Archive pour mars, 2010

Les yeux de mes enfants, les limites, le docteur Dufour et le Petit Bouddha Rouge

22 mars, 2010

Lorsqu’ils étaient hauts comme trois pommes et que j’évoluais dans une sphère très différente de celle d’aujourd’hui, j’avais écrit pour mes deux fils une chanson intitulée: « Par les yeux de mes enfants ».

Aujourd’hui que le ciel vacille pour moi, encouragés par Eric, ils serrent les rangs autour de moi.
Maladroits, tendres, patauds, angoissés et serviables.
C’est dans leurs yeux que je lis leur inquiétude.
Leurs regards sont des miroirs dans lequel je me mire.
De véritables bulletins de santé passés au filtre de leur interprétation personnelle.
Je fais de laborieux efforts pour que ce ne soit pas le cas, mais il semblerait que leur mère ressemble un peu à un zombie, depuis quelques jours.
Et pas un de ces jolis zombies apprêtés et peu souriants que l’on peut admirer sur les podiums des défilés de mode!
Non: un vrai, un pur zombie, quasi ectoplasmique, selon les heures.
J’essaie d’en rire, mais apparemment cela ne les amuse pas.

Je voudrais faire une foule de choses, mais je n’en ai pas la force.
Curieuse impression… le cerveau donne des ordres et le corps l’envoie balader.
Irrespectueux!
Un ami m’a demandé: « Que voudrais-tu en ce moment? »
J’ai répondu: « Etre un pur esprit. »
Simplement pour pouvoir ignorer les limites et les malaises imposés par mon physique récalcitrant et retrouver l’indépendance de mes décisions.
Je n’aime pas du tout ces limites…

Ce n’est pas un hasard si, il y a à peine quelques jours, j’ai découvert le livre du Docteur Dufour (« Rebondir ») et fait l’interview de ce dernier.
Ce qu’il a écrit est d’une justesse que je vérifie particulièrement en ce moment.
Sa façon d’expliquer pourquoi nous vivons les maladies et les accidents, quelles en sont les raisons profondes… je sais qu’il a raison.
Sa manière de nous encourager à nous ancrer dans le présent est tellement proche des préceptes bouddhistes qu’elle rejoint la philosophie de plusieurs de mes amis.
L’expérience d’une bonne « casse » physique peut se transformer en une expérience spirituelle profonde, surtout lorsque l’incertitude tient une place importante.
C’est ce que j’expérimente en ce moment.

Il y a quelques jours, une femme que je découvre peu à peu, pleine d’intelligence et d’humour, m’a dit en plaisantant qu’elle allumait pour moi une bougie devant son petit Bouddha rouge.
Le dit petit Bouddha est devenu un sujet mi-jeu mi-sérieux entre nous.
Il est en cire, et, me disait sa propriétaire, avait une mèche sur la tête qui faisait de lui une banale bougie.
Mèche qu’elle a coupée, lui rendant sa vocation de digne Bouddha.

Je ne me mets sous la protection d’aucune statuette.
Mais j’aime savoir qu’un petit Bouddha rouge me fait un clin d’oeil quelque part.

Infiniment touchée par les messages qui me parviennent, les commentaires laissés sur Ecriplume, les appels, les conversations, par tout ce qui est sincère (nettement moins par ce qui ne l’est pas), je me sers de chacun d’entre eux pour garder l’équilibre.
Il en faut beaucoup en ce moment: l’équilibre en question est un peu précaire.
C’est étrange…
Quand je me sens trop trébucher, trois images passent devant mes yeux, de trois « objets » vus au même endroit.
L’harmonie de l’ensemble m’avait marquée.
Il s’agit d’un bonsaï vieux d’une centaine d’années, au tronc torturé, d’un groupe d’orchidées plein de grâce et d’un tableau bombé représentant deux voiliers partant côte à côte vers le large….

Martine Bernier

L’Art de l’Hématome

21 mars, 2010

Samedi, dans une conversation que j’ai eue avec quelqu’un que j’aime, je lui ai fait part d’une réflexion que je me suis faite, ces derniers jours.
En regardant les couleurs posées sur mes mains et mes bras, suite à la pose de perfusions et aux prises de sang multiples de ces derniers jours, je suis restée rêveuse.
Ces teintes mauves, jaunes, bleues évoluant au fil du temps me font penser à des détails de tableaux.
Il a ri et m’a dit: « Si tu commences à ressembler aux « Iris » de Van Gogh, tu vas prendre de la valeur! »

Je sais qu’il est parfaitement bizarre d’avoir ce genre de pensées en regardant des hématomes.
On ne se refait pas…
Mais le phénomène m’a tellement fascinée que j’ai pris l’un de mes livres consacré à Monet, et que j’ai réétudié de plus près certaines de ses toiles.
Le mélange, l’enchevêtrement des couleurs ressemble bel et bien à ce que j’ai en ce moment sous les yeux.
En moins luxuriant sans doute.
La nature nous fait des clins d’oeil même dans les pires moments de la vie…

Dans ce moment difficile à vivre et loin d’être terminé, grâce à cet ami qui, sans effet de manches et comme plusieurs de mes proches, me tend la main pour que je ne me noie pas, j’oriente ma pensée vers un projet que nous caressons pour l’automne.

En attendant cet autre ancrage, cette escale qui me ramènera à une étape que j’aimerai, je regarde les couleurs qui se transforment chaque jour sur ma peau.
Vendredi, j’en aurai d’autres.
Des taches de couleurs fraîches, qui exploreront les gammes de rouges et de rosés avant de glisser vers d’autres, plus sombres.
Ce sont les deux premiers jours, lorsque les aiguilles viennent de terminer leur oeuvre que les couleurs sont les plus belles.
Comme quoi, il faut souffrir pour « voir beau ».

Martine Bernier

La Terre tourne… : Simone Veil, Zemmour…

20 mars, 2010

J’ai toujours été très imprégnée par le fait que quoi qu’il nous arrive, la Terre continue à tourner, le monde continue à vivre, le spectacle se poursuit…
C’est vexant, mais c’est ainsi!

Pendant que je « savourais » ce séjour à l’hôpital, ma voisine de chambre explorait les programmes de télévision.
Au hasard de son zapping, elle est tombée sur l’entrée de Simone Veil à l’Académie Française.
Le peu d’images que j’ai pu en voir m’a touchée.
J’admire cette femme hors du commun, la façon dont elle a géré son destin, son intelligence, sa droiture, sa force.
Je salue en elle une magnifique Immortelle…
La sixième femme à le devenir.

La vie continue…
Au cours de cette épreuve que je traverse, j’ai énormément pensé et je pense toujours à un compagnon lointain de 14 ou 15 ans maintenant, dont j’ai déjà parlé, et qui connaît bien, pour les vivre également, les soucis que je rencontre.
Je continue à me dire que ces problèmes, déjà difficiles à franchir pour un adulte, sont intolérables pour les enfants.

Le show continue, lui aussi.
Pour avoir été trop loin dans le sien, tenant des propos qualifiés de racistes, Eric Zemmour risque de voir son parcours professionnel obscurci.
Dieu sait si ses débordements m’exaspèrent.
Mais cette fois, ce qui m’agace le plus, c’est le système qui va sans doute le broyer.
Cet homme a été engagé pour polémiquer.
Il a pris son rôle très, trop à coeur, commençant par amuser, puis par énerver, pour enfin mettre en colère. Tout en voyant son tour de tête gonfler, gonfler…. Pourquoi ne l’a-t-on pas recadré plus tôt?
Aujourd’hui qu’il s’est mis à dos une grande partie de l’intelligentsia parisienne et autre par ses critiques et déclarations détestables, il dépasse les bornes et se retrouve condamné de partout.
Si l’on analyse la situation au premier degré, c’est logique.
Mais si l’on approfondit… ne l’a-t-on pas poussé à rentrer dans ce rôle jusqu’à ne plus pouvoir en sortir?
Ce sont des jeux dangereux…
Qui me font penser à la Révolution Française, lorsque les élus adulés d’un jour perdaient leur tête le lendemain.

Oui, la Terre tourne…
Je reçois des mails, des messages, des appels qui me font un bien immense.
Parmi eux, un coup de téléphone, ce matin, m’a spécialement touchée.
Mon Triangle d’Or est en passe de devenir mon Carré d’Or.
J’ai un « quatrième angle », un quatrième pilier, en Bretagne, depuis quelques mois.
Et plus le temps passe, plus il s’avère solide et fiable.

Martine Bernier

Le souci

19 mars, 2010

La vie, la santé, ne tiennent qu’à un fil…
Pour le cas où je l’aurais oublié, le destin se charge de me le rappeler ces jours-ci.
Une nuit en enfer, un appel dans la nuit, Eric qui arrive, puis un médecin plutôt paniqué, une ambulance qui file, sirènes hurlantes, au petit matin, une hospitalisation d’urgence et une première opération.
Trop mal pour avoir peur…
La nouvelle qui tombe le soir même: deux, voire trois autres interventions nécessaires, dont une dans les jours à venir et l’autre ou peut-être deux autres, plus conséquentes, sous peu.
L’impression que, une fois encore, le ciel tombe sur la tête.
Serrer les dents.
Et sourire, ne pas montrer un visage tendu, parce que c’est la moindre des politesses.
Je savais, au fond de moi, je sentais que quelque chose se préparait.
Je ne pouvais pas sortir physiquement indemne de ces derniers mois.
Mais à ce point…

Prise dans ce tourbillon, je retrouve mes réflexes de survie.
Le premier me pousse à sortir de mon « cas » pour m’intéresser à ceux qui m’entourent,
Les ambulanciers, les infirmières et infirmiers, les médecins, les aides infirmières, les anesthésistes, tous ceux qui font partie de la chaine des soins, sont pour moi magnifiques de dévouement, de prévenance et de compétence.
Pourquoi ne pas les citer, eux qui passent leur vie à soulager celle des autres?
J’envoie une pensée reconnaissante à toute l’équipe des urgences, de la salle d’opération puis de réveil, et à toute l’équipe de la chirg sud de l’Hôpital de Monthey (Suisse)…
A toutes celles et ceux, là-bas, qui m’ont confié des bouts de leur vie, de leur histoire, qui n’ont été avares ni de leur temps ni de leur gentillesse.

Et puis, il y a tous ceux qui se sont manifestés, qui m’ont aidée pour Pomme, pour tout ce qui doit être fait dans ces moments-là, qui me soutiennent par leurs messages, de Suisse, de France et de Belgique…

Et surtout, il y a celui qui, même s’il ne partage plus ma vie au quotidien, reste celui qui veille et qui intervient à chaque fois qu’il me sait en péril, celui qui m’a une fois encore aidée et protégée, ne m’abandonnant à aucun moment: Eric.

L’autre réflexe me fait vivre une expérience angoissante. Cette manie que j’ai de me mettre à la place des autres…
Pour la première opération, puisque l’on me donne le choix, je choisis une anesthésie péridurale, un « rachis », comme disent les anesthésistes.
Elle vous permet de garder conscience, seul le bas du corps étant totalement endormi depuis le milieu du dos.
En le sentant peu à peu devenir insensible, ne plus répondre aux ordres du cerveau, je suis prise d’une angoisse, dont je n’ai bien sûr pas parlé.
Plus un nerf, plus un muscle de réveillé.
J’assiste à toute l’intervention. D’où je me trouve, je peux voir l’écran, voir le parcours de la caméra dans mon propre corps, voir l’intervention du chirurgien, entendre ses commentaires.
Il faudra environ trois ou quatre heures pour que je retrouve l’usage de mon corps, les sensations, pour que la faiblesse disparaisse.
Pendant tout ce temps, je pense à ceux qui, victimes d’un accident, deviennent paralysés.
Je réalise l’horreur, le désespoir qu’ils doivent ressentir.
Moi, je sais en le vivant que je vais récupérer ma sensibilité.
Mais eux?
Comment arrivent-ils à atteindre un état d’acceptation de ce qui est inacceptable?

Plus tard, une femme médecin anesthésiste m’a expliqué, en salle de réveil, avoir vécu la même expérience, aussi mal que moi. Elle non plus n’a pas supporté cette sensation… Puis elle m’a avoué, connaissant mon métier, qu’elle adorait écrire, était de sensibilité littéraire, même si elle est scientifique…

La paralysie momentanée… Je n’oublierai jamais cette expérience, d’autant que je vais la revivre dans moins d’une semaine.
Evidemment, la solution serait de choisir l’option anesthésie totale, refuge parfait pour ne rien voir, ne rien entendre, ne pas savoir.
Mais sachant qu’elle me sera imposée pour la ou les opérations suivantes, je sais que je dois faire l’effort d’éviter à mon cerveau de vivre trop souvent le grand sommeil.
Ce choix est l’un des seuls qu’il me reste dans le cas présent.
Je ne décide plus de ce qui va se passer.
C’est le chirurgien qui réfléchit à la solution la meilleure.
Il a le choix entre deux. Celle qu’il va prendre, m’a-t-il confié hier, n’est pas dénuée de risques. Mais l’autre, si elle est moins agressive, me mettrait devant un problème apparemment insoluble.
Quelle sensation étrange de ne plus être maître des décisions qui se rapportent à notre santé…
Mais j’ai de la chance: je fais partie de ceux qui ont pu constater de visu la compétence du chirurgien qui intervient.
Etonnante expérience…

Dans la soirée, l’un des membres du personnel de la chirurgie vient me parler. La nuit précédente, nous avions déjà eu une longue conversation.
Il me dit: « J’ai appris que les nouvelles ne sont pas très bonnes. Ne vous inquiétez pas, le chirurgien sait ce qu’il fait. S’il veut vous opérer dans l’hôpital où il est chef de service, c’est parce qu’il est entouré de son équipe et que le CHUV est mieux équipé qu’ici. »

Retour chez moi ce vendredi. Six jours me séparent de la prochaine opération.

Allez savoir pourquoi, ces prochaines semaines ne m’enchantent pas.

Martine Bernier

Mon chien, imaginatif Gremlins

16 mars, 2010

Pomme, ma chienne bichon havanais, a eu 4 mois ce dimanche.
Depuis qu’elle vit avec moi, sa taille a doublé.
Bien qu’elle reste petite pour sa race, elle est désormais très fière de pouvoir faire « tout comme les grands ».
Des exemples?
Elle escalade les talus en courant sans réaliser qu’il faudra ensuite penser à redescendre.
Délicate entreprise? Pensez-vous…
Elle règle le problème en se couchant de tout son long et en rampant jusqu’en bas, sous l’oeil hilare des passants.

Toujours fascinée par les oiseaux, elle suit leurs vols, tente de les rejoindre en courant lorsqu’ils se posent, et se désole de les voir redécoller avant qu’elle n’ait eu le temps de les approcher.
Lors de ses promenades, elle veut imiter ses aînés qui ramassent de temps en temps un bâton.
Et elle coince entre ses mâchoires des branches longues de plus d’un mètre, couvertes de feuilles, qu’elle essaye désespérément de traîner derrière elle…

Continuellement en mouvement, elle est toujours à la recherche de la prochaine bêtise, fait la fête à mes proches, redécore l’appartement selon ses propres goûts en changeant de place certains objets, chipe tout ce qui l’intéresse et va cacher ses trésors volés dans son panier…
Si je pose sa couverture dans le panier à linge pour la laver, elle profite que j’ai le dos tourner pour aller la rechercher.
Et pour me voler un pull, en représailles, histoire que je comprenne qu’il n’est pas tolérable de s’approprier les biens des autres.

Même ses repas ne se passent pas comme ceux d’un chien ‘normal ».
Pomme ne se jette jamais sur la nourriture.
De temps en temps, elle prend du bout des lèvres une croquette « Junior », et quitte la cuisine en mâchouillant, d’un air rêveur.
Lorsque je la prends dans mes bras pour la câliner, elle rit, comme riait Scotty, les pattes en l’air.
Puis elle inspecte mon bureau d’un air innocent, attrape discrètement un crayon, mon stylo ou un carnet et file à toute vitesse à travers l’appartement.
J’ai compris la parade: tenter de la rattraper ne sert à rien.
Je me dirige donc vers la cuisine et pose la question magique: « Tu veux un biscuit? »
L’objet de son larcin est aussitôt abandonné pendant qu’elle se rue sur sa friandise préférée…

Pomme connaît déjà plusieurs mots. Parmi lesquels « Pomme, biscuit, sortir, non, viens, etc… et ornithorynque ».
Oui, je sais.
Mais j’aime beaucoup les ornithorynques.

Même si elle est le seul chien de petite race du quartier, elle a du courage.
Les énormes labradors, bergers australiens ou cockers anglais qui se ruent sur elle pour jouer l’effrayent un peu lorsqu’ils se précipitent, mais elle ne recule pas.
Elle joue… et je suis plutôt fière de la voir aussi à l’aise dans ses relations.

Elle respecte les chats, qu’elle observe avec intérêt, mais qu’elle ne semble pas considérer comme des ennemis.
Elle ne les poursuit pas, ne les stresse pas…

Elle est donc parfaite, cette petite boule de poils soyeux, me direz-vous?
Non.
Pomme a beau être serviable, intelligente, vive, elle est aussi réfractaire à l’apprentissage de la propreté.
Pour elle, les sorties, qui ont lieu pratiquement toutes les heures, sont des moments de découverte, où elle suit un oiseau, court après un insecte, plonge sa truffe dans l’herbe, gratte le sol, rencontre ses copains chiens, observe pendant de longues minutes la fumée sortant d’une cheminée…
Pendant ce temps, je l’encourage à remplir sa mission, en essayant de rester calme et d’essayer de ne pas penser aux montagnes d’écritures qui m’attendent.

Dès qu’elle s’exécute, je la félicite abondamment.
Et une fois de retour à l’appartement, elle n’attend pas dix minutes pour refaire dedans ce que j’attendais qu’elle fasse dehors.
Son nouveau jeu consiste, depuis deux jours, à revenir de ses promenades sans résultat probant, ce qui a le don de m’agacer prodigieusement.
Puis, alors que je suis à nouveau installée au clavier et que je reprends le fil de mon travail, elle vient me chercher en aboyant, m’expliquant dans son langage qu’un besoin pressant exige qu’elle ressorte dans la minute.
La première fois, je n’ai pas compris.
J’ai cru à un caprice et je l’ai ignorée.
La sanction est tombée: j’ai pu nettoyer le tapis.
Donc, désormais, même si la promenade précédente est récente et a duré longtemps, lorsque Gremlins exige de resortir, je m’exécute.
En ronchonnant, mais je m’exécute. Souvent inutilement, d’ailleurs.

Lorsque nous rentrons, je reprends le chemin de mon ordinateur pour tenter de rattraper le temps perdu.
Et c’est là qu’elle cherche le moyen d’attirer mon attention.
Sa dernière idée en date: elle prend ses « doudous » en tissu, représentant des hippopotames, et… les jette dans sa gamelle d’eau.
Puis elle m’appelle, furieuse de voir son eau souillée par la présence d’hippo roses, dans la plus pure tradition du célèbre: « Garçon? Il y a une mouche dans le potage! »

Samedi, alors que je louais le Ciel du calme apparent de mon adorable Mogwaï, la souris et le clavier de mon ordinateur ont commencé à ne plus fonctionner normalement.
Etendue dans les fils de mes ordinateurs, elle venait de mettre à mort celui qui permettait leur connexion.
L’après-midi a donc été consacrée à la recherche et au rachat du câble en question.

Lorsqu’elle me sent fâchée, elle prend un air piteux pendant environ dix secondes, puis me bouscule pour que je joue avec elle.
Et si j’ai le malheur de lui expliquer que, non, je suis vraiment furieuse, elle saute, s’exprime, me harcèle jusqu’à ce que je lui accorde de l’attention.
Quand elle va trop loin, je la fais quitter la pièce, sans m’énerver, et je ferme la porte.
Les premières fois, elle sortait comme un enfant bien élevé, et revenait calmée, cinq minutes plus tard.
Aujourd’hui, dès que je lui montre la porte, elle se couche en signe de soumission et prend un air contrit, pour éviter l’exil.

Nos différends se termine toujours de la même façon: je la prends dans mes bras et elle s’y blottit en me lançant un regard à la fois tendre et mutin.
Boule d’amour incapable de trahison, elle…

………….

Pendant que Pomme continue ses élucubrations, la Terre tourne.
Peter Graves…
Son nom ne vous rappelle rien?
Et pourtant, vous le connaissez…
Souvenez-vous de cette phrase: « Bonjour, Monsieur Phelps, votre mission, si toutefois vous l’acceptez consistera à… »
Oui, vous y êtes: Peter Graves était le héros du feuilleton « Mission Impossible ».
Il est décédé dimanche, à l’âge de 83 ans.
Il a terminé sa mission.

Ce mardi, la France a rendu hommage à Jean Ferrat en l’accompagnant à sa dernière demeure terrestre.
Sans goupillon. Il n’aurait pas aimé. Mais avec les mots émouvants de son frère, Pierre, deux chansons à capella de ses interprètes préférée, les applaudissements de la foule lorsque le cercueil a traversé la place, le moment a été sobre, mais prenant.

Je me suis levée ce matin avec l’une de ses chansons dans la tête.
L’un des textes les plus forts de son répertoire, de Guy Thomas: « Le bruit des bottes », dont voici un extrait

« C’est partout le bruit des bottes
C’est partout l’ordre en kaki
En Espagne on vous garotte
On vous étripe au Chili
On a beau me dire qu’en France
On peut dormir à l’abri
Des Pinochet en puissance
Travaillent aussi du képi

Quand un Pinochet rapplique
C’est toujours en général
Pour sauver la République
Pour sauver l’Ordre moral
On sait comment ils opèrent
Pour transformer les esprits
Les citoyens bien pépères
En citoyens vert-de-gris… »

Ferrat dénonçait les dérives de manière magistrale…

Cet après-midi, j’ai regardé le dernier adieu qui lui a été rendu, le coeur serré de tristesse. Il ne chantait pas pour passer le temps…

Martine Bernier

Le manchot différent

15 mars, 2010

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Le photographe Andrew Evans travaillait en Géorgie du Sud, dans l’Antarctique lorsqu’il est tombé presque nez à nez avec un curieux personnage.
Sur cette île montagneuse abritant des glaciers vit une importante colonie de manchots royaux, des phoques et beaucoup d’oiseaux marins.
Alors qu’il photographiait les manchots, Andrew a eu son attention attirée par l’un d’eux se dandinant au milieu des autres.
Pourquoi l’a-t-il remarqué? Parce qu’il était entièrement noir.

Atteint de mélanisme, le manchot noir est très rare.
Ils seraient 250 000 à souffrir de cette particularité alors que, chez d’autres espèces, elle est courante (l’exemple le plus fréquent étant la panthère noire).
Le mélanisme provoque une proportion trop importante de pigments noirs dans les plumes de cet oiseau qui a étonné l’ornithologue et professeur de l’université de Toronto Allan Baker, lorsqu’il a vu sa photo.
Selon lui, il y aurait une chance sur un milliard pour que cette mutation s’opère.
Certains, criant à la supercherie, pensent donc que la photo en question est un faux et aurait été retouchée en studio.
Et d’autres, spécialistes de l’image, affirment qu’elle ne peut avoir été truquée.

Ceux qui prétendent l’avoir vu estiment, eux, que notre manchot, indifférent à l’intérêt qu’il suscite, semble bien s’intégrer à sa colonie.
Ni manchots ni phoques ne se montrent agressifs avec lui, et il vit sa vie sur les plages de sable noir de l’île sans paraître souffrir de sa différence.

Pas de racisme chez les manchots… pour peu que l’histoire soit véridique.

Martine Bernier

L’icône qui pleurait des larmes d’huile et la France si étrange

14 mars, 2010

De Garges-Lès-Gonesse, en France, on ne sait pas grand chose.
Et pourtant, la ville fait parler d’elle depuis quelques semaines, attirant des dizaines de personnes vers la maison de la famille Altindagoglu.
C’est là  que la propriétaire des lieux a reçu une icône orthodoxe en cadeau d’un prêtre libanais, pour son anniversaire, en 2006.
Tout se passait normalement jusqu’au 12 février 2010, une semaine avant le Carême.
Il paraît que cela a son importance.
Ce jour-là , explique Esat Altindagoglu, la Vierge de l’icône a commencé à  verser des larmes d’huile.
Son visage a suinté, présentant des petits filets gras.

Comme rien ne démarre plus vite qu’une rumeur, celle-ci a eu tôt fait de prendre de l’ampleur, attirant des grappes de curieux.
Même le Patriarche Grec Orthodoxe s’est déplacé en personne, célébrant une petite messe improvisée sur place.
On ne sait jamais…

La maîtresse de maison a entretenu voire décuplé le mystère en expliquant qu’une femme qui ne pouvait pas avoir d’enfant est venue voir l’icône et s’est retrouvée « miraculeusement » enceinte quelques jours plus tard. Si si…
Chacun croit ce qu’il veut, bien sûr…

Je ne suis pas spécialiste des icônes, mais je sais quels matériaux sont utilisés pour les réaliser.
Et, si ma mémoire est bonne, la plupart d’entre elles sont recouvertes d’une couche protectrice… d’huile de lin.
De quoi sont composées les larmes de la Vierge, déjà?
Je me demande si une analyse un peu poussée ne permettrait pas de trouver une explication tristement rationnelle au phénomène.

Mystère ou non, je n’en sais rien. En revanche, ce qui pour moi reste un mystère épais, c’est le comportement des Français. Dont je fais partie pourtant puisque j’ai la double nationnalité. En regardant le résultat des élections de ce week-end, je suis frappée par le taux d’abstention énorme. Une désillusion face à la politique, dit-on. Je peux le comprendre. Ce que je ne comprends pas, c’est que beaucoup vont sans doute tempêter ou s’estimer mécontents des résultats… sans avoir pour autant exprimé leur avis. Etrange…

Martine Bernier

Jean Ferrat… la montagne est en deuil

13 mars, 2010

Jean Ferrat nous a quittés ce samedi…
Je ne vais pas faire son éloge, sa biographie.
Les rédactions de partout l’ont fait et le feront encore.

Je voudrais juste revenir sur une poignée de souvenirs liés à  quelques-unes de ses chansons.

J’avais douze ans quand, un soir, lors d’un camp scout, j’ai chanté pour la première fois une de ses chansons.
Je commençais à  jouer de la guitare, timidement.
Et la « compagnie » a entamé « Nuits et Brouillards », autour du feu.
J’étais une pré ado plutôt discrète, mal dans ma peau, qui n’aimait pas se faire remarquer.
Mais là … quand j’ai entendu comment les filles chantaient cette chanson bouleversante en martelant chaque phrase sans en écouter le sens, j’ai vu rouge. Le père de Jean Ferrat était Juif, avait été déporté. Je le savais.  Cet épisode de l’Histoire était déjà à mes yeux une chose infernale, insupportable. Cette chanson était un cri, une déchirure.
Je me suis levée, ma guitare à  la main, et, sans réfléchir, j’ai dit: stop!!!
L’une des « cheffes » m’a demandé, surprise, ce qui m’arrivait.
Je lui ai dit qu’il n’était pas possible de chanter ce texte comme cela.
Il nous racontait l’exode, la souffrance, l’horreur…
Elle a réfléchi et elle m’a dit: d’accord, chante-la seule, comme tu la sens.
J’ai pris ma guitare et je l’ai fait.
C’est un souvenir émouvant…

A la même époque, j’ai découvert Aragon à  travers Ferrat.
Rien que pour cela… je voudrais lui dire merci…
Sa poésie ne me quitte plus…
Aragon a été lié aux plus beaux moments de ma vie.

Puis « La Montagne » que j’ai redécouverte lorsque ma vie s’est posée dans les Alpes vaudoises.

J’ai vu l’attachement des montagnards à  ce texte si proche de leurs préoccupations, de leur vécu…
Cette chanson, je l’ai chantée l’été dernier pour la maman de l’une des membres de mon Triangle d’Or.
Ferrat, toujours présent dans les chansonniers, dans les mémoires…

Tant de chansons que j’ai aimées, chantées.
Et puis un jour, la découverte de celle qui, pour moi, est l’une des plus marquantes: « La complainte de Pablo Neruda ».
Je l’écoute souvent, toujours avec la même émotion.

Tout à  l’heure, j’étais avec un ami au téléphone lorsque la nouvelle est tombée sur mon mail: « Jean Ferrat est mort ».
Bien sûr, on s’y attendait, il fallait bien qu’il parte un jour.
Mais cela m’a peinée.
J’ai lu la nouvelle à  Philippe.
Lui, pur montagnard aux yeux de la couleur des lacs de là-haut, alpiniste, excellent skieur, a été touché.
Et il a eu cette phrase: « La montagne est en deuil… »

Ce soir, j’ai de la peine. Je réécoute « La Complainte de Pablo Neruda ».

Martine Bernier

« Rebondir », de Daniel Dufour: Et si nous nous soignions différemment?

12 mars, 2010

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Lire et présenter des livres de toutes sortes est une facette de mon travail.
Des dizaines d’entre eux me passent entre les mains chaque mois.
Avec parmi eux, quelquefois, un ouvrage marquant.
C’est le cas de celui du docteur suisse Daniel Dufour: « Rebondir. Une approche créative pour surmonter les obstacles ».
Ce livre concerne et intéresse chacun d’entre nous, parce qu’il nous parle de nous, de notre santé, de nos émotions.
Il diffuse un message particulier: nous possédons tous les clés pour nous maintenir en bonne santé et pour nous relever après avoir vécu une grande crise.
Ce médecin totalement hors normes, qui a longtemps été chirurgien de guerre, nous propose dans ce passionnant ouvrage d’utiliser les outils essentiels à notre santé. Des outils qui passent par le respect de nos émotions, le savoir inné et la pensée créatrice.
Interview.

- Vous avez un parcours un peu atypique…
Il est un peu bizarre, oui. Dès l’âge de 7 ans, j’ai su que je voulais être médecin, et je n’ai jamais dévié de cette idée, même s’il n’y avait jamais eu aucun docteur dans ma famille auparavant. J’ai suivi mes études à Genève. Elles m’ont déçu, car je n’aime pas beaucoup la théorie. Mais dès que je me suis retrouvé devant des patients, j’ai compris que c’était bien ce que je souhaitais faire.
Un jour, je suis parti  en Rhodésie, qui s’appelle aujourd’hui de Zimbabwe, pour rendre visite à un ami. Là, j’ai rencontré la guerre. J’étais chirurgien orthopédique, j’ai décidé de rester. J’ai travaillé un an là-bas. Puis je suis rentré au CICR (Comité International de la Croix-Rouge), toujours comme chirurgien de guerre. J’ai vécu dans l’urgence pendant plusieurs années, au Liban, au Pakistan, dans tous ces pays en conflit. J’ai ensuite été coordinateur médical, toujours pour le CICR. Je passais du champ opératoire à un champ d’action plus large! J’ai fait des études de médecine tropicale à Londres, puis je suis rentré en Suisse et j’ai fait ce que je pensais ne jamais faire un jour: m’installer comme médecin généraliste, en 1987.

- Face à des patients présentant des problèmes d’Occidentaux protégés des situations de guerre, n’avez-vous ressenti aucune exaspération?
Non… Cette question m’a un jour été posée par une amie alors que je rentrais du Cambodge, travaillant pour l’Ordre de Malte qui lutte contre la lèpre. Je m’étais occupé de lépreux qui vivaient au fond de la jungle cambodgienne. Heureusement, je n’ai jamais fait ce lien, cette comparaison. La souffrance appartient à chaque personne. La misère est parfois beaucoup plus grande ici, avec des personnes qui meurent seules pendant la canicule sans que personne ne le remarque. Là-bas, les lépreux souffrent et sont retirés de la communauté. Mais leurs familles leur rendent visite, leur apportent à manger.

- Vous expliquez dans votre livre que chaque maladie est liée aux événements que nous vivons.
Oui, tout provient d’une émotion mal vécue, ou du fait que nous ne sommes pas dans le moment présent. Cela provoque différentes symptômes, un déficit d’immunité. Lorsque l’on vit dans le présent, on élimine les tensions. Ne restent que celles liées à l’éducation. Nous savons que si nous sommes tristes, il faut pleurer pour évacuer cette peine. Mais l’éducation nous empêche souvent de nous autoriser à exprimer la colère, la tristesse, la joie…

- Vous estimez que nous avons tous en nous les outils pour revenir à la santé. Une personne en pleine dépression a-t-elle elle aussi cette force en elle?

Oui, mais elle va avoir le sentiment d’être culpabilisée parce que je leur dis qu’elles ont en main les clés pour se soigner. On me le reproche souvent. Je dis aux gens: « vous êtes responsables de votre mal-être, mais aussi de votre bien-être. Je n’ai pas le pouvoir de guérir, mais vous l’avez. »
Nous devons utiliser nos outils. Le passé et le futur existent. Et, si l’on est très intelligent, on utilisera le passé pour mieux construire le futur. Mais la clé de tout est de vivre dans le présent, en exprimant ses émotions.

- Vous n’infantilisez pas vos patients, au contraire, vous les responsabilisez, apportant une vision très personnelle de la pratique de la médecine. Comment êtes-vous perçu par vos collèges?
Je pense qu’ils ont pour moi une douce indifférence ou un doux mépris! Je n’en suis pas dérangé: je ne cherche pas à convaincre. La médecine traverse actuellement une grande crise car de plus en plus de gens n’y croient plus. On maintient les médecins dans une notion de pouvoir absolu. De nombreux thérapeutes font d’ailleurs la même chose: ils ont le pouvoir face à leurs patients qui sont des lilliputiens en face d’eux. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de pratiquer la médecine. Pour moi, il s’agit d’accompagner les patients. Tout ce que j’ai appris, ce sont eux qui me l’ont enseigné. Ce terme d’accompagnement est essentiel pour moi.
Les gens sont prévenus de ce qui les attend quand ils viennent me voir. A mes yeux, il est très important d’avoir une approche globale de la personne. L’être humain n’est pas un estomac, un bras ou un coeur. C’est tout un ensemble, une multitude de composante. Je connais bien la médecine « mécanique », que j’ai pratiquée dans l’urgence, et que je pratique toujours lorsqu’il le faut. Mais je sais aujourd’hui qu’il y a toujours une raison à une maladie ou à un accident.

- Vous allez plus loin… vous dites que, selon vous, on peut guérir chaque maladie, y compris le cancer.
Oui. Je me souviens de l’une de mes patientes qui avait un cancer de la peau. Elle se guérissait de ce cancer, et, un jour, a décidé qu’elle en avait assez et qu’elle voulait s’arrêter. Il faut aussi respecter la personne lorsqu’elle prend cette décision. L’important est d’accompagner la personne pour qu’elle vive ou meurt en paix.
Lorsque les gens viennent me voir et me disent « j’ai un cancer » ou « j’ai des sinusites à répétition », je leur demande: « Pourquoi avez-vous cela? ».
Souvent, ils me répondent. Une personne qui a un cancer évoquera tel ou tel événement qu’elle a traversé. Un événement porteur d’émotion qui n’a pas pu être vécu correctement.

- Vous pensez réellement que quelqu’un de déjà très atteint peut guérir grâce à la pensée créatrice, en s’ancrant dans le présent, en exprimant ses émotions?
Oui, je le crois. On peut toujours revenir en arrière. Je sais qu’il y a des sceptiques qui me diront que je vends de l’espoir alors qu’il n’y en a plus. Cette phrase à elle seule est terrible. Il y a toujours de l’espoir.

- Vous estimez que l’aptitude à rebondir dans la vie est une démarche très différente de la résilience. Pourquoi?
La résilience est l’adaptation de certaines personnes à leur milieu. Tout le monde n’en fait pas preuve. C’est une façon de réagir par rapport à la société, elle fait appel aux faculté d’adaptation et à ce que la société peut offrir.
L’aptitude à rebondir est le phénomène inverse. Chaque personne peut y arriver, et c’est en elle qu’elle va trouver les moyens de le faire.

Propos recueillis par Martine Bernier

- « Rebondir! Une approche créative pour surmonter les obstacles », Docteur Daniel Dufour Les Editions de l’Homme
- Le docteur Dufour donnera une conférence au MEDNAT, à Lausanne, le samedi 27 mars 2010 à 13h30
- Site Internet:http://www.oge.biz/fr/index.php

Fontevraud et la chapelle des courants d’air

11 mars, 2010

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Il existe en France, dans la Vallée de la Loire, un lieu qui me fascine.
Ou plutôt… un double lieu qui me fascine.
Le premier est l’Abbaye Royale de Fontevraud, à une heure d’Angers.
Etroitement liée à l’histoire des Plantagenets, elle a vu défiler les siècles puisque l’abbatiale a été construite de 1105 à 1160.
Cinquante-cinq ans pour la bâtir.
La durée d’une vie d’homme, longue pour l’époque.

Son architecture est un chef-d’oeuvre, oscillant entre gothique et Renaissance.
Les maîtres d’oeuvre qui ont travaillé là-bas ont mis au service du lieu leur savoir et leur diversité.
Le résultat est d’une beauté sereine.
Tout a été pensé pour créer un lieu de recueillement.
Le cloître, avec le calme et la douceur de ses jardins, les galeries de déambulation, la salle capitulaire et sa magnifique voûte, l’escalier Renaissance, tout est à la fois parfait et original.
Mais la perle des lieux reste la cuisine romane aux toits de pierre dure en « écailles de poisson ».
La seule, dit-on, arrivée jusqu’à nous dans cet état de conservation.

Dans l’église reposent notamment les gisants polychromes d’Aliénor d’Aquitaine, de son époux Henri II, roi d’Angleterre, et de leur fils Richard Coeur de Lion.

A chaque fois que je m’y suis rendue, j’ai vécu la même émotion, le même trouble.
La puissance de ce lieu est impressionnante.

Il y a quelques années, à notre première visite, alors que nous reprenions la route, j’ai eu l’attention attirée par une petite construction ancienne, au milieu des champs.
J’ai demandé à Eric de s’arrêter et nous sommes allés voir de plus près.
C’était une minuscule chapelle.
La porte était fermée et l’endroit était à l’abandon.
Mais, à travers la petite fenêtre sans vitre, il était possible de voir l’intérieur.
Au-milieu de nulle part, refuge du vent, la chapelle n’intéressait plus grand monde.
Renfermée sur son mystère, sur ce qui a été son destin, sur ce que ses pierres ont vu et vécu, elle se fondait dans un paysage silencieux.

Après la force paisible de Fontevraud, très fréquentée par les touristes, la solitude de cet endroit venait compléter une journée parfaite…

Martine Bernier

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