Archive pour novembre, 2009

Stephan Valentin: votre bébé vous parle

11 novembre, 2009

valentin.jpeg

Écrivain et docteur en psychologie spécialiste de la petite enfance, Stephan Valentin, a consacré un livre à la façon dont s’expriment les bébés. Un livre passionnant et plein de surprises. Mais il faut reconnaître que l’homme en question est lui-même particulier. Il aborde ses patients et son métier avec un bon sens et une sensibilité dans lesquels chacun peut se retrouver. Je vous laisse apprécier…

- Votre parcours est très atypique…
C’es vrai. Je suis Allemand, mais j’ai suivi des cours de théâtre à Paris. Puis j’ai décidé de devenir psychologue et j’ai tellement aimé ces études que j’ai été jusqu’à la thèse. Le théâtre m’aide pour tout ce qui concerne le jeu avec les enfants et les adultes dans le cadre des traitements.

- Pourquoi vous être concentré sur la petite enfance?
Il existe une grande demande de la part des parents pour comprendre leurs enfants. Ils sont noyés dans une soupe de psychologie. Chacun propose le contraire de l’autre, y compris dans les journaux. Pour ma part, je n’ai pas un point de vue extrémiste, et je propose des solutions dans les livres. Les parents choisissent ce qui leur correspond le mieux. C’est très gratifiant.

- Votre livre se veut essentiellement pratique...
Oui, j’ai essayé de me mettre dans la peau du lecteur en imaginant ce qu’il voudrait recevoir et trouver dans mes livres. J’ai structuré celui-ci en fonction des âges de l’enfant pour que la recherche soit plus facile.

- Vous confirmez, dans votre ouvrage, que le fœtus est bel et bien un être sensible qui perçoit énormément de choses et qui y réagit.
Oui, il fait partie de notre monde à travers sa mère. Les berceuses ont sur lui un effet calmant. Il réagit à la douleur, aux émotions. J’ai été très touche d’apprendre qu’un fœtus pouvait pleurer dès le sixième mois de grossesse. Effectuer ce travail m’a fasciné car j’ai énormément appris moi-même.

- Vous expliquez dans votre ouvrage combien la communication avec le bébé est essentielle…
Il ne faut pas avoir peur de communiquer avec son bébé dès la naissance. Lui parler, le porter, lui sourire, le masser, lui faire des câlins: tout cela fait partie de la communication. Il faut lui dire ce que l’on va faire, accompagner chaque geste de paroles lui décrivant les actes. Le bébé peut comprendre énormément de choses.
À quelques semaines, il peut déjà compter et sait que 1+1=2. Il comprend probablement beaucoup de choses. Bien sûr, c’est subjectif. Mais une chose est certaine: parler avec un bébé permet de créer un lien fort avec lui.

- Que conseilleriez-vous aux jeunes parents pour que les choses se passent au mieux avec leur enfant?
De ne pas se laisser mettre la pression par les autres, par l’environnement. Un enfant doit évoluer à son rythme. Il ne faut pas s’inquiéter s’il a deux ou trois semaines de « retard » sur les autres pour certaines acquisitions comme la marche ou la parole. Chaque enfant a son rythme.

- Comment faut-il réagir aux pleurs d’un bébé?
Un enfant est plus autonome à un an si ses parents ne l’ont pas laissé pleurer dans sa première année. Un bébé ne pleure jamais par caprice. Il pleure parce qu’il a besoin de quelque chose ou qu’il ne se sent pas bien. Si ce sont des pleurs légers, il faut lui laisser la chance, par exemple, de se rendormir tout seul, sans se précipiter. Mais il ne faut pas le laisser pleurer trop longtemps. En Allemagne, un livre, devenu un best-seller, affirme qu’il faut le laisser pleurer même jusqu’à 45 minutes. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette théorie.

- Comment gérer les pleurs des bébés?
En fonction des besoins de l’enfant. Pour les pleurs du soir, par exemple: s’endormir est une tâche très difficile. Il faut une préparation au sommeil, des rituels qui permettent de se séparer des parents.
Autre exemple: si vous dites à un petit de ne pas toucher à la télécommande ou au téléphone de sa mère, il faut lui donner un autre objet à la place, et le faire tout doucement. Cela permettra de détourner son attention. Vers 18 mois, stade de l’opposition, il faudra lui faire comprendre qu’un non est un non, et un oui est un vrai oui, sans toutefois devenir rigide.
J’ai écrit ce livre pour déculpabiliser les parents. On ne peut pas être un parent parfait. Il faut juste être suffisamment bon pour son enfant, ne pas avoir peur de faire des erreurs.
Je suis un psy homéopathique. Je ne suis pas là pour donner des règles ou des lois. Je propose des solutions et les parents ont la possibilité de choisir. En ne perdant pas de vue qu’il ne faut pas écouter les solutions des copines, mais chercher aussi les siennes, qui correspondent à son enfant.

Propos recueillis par Martine Bernier
- « Quand mon bébé me parle. Comprendre ses messages et y répondre ». Stephan Valentin. Editions Jouvence.
- Site: http://www.stephan-valentin.com

Radeau de la Méduse: l’histoire vraie de l’une des pires tragédies de la mer.

10 novembre, 2009

images.jpeg

Certains textes me marquent plus que d’autres au moment où je les écris, simplement parce que les sujets me touchent intimement ou parce que qu’ils abordent un thème qui m’a fascinée, bouleversée ou indignée. C’est le cas pour celui-ci… La véritable histoire du Radeau de la Méduse… Nous savons tous qu’elle relate une histoire véridique. Mais savez-vous laquelle?

Pouvez-vous imaginer le choc de la foule réunie au Louvre, le 25 août 1819, lorsque, pour la première fois, elle a découvert une scène effrayante, reproduite sur une toile gigantesque, de 7,16 m sur 4,91m, et signée par un jeune peintre de 28 ans, parfaitement inconnu, Théodore Géricault?

A cette époque, pas de télévision, pas de photos. L’importance de la peinture était immense.
Et là, brutalement, « Le Radeau de la Méduse » fait son apparition, reproduisant de manière crue un fait divers scandaleux que personne n’avait alors oublié: le naufrage de la Méduse.
Cela se passait le 2 juillet 1816. Une frégate, la Méduse, transportant le nouveau gouverneur du Sénégal, le colonel Schmaltz, et 396 passagers fait naufrage au large de la Mauritanie.
Le public découvrira avec horreur et indignation l’incompétence du capitaine, qui n’avait plus navigué depuis vingt ans.
Le 5 juillet, les gradés, qui sont plus de 200, s’approprient les chaloupes de sauvetage, 147 autres passagers, marins et soldats, sont contraints de s’entasser sur un radeau de fortune de 20 mètres sur 7. Oui, vous avez bien lu… 147 personnes sur un bout de bois de 20 mètres sur 7…
Dix-sept marins restent à bord du bateau. Parmi eux, seuls trois survivront.

Dans un premier temps, le radeau des plus démunis est amarré aux chaloupes.
Mais rapidement, les amarres se rompent… ou sont rompues.
Dès la première nuit, 20 personnes seront massacrées ou, désespérées, se seront suicidées.
Les autres vont dériver durant treize jours, avec de l’eau jusqu’aux reins…
Le cauchemar est total. Une forte tempête va décimer leur groupe. Puis des mutins ivres vont semer la panique à bord. Ils seront jetés à la mer avec les blessés.
Le 8 juillet, ils ne sont plus que 27 survivants, quasi morts de faim et de soif.
Les détails revenus jusqu’à nous de ce drame sont horrifiants.
La plupart deviennent fous. Certains boivent leurs urines, d’autres se nourrissent avec des lambeaux de cadavres séchés sur les haubans. Les conditions de survie sont atroces.
Le 17 juillet se profile enfin un navire, l’Argus, à l’horizon. Le calvaire prend fin pour les quinze derniers survivants.

Cet événement épouvantable, c’est ce qu’a voulu peindre Géricault.
Avant de s’y atteler, il a mené une enquête minutieuse auprès des naufragés, afin de réaliser un tableau réaliste. Mais il ne l’a pas fait, préférant peindre une allégorie.
Son oeuvre, lorsque l’on en connaît l’histoire, prend une toute autre dimension.
Il a voulu représenter le moment où, le 17 juillet, les naufragés ont retrouvé l’espoir.
Dans le fond du tableau se profile la forme d’un trois-mâts, et les bras se lèvent vers cet espoir…
A l’avant du radeau, un homme à la peau brûlée par le soleil agite un foulard rouge.
Ils commencent à croire au miracle…

Les témoignages des rescapés ont captivé la France entière.
L’un d’eux a raconté ceci:
« Nous reconnûmes tout de suite que c’était le brick l’Argus. Il avait mis son pavillon blanc au mât de misaine pour nous le faire apercevoir et nous faire comprendre qu’il venait à notre secours. Notre premier mouvement fut de nous jeter tous à genoux pour remercier l’Etre tout-puissant qui avait daigné jeter un regard de pitié sur nous… »

Dans le pays, l’affaire de la Méduse déchire la classe politique.
Les royalistes sont accusés d’avoir négligé la sécurité maritime en supportant une marine archaïque.
Le Ministre de la Marine n’a d’autre choix que de démissionner. Et le capitaine de la Méduse est condamné à trois ans de prison.

Nous passons parfois devant des toiles en leur jetant à peine un coup d’oeil distrait.
Mais si l’on découvre leur histoire, il n’est plus possible de les regarder du même oeil.
Le tableau de Géricault est d’une puissance extraordinaire. Les cadavres, au premier plan, font frémir.
Parmi eux, couché la face contre le bois, figure… Eugène Delacroix, un ami du peintre, lui même considéré comme l’un des plus brillants représentants de l’école romantique française.

Ce 25 août 1819, les visiteurs du Louvre ont eu un choc.
Il y a dû y avoir un long silence, puis beaucoup de commentaires.
Car la toile a été reçue avec une hostilité marquée.
Les journalistes de l’époque ont relevé qu’il n’y avait aucun héroïsme ni de grandeur dans cette oeuvre « qui semble avoir été faite pour réjouir la vue des vautours ».

Ceci dit, près de deux siècles plus tard, Le Radeau de la Méduse est toujours considéré comme une oeuvre majeure.
La plupart d’entre nous a oublié le drame qui s’est joué en haute mer, à l’époque.
Mais le tableau, lui, nous glace le sang lorsque l’histoire nous est racontée.

Martine Bernier

… Quant à Géricault, il a ensuite peint des courses de chevaux en Angleterre, a mené une vie assez instable et a beaucoup évoqué dans sa peinture la souffrance, la folie, et la mort, avant de mourir, le 26 janvier 1824, des suites d’une chute de cheval. Il avait 33 ans.

Lui

9 novembre, 2009

Il m’a dit un jour qu’il était difficilement cernable.
Je lui ai répondu que je n’avais pas l’âme du pourfendeur de Fort Apache.
Depuis, nous nous parlons.
Simplement.

Il lui est arrivé de me mettre un mot exactement dans des moments où j’avais vraiment besoin d’un bout de soleil.
Il ne le savait pas vraiment.
Il l’avait juste senti, sans doute.
Je n’ai jamais rien dit, mais dans ces moments-là, il a un peu fait bouger les nuages.

Je suis là pour lui comme je sens parfois qu’il l’est pour moi.
Oui, simplement.
Sans mots superflus.
Dans la mesure du possible.
Dans les situations les plus dures de sa vie, je le regarde réagir.
J’ai le coeur serré pour lui.
J’essaie de l’aider comme je peux.
On peut me dire de lui ce que l’on veut, je sais aujourd’hui qu’il est droit, honnête, il a du cran.
Un homme, tout bêtement.
Cela me change d’Alain.

Il me ressemble par certains côtés.
Un peu sauvage et pourtant si sociable.
Apparemment tout facile et pourtant si compliqué.
Soit disant transparent et pourtant si secret.

Il dit qu’il ne parle pas, mais il se confie à demi-mot, infiniment pudique.
Sans chichis.
Et puis il a ce regard, ce sourire lumineux qui rendent tout plus clair.
Je me pose près de lui quand j’ai envie de respirer.
En respirant tout doucement d’ailleurs, de crainte de le voir s’envoler.
J’aime les jours où un mot de lui arrive sur ma messagerie.
J’aime quand mon téléphone sonne et qu’il est là.
Il est loin.
Mais j’aime savoir qu’il existe quelque part.
Simplement.

M.B.

Rostropovitch (complément d’information)

9 novembre, 2009

Suite à l’article que j’ai écrit sur Bach, j’ai reçu plusieurs messages me demandant quel est ce prélude de lui que j’aime tellement et que j’écoute pratiquement chaque jour, interprété par l’immense musicien qu’était Rostropovitch.

Il s’agit du Prélude N° 1, que vous pouvez trouver sur les disques où il a enregistré les Suites pour violoncelle seul.
Toutes sont très belles.

Et si vous voulez le voir dans ce morceau que j’adore, allez jeter un coup d’oeil ou une oreille sur ce lien…
Quand il joue, ça a l’air tellement facile… Un virtuose.

Frison-Roche et ces grands hommes de la montagne au FIFAD

8 novembre, 2009

41frisonroche.jpg

Cette année, les responsables du Festival International du Film Alpin des Diablerets, (FIFAD), en Suisse, m’ont demandé d’écrire un livre pour le quarantième anniversaire de la manifestation.
Il a dû être réalisé dans l’urgence. C’était l’un de mes collègues, le regretté Claude Vallon, qui avait eu l’idée de cet ouvrage et qui, en passionné et érudit de cinéma qu’il était, a commencé à y travailler.
Mais un soir d’hiver de 2008, en sortant d’une salle de cinéma, Claude s’est affaissé et ne s’est pas relevé.
Reprendre son flambeau a été difficile. Claude avait une écriture qui n’était déchiffrable que par lui.
Aucune de ses notes n’a pu être réutilisée.

Je suis donc partie à la chasse aux archives et aux interviews. J’ai été aidée par tous ceux qui ont permis à ce festival d’exister.
J’ai eu relativement peu de temps pour travailler. Il a fallu  » faire avec ».
Mais l’angoisse et le stress ont été compensés par l’incroyable richesse des personnalités qui sont passées par la station des Diablerets pour participer à cette manifestation.
C’était fascinant pour moi de découvrir que l’acteur Michel Simon avait siégé parmi les membres du jury.
Emouvant de savoir que, plusieurs fois, Roger Frison-Roche est monté, lui aussi.
Pour le plaisir, j’ai relu, à la période où j’ai écrit, ceux de ses romans qui m’avaient le plus marquée. « Premier de Cordée », bien sûr, mais aussi ses formidables hommages au désert, parmi lequel le touchant « Rendez-vous d’Essendilène ».

Haroun Tazieff, qui me fascinait par le récit qu’il faisait de ses volcans, était lui aussi un fidèle, le mythique René Desmaison, Sylvain Saudan, skieur de l’impossible, l’acteur et réalisateur Bernard Giraudeau, les alpinistes de légende Anderl Heckmair, Riccardo Cassin, Nicole Niquille, Erhart Loretan, Jean Troillet, André Georges, le champion de freeride Cyril Neri et tant d’autres… Même Georges Lautner est lié à la station, lui que j’ai eu le bonheur d’interviewer pour les besoins de ce livre, et qui a été membre du jury, très ami avec les organisateurs de l’événement.

Pendant quarante ans, année après année, une bande de bénévoles auxquels rien ne faisait peur, a fait rayonner la station en y invitant les plus grands noms de la montagne.
Et cela continue… Le bébé a été remis entre les mains d’un directeur connu en Suisse, le journaliste de télévision Jean-Philippe Rapp, qui a apporté une dimension nouvelle au festival.

Une aventure humaine. Une belle aventure au service de la montagne et du cinéma.

Le livre est sorti au mois d’août, pour les 40 ans du FIFAD, donc.
Ma vie venait d’être brisée et je n’ai pas pu me rendre en Suisse pour sa parution.
Mais le jour où il a été présenté au public, c’est à Claude Vallon que j’ai pensé.

Martine Bernier

« Festival du Film des Diablerets, 40 ans de passion », M. Bernier

http://www.fifad.ch/

Le jour où j’ai vu Bach

7 novembre, 2009

bach.bmp 

 

Il est très rare que je passe un jour sans écouter au moins un morceau de Bach. J’aime particulièrement certains des Brandebourgeois (oui, je sais, je ne suis pas originale…) et, par-dessus tout, le Prélude comme Rostropovitch savait si bien l’interpréter.

Un jour de 2008, j’ai lu un article accompagné de la photo ci-dessus. Une chercheuse et anthropologue écossaise de l’université de ­Dundee, Caroline Wilkinson, venait de reproduire son visage, le visage de Bach, grâce à un système de reconstitution faciale.

Jean-Sébastien Bach (1685-1750), a beaucoup été portraituré mais personne ne sait véritablement si les représentations sont fidèles. Pour ma part, je ne l’imaginais pas comme cela.

Les chroniques de l’époque nous le décrivent comme un homme plutôt massif, avec la mine à la fois grave et réjouie d’un paterfamilias luthérien et bon vivant. La technologie scientifique a rendu un résultat qui, dit-on, serait ressemblant à 70%. Le moulage en plâtre du visage de Bach a permis de prendre conscience des multiples opérations des yeux qu’a subies Bach. Opéré de la cataracte par John Taylor (qui a également opéré Haendel) qui n’a réussi qu’à le rendre aveugle, il a retrouvé brutalement la vue  avant d’être victime d’une crise d’apoplexie quelques heures plus tard. Il mourra dix jours après.

Lorsque j’ai vu l’image de Bach, j’ai été interpellée. Mozart, Beethoven,  Vivaldi, Haendel et tous ces merveilleux compositeurs, quels visages avaient-ils réellement?  

Martine Bernier

Scotty et Zelda

6 novembre, 2009

Scotty est une petite et craquante Scottish Terrier Black, aujourd’hui fragile, mais toujours dotée d’un caractère indépendant, plein d’humour et bien trempé.
Zelda est une grande et belle Golden couleur sable, qui fait trois trois fois la taille de la première, et qui a une énergie et une force ahurissantes. Rien ne l’arrête quand il s’agit de courir après un chat ou trouver une nouvelle bêtise à explorer.
En matière de caractère, Zelda n’a rien à envier à Scotty. Affectueuse à la manière d’un bulldozer, elle aussi fait ce qu’elle a envie de faire quand elle en a envie, et semble se gausser ouvertement de ceux qui tentent de la faire revenir lorsqu’elle creuse consciencieusement un tunnel pour rejoindre l’Australie au milieu de nulle part…

Je ne savais pas que l’amitié entre deux chiens pouvait exister.
Ces deux-là me prouvent le contraire.
Zelda et Scotty, Scotty et Zelda.
Scott et Zezel pour les intimes.
Elles ne boivent pas le thé ensemble,ne discutent pas chiffons et derniers potins de stars.
C’est mieux que cela. Même si elles ne sont pas partageuses de leurs « nonosses » et qu’elles se rappellent mutuellement à l’ordre d’un aboiement sec ou d’un coup de mâchoire lancé dans l’air histoire de s’impressionner lorsqu’elles ne sont pas du même avis.

Est-ce du mimétisme? La maîtresse de Zelda est pratiquement ma soeur, tandis que son maître est un ami de longue date. Tous deux forment un couple adorable qui m’est très proche.
Scotty a été passer quelques jours de vacances chez eux alors que je retournais en Terre de Sel.
Dès qu’elle est avec Zelda, elle la suit partout, l’observe avec une attention soutenue, reproduit ses comportements.
Ensemble, elles peaufinent leur sociabilité…
Quant à Zelda, comme si elle comprenait que Scott ne va plus aussi bien qu’avant, elle fait très attention de ne pas la bousculer…
Dès que Scotty voir arriver sa compagne de jeux depuis le balcon, elle gémit de bonheur, court dans tous les sens, se précipite à la porte.
Oui, de l’amitié!

Lorsque nous avons emmené Scotty chez le vétérinaire neurologue mercredi, Zelda nous a accompagnées.
Pendant que le spécialiste faisait passer une série de tests à Scott sur sa table de soins, Zelda se dressait de temps en temps sur ses pattes arrière en prenant appui sur la table, histoire de voir ce qu’il faisait subir à sa copine.
Plutôt amusé d’être placé sous surveillance, le vétérinaire, qui ne manque pas d’humour non plus, faisait comme si tout était normal.
A la fin de l’examen, tandis que Scotty reprenait ses esprits en trottinant dans la salle, le neurologue a posé ses papiers sur la table de soins et a commencé m’expliquer quels traitements pouvaient être appliqués.
Il parlait des effets secondaires lorsque Zelda a décidé de prendre les choses en mains. Ou plutôt en pattes.
Elle s’est dressée sur ses pattes arrières, pattes de devant bien écartées sur la table, bien en face du vétérinaire qu’elle a regardé dans les yeux.
Clairement, elle estimait être une interlocutrice fiable dont il fallait tenir compte dans cette partie de la consultation.
Son air voulait manifestement dire: « Toi, attention, hein! On ne lui donne pas n’importe quoi ou on passe au plan B! »

Lorsque nous sommes sorties, je ne sais pas qui du vétérinaire ou de nous était le plus amusé.
Zelda a dignement regagné le coffre de la voiture tandis que Scotty se faisait prier pour monter à son tour auprès de moi.

Aujourd’hui que nous, leurs « maîtresses » (mais qui peut se vanter d’être le « maître » d’un Scott ou d’une Zelda?!) devions sortir, nous avons décidé de ne pas les laisser seules chez moi mais de les placer sous la surveillance de Dom, l’homme de la situation.
Pourquoi?
Parce que la dernière fois que nous avons tenté l’expérience, le chargeur de mon téléphone n’y a pas survécu.
Lorsque nous sommes rentrées, celui-ci n’avait plus, en matière de fiche, qu’un ridicule bout de fil rongé.
La responsable a dû se prendre une décharge puisque l’appareil était branché.
Devant l’air piteux de Zel et la mine très intéressée de Scott, nous avons très vite compris que la coupable devait être la plus délurée des deux.
Mais, complices jusque dans l’adversité, aucune des deux n’a pratiqué la délation.
On a sa dignité.
Et l’amitié, c’est sacré…

Martine Bernier

Ousmane Sow: un rêve…

5 novembre, 2009

downloadedfile.jpeg images3.jpeg

J’ai encore des rêves d’interviews que je n’ai pas pu réaliser. Ou pas encore pour certaines. Je ne perds pas espoir.
Il en est une qui, si je pouvais un jour la vivre, serait un bonheur absolu: celle d’Ousmane Sow.
Sénégalais, il n’a jamais pu intégrer les Beaux-Arts, lui qui a quitté son pays pour la France en 1957 dans ce but.
Infirmier, kiné, il connaît le corps humain par coeur. Il a exercé son métier de kinésithérapeute jusqu’à cinquante ans, âge où, enfin, il s’est consacré entièrement à sa passion: la sculpture.
Et lorsqu’il a présenté ses premières oeuvres, le public du monde entier a été conquis.
Eric et moi avons eu un coup de foudre total pour son oeuvre dès la première fois que nous en avons vu quelques échantillons.
Une oeuvre magistrale, composée en majeure partie de personnages conçus à partir d’une armature de métal, de paille, de jute etc, puis modelés à l’aide d’une pâte de sa composition.

Son univers est fascinant. D’immenses guerriers, des hommes, des femmes « en vie »… Il représente des êtres dans leur dignité, jamais des hommes piétinés, comme il le répète souvent. Une oeuvre puissante, des mises en scène épiques, souvent dramatiques (notamment dans l’oeuvre consacrée aux émigrés), poignantes.

Pour créer des personnages aussi profonds, il faut être soi-même très particulier. Il l’est si j’en crois les interviews qu’il a données. Je rêve désormais de pouvoir rencontrer celui qui donne un tel souffle de vie à ses oeuvres…

Martine Bernier

Claude Levi-Strauss: le départ d’un Immortel

4 novembre, 2009

Il aurait eu  101 ans à la fin du mois. Il s’est éteint dans la nuit de samedi à dimanche, lui, l’Immortel qui était entré à l’Académie française en  1973 pour remplacer Henri de Montherlant.

Tout le monde rend hommage au scientifique, au penseur, à l’ethnologue humaniste, au brillant anthropologue qu’il a été.

J’ai un souvenir assez précis de l’anecdote qui m’a attirée à lui. J’étais adolescente, je ne devais pas avoir plus de 14 ans lorsque, en me baladant parmi les rayons de la Bibliothèque communale, j’ai entendu quelqu’un rendre un livre à la responsable des lieux en lui disant qu’il avait été profondément marqué par sa lecture. Je me suis approchée après son départ. Le livre était sur le comptoir. Et je suis tombée en arrêt devant cet exemplaire de « Tristes Tropiques ». Comme la plupart des ados, j’adorais les livres qui me tiraient vers le haut, qui m’obligeaient à produire un effort de compréhension.

Ce livre, je voulais le lire. Mais la bibliothécaire n’était pas du même avis. Elle estimait que j’étais trop jeune pour cela. J’ai insisté. Elle a fini par accepter lorsque je lui ai dit que je le voulais pour un cours bien précis. Ce qui était parfaitement faux. Je suis rentrée avec mon précieux trésor et je l’ai lu durant des nuits entières, un dictionnaire à l’appui. C’est la première fois que je découvrais quelque chose sur le Brésil, écrit dans langue aussi belle, avec une pensée aussi fouillée.

Ce livre, je l’ai pris en plein visage. Je ne me souviens plus de tout, et je pense ne pas avoir tout compris à l’époque. Il était écrit par un intellectuel, et je n’étais qu’une enfant. Mais j’ai réalisé à travers lui les différences entre les peuples, le manque de respect que les pays industrialisés témoignaient face à ceux qui vivaient encore de manière « primitive », la complexité de l’identité. L’auteur n’a pas écrit un livre d’aventure, d’exploration. D’ailleurs il n’aimait pas cela et le disait à travers ses pages.  La plupart du temps, il se lisait facilement, car il s’impliquait dans son écriture à la première personne du singulier, avec une finesse pleine d’humanité. Son écriture, sa pensée étaient d’une puissance et d’une acuité qui m’ont marquée. Adulte, j’ai acheté trois de ses ouvrages, et j’ai à chaque fois été touchée par la force et l’intelligence de cet homme.

Claude Levi-Strauss, en raison de son âge, a toujours fait partie de l’environnement de la plupart d’entre nous. Sa rigueur et sa clairvoyance ont permis de faire avancer des générations de scientifiques dans la voie du respect et de la connaissance, des gens comme vous et moi dans la réflexion.
Je pense que le plus bel hommage que nous pouvons lui rendre aujourd’hui est de relire ses livres…

M.B.

La synergologie: rencontre avec l’étonnant Philippe Turchet, pape du langage du corps

3 novembre, 2009

images2.jpeg

L’exercice de l’interview par téléphone peut être extrêmement risqué. Si le contact passe mal, toute la démarche peut en souffrir. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai appelé Philippe Turchet, auteur du best-seller « La synergologie », pour notre rendez-vous téléphonique, ce mardi matin. Inquiétude infondée: malgré une communication rendue un peu délicate par l’utilisation de deux mobiles, ce fut passionnant. Récit d’une rencontre autour de l’étude du langage du corps, à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage de Ph. Turchet: « Le langage universel du corps »

- Vous décryptez depuis vingt ans le langage du corps. Mais qu’est-ce qui vous a amené à étudier ce sujet?
Pour les besoins de mon doctorat en sciences humaines, en 1987, je travaillais sur une recherche concernant la rationalité du comportement. Pourquoi certains individus réussissaient-ils mieux que d’autres? Nous savions qu’il ne s’agissait pas forcément d’une simple question d’intelligence. J’ai été voir du côté de l’ethno psychanalyse, et j’ai trouvé un texte renversant sur la communication non verbale. Il parlait de la relation entre une mère et son enfant. D’un côté, elle l’appelait, mais de l’autre elle reculait en fermant les bras. Elle lui envoyait des messages contradictoires. Le sujet m’a passionné.

- Dans vos ouvrages, vous expliquez que notre corps traduit nos émotions à travers nos gestes, nos mimiques, nos expressions, nos tics. Est-il possible de faire mentir notre corps?
Non. On ne peut pas le maîtriser suffisamment pour lui faire dire ce que nous voulons qu’il dise. Vous ne pouvez pas empêcher votre estomac de digérer. C’est la même chose. Notre système neurovégétatif ne se contrôle pas, et c’est lui qui traduit nos émotions.

- Vous êtes passé maître dans l’art de traduire le langage corporel. Cela ne fausse-t-il pas les contacts que vous pouvez avoir avec les autres?
Non, et ce que l’on cultive dans les cours de formation (NDLR: ces cours de synergologie comprennent 300 heures sur une durée de trois ans). Lorsque l’on est en relation avec quelqu’un, on ne pratique pas de synergologie. Je ne fais pas attention à cela lorsque je parle à une personne. Ce qu’elle dit est tout aussi important que le langage gestuel. Parfois, dans la conversation, elle peut avoir un geste curieux ou bizarre. Et cela peut faire que l’on va s’y intéresser, mais ce n’est pas systématique. L’inverse est également important: il ne faut surtout pas essayer de contrôler son corps. Au contraire, laissez paraître vos émotions.Si votre interlocuteur se rend compte que quelque chose vous gêne, il va modifier son discours, sa façon d’agir. Il faut laisser les autres lire en vous. Les meilleurs négociateurs montrent ce qu’ils ressentent. Il faut être vrai, authentique. Même si ces mots sont galvaudés, ils traduisent bien ma pensée.

- D’une culture à l’autre, nous n’avons pas forcément les mêmes gestes pour dire les choses. Certaines attitudes sont propres à certaines cultures, pas à d’autres. Risquons-nous de mal interpréter les codes corporels si nous communiquons par exemple avec une personne asiatique?
Justement non. Le langage est la dernière couche de culture venue se poser sur notre cerveau. En dehors d’un faible pourcentage de gestes typiques à tel ou tel peuple, le langage du corps est universel. Je dirais plutôt que c’est l’amplitude et la fréquence du geste qui ne sont pas les mêmes. Ceux qui se donnent le droit d’exprimer une émotion le font de manière plus ample. Mais une personne venue d’Asie, pour reprendre votre exemple, aura le même geste beaucoup moins ample, plus discret, mais plus fréquent.

- Vous dites aussi que nous avons  une certaine partie de notre gestuelle en commun avec les grands singes…
C’est exact! Ce qui prouve qu’il y a vraiment quelque chose qui nous rapproche. Par exemple les micro démangeaisons. Plus nous sommes détendus, plus nous avons tendance à nous gratter le nez, la tête, les oreilles etc à gauche. Et plus nous sommes énervés, plus nous nous grattons du côté droit. Dans le même genre de situations, les grands singes réagissent de la même façon. Par contre, jamais un singe n’aura un geste de partage gratuit, comme celui de montrer le soleil qui brille. Montrer une chose veut dire, pour lui, qu’il la veut.

- Pour les personnes que vous formez à la synergologie, vous filmez des sujets dont un ment et vous expédiez ces vidéos à vos élèves à l’autre bout du monde. Elles sont diffusées en coupant le son et les spectateurs doivent définir qui ment. Et vous me disiez que les Suisses font partie de ceux qui sont le plus difficiles à cerner dans ces tests de détection du mensonge?
Oui! Les Québécois ont toujours des difficultés à décoder les mensonges suisses! Ils reconnaissent vite les Suisses par leur physique, mais on beaucoup de mal à décrypter leurs expressions ou gestes car ils sont beaucoup moins exubérants que les Espagnols, par exemple. Les Français sont assez semblables aux Suisses, sauf si vous descendez vers le sud. Il y a très peu de différences entre un Parisien et un Romand. Du moins si vous coupez le son!

- Vous êtes souvent sollicité par les médias pour décoder les comportements de personnalités connues. Y en a-t-il qui vous fascinent plus que d’autres?
Les grands communicants ne sont pas là où ils sont par hasard. Il y a chez eux un tel désir, une telle envie de convaincre qu’ils ne peuvent qu’attirer l’attention. Nicolas Sarkozy est passionnant à décrypter. Je le ressens sincère, mais il est plein de contradictions. Il a beaucoup de mal à contrôler ses émotions, contrairement à Barack Obama, passionnant lui aussi. Avant son arrivée à la présidence, j’ai visionné douze heures de ses discours. Je n’ai jamais vu un geste dont on peut dire qu’il est uniquement culturel. Tous son langage corporel est compréhensible par tout le monde. Indéniablement, il dégage quelque chose de très fort. Il est toujours en mode d’analyse, il prend un certain recul dans la communication avec ses interlocuteurs. Il ne se relâche qu’avec sa femme et ses filles.

- A présent que vous avez formé des personnes capables d’enseigner à leur tour la synergologie, le nombre de personnes intéressées ne cesse d’augmenter. Qui sont vos élèves?
Ils viennent de tous horizons. La synergologie peut aussi bien être utile à un médecin qui pourra percevoir ses patients plus facilement, qu’à un enseignant qui comprendra mieux ses élèves…

- Après tant d’années passées à étudier le langage du corps, avez-vous le sentiment d’être arrivé au bout de votre travail?
Non! Maintenant, il faut la faire entrer dans de nouveaux univers. La synergologie peut être très utile dans de nombreux domaines, comme la médecine. Elle a une multitude de champs d’application!

Martine Bernier

« Le Langage Universel du Corps », Philippe Turchet, Les Editions de L’Homme.

Blog de Philippe Turchet:

 http://philippeturchet.blogspot.com/2009/02/non-verbal-qi-et-reconnaissance-sociale.html

1234