des animaux! Des ruminants, sorte de croisement approximatif entre la vache et le bison.
J’ai provoqué une sérieuse déception collective en expliquant que c’est en fait une région. J’avoue que cela m’a beaucoup amusée.
Mais, à leur décharge, pour être tout à fait honnête, j’avoue aussi que, en débarquant en Suisse la première fois, je ne suis pas sûre que je savais ce qu’étaient les Grisons… Et eux-mêmes auraient en réserve quelques perles bien senties me concernant, notamment sur la différence entre un filet de pêcheur et un filet de court de tennis! En attendant, je vais faire homologuer cette nouvelle race suisse qui se décline en deux versions: le Grison à poils longs et celui à poils courts.

Le lendemain matin, une balade au bord de la mer avec Stéphane m’a permis de respirer cet océan que j’aime tellement. Et d’aller chercher ma carte d’identité française. Dorénavant, je suis bel et bien franco-suisse… Trois nationalités différentes en une vie, ce n’est pas banal…

Le soir, raclette géante chez Fred et Béa. C’était la première fois depuis mon départ que le Triangle d’Or au grand complet était réuni. Un moment de pur bonheur…
L’autre moment fort de ces cinq jours était la fête d’anniversaire organisée pour mon bon Géant. Sa tendre moitié s’est mise en quatre pendant des semaines pour que tout soit parfait. Sa famille, ses amis, ses proches… ils sont tous venus. J’ai aimé découvrir ceux que je ne connaissais pas, retrouver et apprendre à connaître un peu plus ceux que je connaissais déjà. J’ai été touchée par certaines surprises qui ont été réservées à Stéphane. Et par son émotion lorsque est arrivé le cadeau final: un scooter dont il avait très envie depuis longtemps. Au niveau de l’ambiance, j’avoue m’être mise un peu en mode « observation ». Après tout, les Suisses sont des observateurs réputés pour leur neutralité! Je découvre les fêtes françaises avec ma tendance classique à me débrancher quand ma bulle est un peu trop exposée. Et je sais aujourd’hui que, dans la salle, une deuxième personne partageait ma façon de réagir. Ce qui me permet de me sentir un peu moins décalée!

Durant des années, Stéphane a pratiqué le basket. Ses amis, il les a presque tous connus par l’intermédiaire de ce sport. S’il ne le pratique plus aujourd’hui, son frère et Thierry, passionnés, ont continué. Et là encore, cela valu un échange très drôle. Ce dimanche, tous deux allaient se retrouver sur le même terrain, chose qui, apparemment, ne leur était plus arrivé depuis longtemps. J’ai demandé pourquoi. Et Thierry m’a expliqué dignement qu’il « a été suspendu pour quelques matchs après avoir eu une conversation avec un arbitre ». L’humour très pince-sans-rire de cet homme a l’art de me mettre en joie. Je lui ai demandé des précisions sur sa conversation et il a pris un air profondément offusqué pour me dire sobrement qu’il était un incompris. Il avait juste « un peu » dit à l’arbitre qu’il est nul. Ce que le frère de Stéphane a relevé en secouant la tête, navré. Quelques minutes plus tard, j’apprenais que lui-même reprend également après une période de suspension. Mais?? Pourquoi suspendu? Encore une conversation houleuse? « Non, non, un malencontreux incident. J’ai confondu la tête de l’arbitre avec le ballon. »
Je crois que je ne connais pas toutes les subtilités de la pratique du basket…mais je ne suis pas certaine que je postulerais si un poste d’arbitre devait se libérer.

En France, la fête est une notion sacrée, semble-t-il. Quand elle est finie, il y en a encore. L’after a duré jusque très tard dans la nuit, dans la sublime maison de la sœur de Véro, en présence des derniers rescapés. Un panaché de musique, de déguisements, d’ambiance bien arrosée, de rires, de conversations, de danse, de découverte, mêlés à une touche d’émotion.

Le moment du départ aura été épique. Véro, qui avait prévu de m’emmener à l’aéroport, avait oublié ses clés dans la Golf de Stéphane. Un vague espoir a flotté lorsqu’elle est arrivée avec sa clé de secours. Rapidement déçu: la clé ne fonctionnait pas. Alerte. Un coup de fil à Michaël qui, tel Zorro, a sauvé la situation en nous emmenant à l’aéroport. Et des larmes qui coulaient à n’en plus finir derrière l’écran de mes lunettes noires, lorsque nous avons passé un certain panneau indicateur.

Avant de me quitter, Théo, mon petit bonhomme tout pris par sa bronchite asthmatique, me dit: « parle du sac de maman sur écriplume! ». Donc, simplement pour lui, je salue le sac microscopique de Véro qui, à côté des miens, ressemble à celui d’un lilliputien…

Et après? Un vol marqué par des turbulences dues à une météo capricieuse, et, à l’aéroport, trois tours de tapis pour ma valise que je n’ai pas reconnue. Puis ma sœur de coeur… avec une rose…

Martine Bernier

Demain… mon Triangle d’Or, ma Terre de Sel

14 octobre, 2009

Durant quelques jours, Ecriplume va se reposer.
Je retrouverai, demain jeudi, mon Triangle d’Or, ma Terre de Sel.
Une émotion immense…
De multiples émotions…

M.B.

Le délice vietnamien

13 octobre, 2009

Ce soir, j’ai invité mon fils aîné, Sébastien, et sa compagne, Magaly au restaurant chinois pour fêter l’anniversaire de cette dernière.
J’avoue que j’ai un grand faible pour le couple plein de gentillesse et d’humour qui tient ce restaurant.
A chaque fois que je passe la soirée chez eux, je sais que quelque chose va se passer de drôle ou d’insolite.
Et il est rarissime que je n’attrape pas le fou rire lorsque je leur rends visite.
La soirée a tenu ses promesses…

En entrée, mon héroïque rejeton a décidé d’essayer ‘L’oeuf centenaire » que même la patronne n’a jamais osé s’aventurer à goûter, nous a-t-elle confié par la suite.
Le plat est arrivé sous l’oeil dubitatif de Magaly.
De mon côté, je l’ai goûté aussi…
L’oeuf centenaire est… noir.
Ou plutôt le jaune est noir, et le blanc est gélatineux et brun.
Tout vient du mode de cuisson, et le goût est très particulier, plutôt bon.

En fin de repas, alors que nous étions les derniers clients, la maîtresse des lieux a passé un moment avec nous. Elle nous a expliqué venir du Vietnam tandis que son époux est Malais, je crois.
Et a commencé une conversation ahurissante.
Il faut l’imaginer avec un accent vietnamien très prononcé.

- Ye qui est tlès bon, y’est l’oeuf de cane avec le caneton dedans.
- Pardon????
- Oui! Ca ye mange au Vietnam. Y’est vlaiment tlès bon. Comme je yais que mon mali aulait pu êtle choqué, y’ai attendu que ce yoit la nuit poul l’emmener en manger aussi. Là-bas on mange dehols, dans la lue.
- Et il a aimé?
- Oui, beaucoup! Mais il ne yavait pas ye que y’était!
Madame continue en nous expliquant qu’elle fait elle même son saké de riz.
Elle nous décrit sa recette en précisant:
- Y’est tlès tlès bon! Mais ya me fait toulner la tête!

Se retournant vers son mari qui débarrassait les tables, notre adorable patronne lui a demandé:
- Tu te youviens des oeufs de cane avec le caneton dedans?
- Oui! Y’est tlès bon.

Petit silence rêveur et Monsieur poursuit, hilare:
- Et y’est tlès aphlodiyiaque!!

Et on me demande pourquoi j’ai le fou rire lorsque je vais voir ces gens délicieux…

Martine Bernier

Anniversaires et valise

12 octobre, 2009

Entre ce lundi 12 octobre et le 31 du même mois, trois de mes anges gardiens du Triangle d’Or fêtent leur anniversaire, dont deux chiffres ronds importants.
Ce lundi, donc, c’est mon bon géant qui a ouvert le feu. Il est talonné de près, le lendemain pour être précise, par sa tendre moitié Véro et par Aurore, ma fée Clochette, toutes deux nées un 13 octobre. Puis viendra le tour de Béa qui est née le dernier jour du mois.
Il était donc simplement impossible de ne pas répondre à leur invitation.
L’avion étant un problème réglé, reste à aborder celui autrement plus épineux de la valise.
Si je sais qu’elle sera nettement plus légère au retour qu’à l’arrivée, il n’empêche que je vais frôler l’excédent de bagages.
Parce que, bien entendu, il est hors de question que j’arrive les mains vides.
Hors de question aussi que j’oublie Fred, mon quatrième ange, dont ce n’est peut-être pas l’anniversaire, mais à qui je suis redevable à vie pour ce qu’il a fait pour moi … et pour ce qu’il continue à faire. J’aime assez ses projets immédiats, d’ailleurs.
Hors de question que j’oublie qui que ce soit.
Bref, les douaniers vont encore me jeter un regard suspicieux en me demandant si je transporte de la marchandise illicite.
Et vu que le contenu de ma valise va encore ressembler à un inventaire à la Prévert, il va falloir que je prenne un air très dégagé pour expliquer que non, tout est normal.
Si, dans le meilleur des cas, j’arrive à faire en sorte que le monstre à roulettes soit embarqué dans la soute à bagages avec les autres, il restera un autre problème autrement plus délicat à gérer, dont je vais bien devoir me décider à informer le courageux homme qui a décidé de me réceptionner à Nantes.

Retrouver ma valise parmi un troupeau d’autres de ses semblables en liberté représente pour moi l’un des pires casse-tête qui soit.
Ayant des goûts plutôt sobres, je n’ai jamais été tentée de me procurer de bagage vert ou rose fluo.
Moralité: il existe quantité de clones parfaitement identiques à MA valise.
Lorsque le moment arrive d’aller la rejoindre devant le tapis où tournent inlassablement les effets des passagers, je vis un moment de perplexité totale.
Que je gère à ma façon: en regardant de manière très zen tourner ce serpent électrique, sans bouger une oreille.
Question existentielle: laquelle est la bonne?
Il m’est arrivé, ne sachant décidément pas quel était mon bien, d’attendre que toutes les autres jumelles soient parties pour adopter la dernière.
Et cela peut être long, très long…
Si j’arrive à y penser, je l’équiperai exceptionnellement d’un ruban.
Seulement ma myopie et ma légendaire distraction risquent de ne pas arranger les choses…

Bref, si l’amitié de mon dévoué accompagnateur résiste à l’épreuve du tapis roulant et de la récupération de la valise, j’estimerai que nous avons à faire là soit à un héros, soit à un sentiment amical absolument indestructible! Sans compter qu’ensuite, la valise… il faudra la porter…

Amen

Martine Bernier

L’avion

11 octobre, 2009

La première fois que j’ai pris l’avion, j’avais 20 ans, et c’était dans des circonstances dramatiques. Je devais rentrer dans mon pays d’origine le plus vite possible, si je voulais revoir ma mère vivante, me disaient ses médecins. Dans ces années-là, prendre l’avion n’était pas aussi courant qu’aujourd’hui. Et le prix des billets était exorbitant.

De plus, ayant le vertige sur un tabouret, j’appréhendais de découvrir par moi-même le bienfondé de la loi de la gravitation de Newton. J’ai donc réuni mes sous, préparé mon sac, embrassé mes proches, fait mon testament (merci de prendre soin de ma guitare et de mes livres… ils le méritent!) et je suis partie à Genève. Avec ce refrain lancinant dans la tête: « Fais ta prière Tom Dooley, demain tu vas mourir…. »

Dans l’avion, il n’était pas question que je montre mon désarroi à qui que ce soit. L’hôtesse, voulant m’être agréable, m’a demandé: « Voulez-vous vous installer près du hublot? Le siège est vide à côté de vous. » J’ai accepté avec un enthousiasme feint. Vraiment très feint. Et dès que je pouvais, je fermais les yeux discrètement.

Quand ce truc volant a décollé, j’ai eu le sentiment très net que mon estomac restait au sol. Je me suis efforcé, pendant la petite heure et demi que durait le vol, de peupler mon esprit de pensées rassurantes. Du genre: « de toute façon, si on tombe, nous n’aurons pas le temps de voir ce qui nous arrive. Et puis mieux vaut partir de mort violente que traîner dans un lit jusqu’à 115 ans… »

Lorsque nous avons atterri et que j’ai retrouvé le plancher des vaches, j’ai compris pourquoi le pape embrassait le sol à chacune de ses descentes d’avion. Ce n’était pas par respect pour la terre qu’il allait fouler, non. C’était de soulagement de pouvoir encore la fouler, justement!

Depuis, j’ai repris souvent l’avion. Moins que certains de mes amis qui, eux, sont de véritables globe-trotter, mais assez pour que je ne puisse plus tenir la comptabilité de mes vols. Avec Eric, j’ai même fait pas mal de montgolfière. Et je vis toujours. Voler est devenu un acte banal. C’est donc sans appréhension que, jeudi, je monterai dans l’avion qui m’emmènera vers la Bretagne.

Et quand je me poserai à Nantes, je saurai pourquoi j’aurai le coeur à l’envers. Ce ne sera pas par peur, non… Ce sera d’émotion. De bonheur à l’idée de retrouver ceux qui m’attendent, de rencontrer celui qui viendra peut-être faire ma connaissance. Et de chagrin à la pensée de celui qui m’a fait tant de mal, sans le moindre remord.

Que celui qui m’attendra à l’aéroport ne se fasse pas de souci: je sais très bien cacher mes émotions…

Martine Bernier

Amélie Nothomb: le petit dernier

10 octobre, 2009

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Pour moi comme pour beaucoup de lecteurs, il est un événement dans l’année à ne pas manquer: la sortie du nouveau roman d’Amélie Nothomb.
Depuis qu’Alain m’a fait ce qu’il a fait, sans le moindre remords (et oui, merci, rassurez-vous, lui va très bien), moi qui lisais une bonne dizaine de livres par semaine, je n’avais plus réussi à en ouvrir un.
Et ça, croyez-moi, c’est un signe extrêmement grave chez moi.
Et là… Quand j’ai vu « Le Voyage en Hiver » dans les rayons, je l’ai acheté en me disant que personne mieux que cette auteure géniale ne pourrait me guérir de ma diète littéraire.

Comme toujours, je l’ai lu d’une traite.
Comme toujours, j’ai adoré sa plume, son style, son vocabulaire.
Seulement cette fois, j’ai trouvé un peu court ce livre qui ne comporte que 133 pages.
Ils maigrissent, les ouvrages de la Dame…

Mais l’histoire est toujours aussi disjonctée que les précédentes.
Dans une interview, Amélie Nothomb a confié que l’idée lui en est venue alors que, un jour qu’elle s’apprêtait à prendre l’avion, elle a fait sonner le portail de sécurité. Ce qui lui a valu une fouille au corps qu’elle n’a que très modérément appréciée. Quand elle a pu continuer son chemin, elle a gardé en elle l’envie vague de faire sauter un avion.
Premier élément biographique de ce livre où le personnage principal s’apprête à en faire exploser un lui aussi.

Autre élément tiré de sa vie: le personnage de l’écrivaine un peu « neuneu », affligée de la maladie de « Pneux », sorte d’autisme sympathique. Alors qu’elle partageait son appartement avec une autre jeune femme à la fin des années 1980, Amélie avait reçu la visite d’un représentant d’EDF. Et ce dernier avait refusé de croire que des deux femmes, l’écrivain, c’était elle! Exactement comme dans le livre…

Le roman est toujours aussi bien écrit, mais décidément un peu court…
Pas grave, nous attendrons l’édition 2010!

Martine Bernier

Interview (très drôle!) d’Amélie Nothomb sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=MuUQiAwI6e8&eurl=http%3A%2F%2Fwww%2Ealbin%2Dmichel%2Efr%2Frentree%2Dlitteraire%2Fauteurs%2Famelie%2Dnothomb%2F&feature=player_embedded

Obama Prix Nobel

9 octobre, 2009

Pour tous ceux, dont je fais partie, qui aiment Obama, la nouvelle est un bonheur.
Prix Nobel de la Paix…
Ce n’est pourtant pas vraiment une surprise. On l’espérait…
Quel symbole…
Je ne vais pas réécrire ce que tous les journaux du monde ont déjà dit.
J’évoquerai juste le souvenir que j’ai du petit matin de son élection, lorsque j’ai échangé des messages alors que le soleil n’était même pas levé, avec l’un de mes amis, Pierre-Yves, qui lui aussi vivait la même émotion que moi, du fond de son lit.
Nous nous disions: « Quelle émotion pour le monde… quel espoir… Pourvu qu’il soit assez fort pour tenir ses promesses, pourvu qu’on ne lui mette pas de bâtons dans les roues, pourvu qu’on ne l’assassine pas… »

Même pas un an après son élection, il est honoré du Prix Nobel «pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples» dit le comité du Nobel.
Obama veut un monde sans armes nucléaires, où des passerelles de compréhension seraient construites entre les hommes et les cultures.
Il tient ses promesses.
Un homme qui tient ses promesses…
Il donne envie de croire en l’humanité, nous fait dire que, même s’il existe des hommes minables, misérables, il en est d’autres exceptionnels.
Quel incroyable parcours que le sien…
Et toujours, depuis son arrivée dans la course à la présidence, cette impression de vivre des moments historique, d’assister à des événements majeurs de l’Histoire du Monde.

Il dit ne pas vouloir ce prix. Mais… sa vie le dépasse aujourd’hui…

Martine Bernier

Rotary: une histoire d’amitié

8 octobre, 2009

J’avais déjà écrit un texte sur mes amis du Rotary.
Ce soir, je les ai retrouvés, et ce n’est pas rien…
Pour que je puisse réintégrer le club, ils se sont mis en quatre.
Et ce soir, leur accueil a été si chaleureux que j’ai eu la sensation de retrouver un cocon.

Je sais que beaucoup pensent que le Rotary est un cercle sélect, un club service pour les nantis.
Autant vous dire que, nantie, je ne le suis plus. Merci Alain. Il a bien tout cassé dans les moindres détails.
Et pourtant…
Ce club, mon club, est avant tout, pour moi, un lieu d’amitié.
J’y ai des amis sincères, avec lesquels il ne faut pas de grandes phrases pour se sentir au chaud.
Depuis que je suis en Suisse, plusieurs m’ont prouvé concrètement qu’ils sont là. Et bien là.
Ce soir, tout le monde n’était pas présent, mais j’ai retrouvé ma « bande d’ici ».

Quelques sourcils se sont dressés en accents circonflexes lorsque j’ai annoncé que, la semaine prochaine, je serais absente, de retour dans ma Terre de Sel.
Il m’est très difficile d’expliquer à quel point je suis partagée entre deux terres, entre deux vies.
J’ai des racines dans les deux endroits. Mais la Bretagne reste ma terre de choix, là où je me sens revivre.
Là où se trouve mon Triangle d’Or.
Mes existences, ici et là-bas, sont radicalement différentes.
Je reste la même personne, pourtant, mais certaines facettes sont plus mises en exergue d’un endroit à l’autre.
Le Rotary en est un exemple flagrant.
Non, ce n’est pas un club sélect.
Toutes les professions s’y côtoient, de tous les secteurs.
Et la richesse du groupe provient justement de la diversité des personnalités présentes.

Ce soir, ils m’ont fait la démonstration de leur affection.
C’était un beau cadeau…

Martine Bernier

PS: Plusieurs personnes m’ont demandé des nouvelles de Scotty, et j’ai reçu beaucoup de messages personnels, sur ecriplume et sur facebook, me posant la même question.
Si son équilibre est toujours précaire, les médicaments que je lui donne semblent lui avoir redonné du tonus.
Je l’entoure de soins et d’attentions, car je la sens fragile, parfois désorientée, mais elle est là, bien présente…
Il ne faut surtout pas qu’elle me quitte en ce moment.

Je voulais aussi vous remercier.
Le nombre de visiteurs qui fréquentent ecriplume augmente chaque jour.
C’est un honneur et un bonheur.
Que s’est-il passé sur Ecriplume hier, je n’en sais rien, mais le site a accueilli plus de 500 visiteurs en un jour.
Nous venons donc de dépasser les 10’000 visiteurs
Merci également pour tous vos messages auxquels je réponds bien sûr aussi vite que possible!

Kaléïdoscope

7 octobre, 2009

Quand on écrit beaucoup, les phrases nous poursuivent longtemps. En interviews, souvent, je repense aux personnes que je rencontre bien après que je les aies quittées.
Comme je revis chaque soir les événements de ma journée.
Celle-ci a été remplie…
Beaucoup d’écrits… je mets en mots les interviews de ces derniers jours. Je revois les visages, les regards, je réentends les phrases, je revis les moments d’émotions, les rires…
Je revois ce monsieur me parler de la mort de son père, décédé en 1971 dans un accident, dans la mine de sel. Lui-même est proche de l’âge de la retraite, mais a toujours le regard voilé lorsqu’il aborde le sujet. De ma réaction dépendait la suite de l’entretien. Je l’ai perçu clairement. Je n’ai pas dû me forcer à l’empathie. Ce qui est passé entre nous a permis une suite de conversation en confiance…

Un ami me parle d’Alain, qu’il connaît également, me dit qu’il est inhumain. Il y a donc des êtres humains et des êtres inhumains? Oui, semble-t-il. Il me l’a magistralement prouvé…

Avec une connaissance géographiquement lointaine, je mesure la difficulté de se comprendre lorsque l’on ne dispose que du dialogue écrit.
Je vis tellement imprégnée de la subtilité de la langue que je pèse chaque mot que j’écris comme ceux que je reçois. Pas toujours simple…
Et pourtant, il reste. Etonnant…

En fin de journée, je sors ma chienne près de la rivière. Et là, moment superbe: une pluie de feuilles mortes se libère des arbres. Il y en a partout qui tombent doucement, très doucement… L’espace de quelques secondes, c’est complètement magique. Si beau que même Scotty semble fascinée, elle qui aurait tendance à préférer s’intéresser aux sauterelles.
En écoutant le bruit de l’eau et en regardant ces feuilles voleter sur fond de paysage de montagne, je pense aux Hommes-Taupes.
Je ne pourrais pas faire ce qu’ils font. Je les trouve courageux ou différents.
Vivre sans voir le jour, dans la nuit, ce doit être très dur…
Mais je pense aussi à ceux qui vivent dans les secteurs de l’usine où il faut évaporer et épurer le sel.
Les conditions de travail ne sont pas faciles là non plus.
Aujourd’hui, je mets des visages sur ceux grâce auxquels il y a du sel sur les tables des familles du canton de Vaud.

Ce soir, j’attends la pluie. Je ne l’ai pas vue souvent depuis que je suis ici. En Bretagne non plus, d’ailleurs!
Là-bas, mon Triangle d’Or me dit qu’il fait mauvais. Ce qui équivaut pour moi à l’inverse puisque j’adore la pluie, le vent, l’orage.
Aurore craint que mon avion ne soit pris dans le gros temps. Je la rassure.
En principe, les pilotes ne partent pas avec dans l’idée d’être les GO (Gentils Organisateurs, Club Méditerranée dixit) d’un suicide collectif!
A moins de tomber sur un spécimen vraiment très dépressif.
Pluie ou pas pluie, je ne manquerai cet avion sous aucun prétexte.
Et si, par bonheur, le temps est « mauvais » dans ma Terre de Sel, je serai d’autant plus heureuse d’aller voir la mer de plus près avec l’ami de mon bon géant.

Demain, j’ai encore plusieurs portraits à écrire…
Et le soir, je crois que je vais vivre un intense moment d’émotion.
Mais c’est une autre histoire…

Martine Bernier

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