Archive pour mars, 2010

La maison d’Erasme

10 mars, 2010

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 J’ai passé mes premières années dans l’une des communes de Bruxelles.
J’étais un enfant des villes.
Les seules touffes d’herbes que je pouvais fouler étaient celles des pelouses du parc Astrid ou du square qui faisait face à la maison.
Je détestais y aller.
J’appelais cela « de l’herbe apprivoisée », condamnée à vivre en plates-bandes alors que je l’aurais voulue libre.
Ma chambre était située sous le grenier, au « deuxième étage et demi ».
Ma fenêtre donnait sur les toits. Rien que des toits.
Je devais avoir sept ou huit ans quand j’ai commencé à aller m’asseoir sur le rebord du toit.
Me surprenant un jour sur mon perchoir extérieur, dangereusement penchée sur le vide, ma mère a hurlé et a quitté la pièce en appelant mon père à grands cris.
Celui-ci est arrivé en courant, l’a priée de se taire, et m’a fait quitter le toit en douceur.
J’ai reçu une gifle magistrale de ma mère.
Mon père, lui, m’a demandé pourquoi je faisais quelque chose d’aussi dangereux.
Je lui ai expliqué que je voulais voir plus loin que les toits… que je pensais pouvoir voir la mer si je regardais bien.
Il m’a demandé pourquoi j’imaginais pouvoir la voir d’aussi loin.
Et j’ai répondu que la présence des mouettes sur les toits tout autour de chez nous ne pouvait que vouloir dire qu’elle était proche.
Il m’a détrompée.
C’était le canal qui les attirait. Pas la mer, beaucoup trop lointaine…

Après sa mort, j’ai continué à aller me percher sur le toit, en prenant soin de fermer ma porte pour ne pas provoquer la terreur de ma mère.
Je continuais à chercher la mer, et à percer les secrets du ciel.
Je voyais le clocher de l’église St Pierre et Guidon, une collégiale dans la crypte de laquelle j’adorais me réfugier dans le dos du curé lorsque j’avais le vague à l’âme.
Après l’école, prétextant des heures d’étude, j’allais là  ou dans la maison d’Erasme où l’on me laissait rentrer à ma guise, en lutin habitué des lieux.
La personne qui s’occupait de la demeure trouvait insolite cet amour inattendu qu’un enfant développait pour cet endroit.
Je me mettais dans un coin, à l’intérieur ou dehors, en fonction des saisons.
Soit je rêvais, soit je faisais mes leçons, dans l’ombre du grand homme.
Erasme avait séjourné là en 1521, et j’adorais son bureau, cette très belle maison gothique.
C’est là que j’ai admiré pour la première fois des peintures anciennes, parmi lesquelles des Holbein.
La maison possédait un jardin magnifique où j’aimais aller me cacher.
Pendant des années, j’ai appris à connaître et à aimer l’homme qui avait habité là.
Gentil fantôme humaniste…

Puis, je retournais dans ma chambre.
En dehors des toits, je ne voyais rien.
Désespérément rien.

Aujourd’hui, de ma fenêtre, je vois un lac tout bleu et les montagnes.
Je ne promène jamais ma chienne dans les herbes apprivoisées.
Et je ne suis retournée qu’une seule fois en Belgique en trente ans.
Hormis ceux que j’aime, et qui me retrouvent là où je vais, les sublimissimes « merveilleux » (pâtisserie belge inégalée que je n’ai plus goûtée depuis des lustres), et les fameux « manons », une seule chose me manque parfois.
La maison d’Erasme.

Martine Bernier

Hôtesses en folie et poules salvatrices

9 mars, 2010

L’actualité réserve souvent des nouvelles étonnantes…

Celle-ci est assez sidérante, mais il semblerait que ce soit vrai.
Au début du mois, dans l’Etat de New York, une dispute entre deux hôtesses de l’air aurait obligé le commandant de bord d’un avion à annuler le vol. Les deux femmes en seraient venues aux mains, ce qui a conduit à l’évacuation de l’appareil.

L’altercation avait débuté dans l’avion en partance pour Atlanta. La dispute se serait déclarée alors que l’avion retournait vers la porte d’embarquement afin d’évacuer un passager tombé malade. L’échange entre les deux femmes a été tellement violent que le pilote a pris la décision de faire débarquer les passagers et le personnel de l’équipage, selon le témoignage d’un passager.
Le porte-parole de la compagnie aérienne a pudiquement précisé que, non, non, il n’y a pas eu d’affrontement physique, et que les hôtesses s’en sont tenues à un conflit verbal.

Cela dit, à cause de cette aimable conversation, le vol Rochester-Atlanta n’a pas eu lieu, contraignant la compagnie à orienter les passagers vers d’autres vols.
Allez savoir pourquoi, cela n’a pas plu.
Les deux femmes ont été sanctionnées pour leur comportement jugé inacceptable et démises illico de leurs fonctions.
C’est ballot.

Autre nouvelle venue de Belgique et nettement plus intelligente.
Depuis peu, la ville de Mouscron offre des poules pondeuses à chaque foyer prêt à tenter l’expérience, pour inciter à réduire le volume des déchets ménagers.
Les poules arrivent par paire, histoire de ne pas perdre le moral.
Et une formation obligatoire est dispensée aux nouveaux propriétaires, histoire de découvrir le mode d’emploi des gallinacés.
Ces derniers sont nourris avec les déchets de cuisine, allégeant d’autant le poids des sacs poubelles (de 10%, affirment les premiers utilisateurs, très satisfaits).
Quant aux testeurs, ils sont récompensés d’un oeuf chaque matin… mais ont l’interdiction de faire passer leurs poules au pot avant deux ans, ou de les céder à d’autres.
Ils doivent également accepter la visite de contrôleurs venus vérifier que les poules sont bien comme des coqs en pâte dans leurs nouveaux habitats.
Quant aux pauvres Mouscronois qui n’ont pas de jardin ou qui sont en appartement, ils peuvent recevoir une autre botte secrète en guise de lot de consolation: des vers.
Ceux-ci sont paraît-il très efficaces aussi.
Mais bon… les oeufs sont moins gros.

Martine Bernier

Montagne-Alternative: la renaissance d’un hameau

8 mars, 2010

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Le silence, les oiseaux, la paix… l’impression d’avoir atteint le bout du monde.
On n’arrive pas à Commeire par hasard…
Ce hameau perdu dans la montagne, situé au-dessus d’Orsières, en Valais (Suisse), a vécu en autarcie presque parfaite jusqu’à la deuxième guerre mondiale.
Chaque famille possédait trois ou quatre vaches, un mulet, et ne descendait dans la vallée que pour acheter le café, le sucre ou le sel…
Après la guerre, les habitants se sont rapprochés des lieux de travail.
De 70 habitants, le hameau est passé à 20…
Un village endormi au charme fou, qui a séduit le Belge Ludovic Orts, lorsqu’il y est arrivé.
Lui qui vivait dans les Alpes depuis quelques années a été envoûté par la sérénité et la force qui se dégagent des lieux.
Au point d’avoir envie d’y installer sa vie.

Fou de montagne, sportif, sensible à la nature et aux activités de bien-être, il a eu l’opportunité d’acquérir une première grange dans le village.
Associé à son cousin Benoît Greindl et entouré d’une équipe compétente, il se lance dans l’aventure.
C’est avec cette première rénovation qu’est né le concept de « Montagne-Alternative ».
L’idée était de proposer une autre manière d’envisager les séjours à la montagne.
La grange, puis une deuxième et bientôt quelques autres, ont été rénovées dans le pur respect du bâtiment et des lieux.
De l’extérieur, vous n’imaginez pas ce qui vous attend lorsque vous avez franchi le seuil.
Si le cachet des constructions a été totalement préservé, l’intérieur est désormais doté d’un confort à la fois ultra moderne et discret.
Beaucoup d’élégance et d’authenticité dans ces lieux destinés à recevoir une clientèle désireuse de vivre un séjour différent.
Pas de télévision ni de téléphone dans les chambres, mais une connexion wi-fi pour ceux qui en auraient besoin pour travailler.
Partout une sensation de paix, d’espace.

D’ici deux ans, Montagne-Alternative aura complété la gamme des activités offertes au public.
Huit constructions reliées entre elles par de petites ruelles seront disponibles.
Parmi ces constructions, deux seront consacrées aux services généraux: le SPA alternatif et l’agora, avec salle de projection, restaurant, salles de réunions multifonctions.
Ici, les hôtes, qui sont déjà accueilli dans les premières « granges » portant chacune le nom d’une montagne ou d’un lieu-dit, peuvent choisir de ne rien faire ou de s’adonner à la marche afghane, à la randonnée à ski avec guide, à suivre des ateliers de développement personnel, des activités bien-être, etc.

Aujourd’hui, le hameau vit une deuxième destinée.
Les bâtiments désertés ne sont plus menacés de finir en ruines.
Commeire revit doucement, discrètement, sans clinquant.
Ceux qui viennent ici savent qu’ils goûteront au silence…

Martine Bernier

http://www.montagne-alternative.com

Mon bon Géant et Skype

7 mars, 2010

Cela faisait plusieurs semaines que nous n’avions pas pu nous parler.
Mais hier, Skype nous a réunis, une partie de mon Triangle d’Or et moi.
Véro d’abord, qui me dresse un panorama des nouvelles de la famille, des proches, de la situation de la région, des dégâts causés par la tempête à la Baule où elle travaille.
Les enfants ensuite, Clément, curieux de découvrir Pomme, et Théo, auquel je trouve une mine fatiguée.

Mon Bon Géant, enfin, que je retrouve avec émotion.
Des rires, des pleurs, de la gravité, de la légèreté…
« Je sentais que tu n’allais pas bien… »
Son regard d’or, son air inquiet, ses mots de tendresse.
Il reste celui qu’il est.
La distance nous sépare, mais la complicité est là.

Je souris de le voir se plier en deux pour tenter de se placer dans l’axe de la webcam.
Malgré tous ses efforts, je ne vois qu’une infime partie de lui jusqu’à ce que, triomphant, il comprenne l’astuce pour apparaître bien au centre.
Il m’amuse à se battre avec son micro-casque qui a une fâcheuse tendance à ne pas rester là où il doit être.
Steph et Skype ont une relation ardue!
Il me parle de lui, de la voiture qu’il a rachetée (« elle a un aileron, tu te rends compte? Moi qui aime la discrétion, je suis servi! Et si tu avais vu le guidon… pardon, le volant…. ») de sa vie, de nos souvenirs commun, de son ami…

Il me dit lire Ecriplume chaque jour, dès son réveil.
Et, comme il l’a toujours fait, il sait lire entre les lignes, percevoir ce que je ne dis pas.
Il sait…
Certaines relations ne s’expliquent pas, elles se vivent, simplement.

Martine Bernier

Comme prévu, Ecriplume a passé le cap des 25000 visites. Merci…

Courriers sans visage et Césars en péril

6 mars, 2010

Les messages non signés concernant Alain continuent à hanter la boîte mail d’Ecriplume.
A ceux qui les écrivent, je n’ai que le biais du blog pour m’adresser à vous puisque vous ne me laissez pas d’adresse.
Je comprends votre sentiment. Je connais cet homme tel que vous le décrivez et je sais, pour l’avoir pratiquée, que vous ne mentez pas non plus sur la femme dont vous parlez.
Mais adressez-vous à Alain, pas à moi.
Le confort apparent de l’anonymat ne résout pas votre rancoeur, votre mépris: ces messages ne lui sont pas transmis, je n’ai pas opté pour la profession de factrice.
Je sais ce que vous ressentez. Je partage votre sentiment.
Mais la voie que vous choisissez n’est pas la meilleure, je crois.
Et non, contrairement à ce que vous souhaitez, ce n’est pas ici que je m’exprimerai sur mon propre ressenti.

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Après cet aparté, j’en viens à la rumeur qui enfle sur Internet: la cérémonie des Césars devrait-elle être supprimée, comme le sous-entend Sébastien LeFol, du Figaro?
L’audience de cette année a été, semble-t-il, lamentable, sans que ce soit la faute de personne: ni des présentateurs (que je plains de tout coeur de s’être une fois encore retrouvés devant une salle aussi rigide), ni de la sélection des films présentés, ni, ni ni…
Comme le souligne LeFol, regarder défiler des gens recevant un trophée et passant d’interminables minutes à remercier leurs collègues, leur famille, leurs amis, ceux qui les ont inspirés et les deux tiers de la planète, n’a rien de palpitant.
Il faut bien l’avouer: même si les décors, le son, la lumière, les costumes, la technique, sont des éléments essentiels dans un film, les spectateurs ingrats que nous sommes et qui suivons la cérémonie, n’attendent que les Césars des meilleurs acteurs et du meilleur film, voire les hommages.

La comparaison avec les Oscars serait sans doute déplacée.
Nager dans une ambiance superficielle n’est pas ce que je préfère.
Mais entre la liesse américaine frisant parfois l’hystérie collective, et la platitude désespérante qui règne dans la salle lors des Césars, il y aurait peut-être un équilibre à trouver…
Après tout, nous sommes devant des acteurs, pourquoi ne jouent-ils pas la comédie de la satisfaction d’être là?
Pourquoi attendent-ils d’être étonnés, séduits, alors que le public attend que ce soit eux qui endossent ce rôle?
Dans des soirées aussi particulières, le spectacle ne devrait-il pas aussi être dans la salle et les invités ne pourraient-ils troquer leurs masques tristes contre la politesse d’un sourire?

Chaque année, je me fais la même réflexion: pourquoi l’ambiance entre la cérémonie des Césars et celle de la remise des Molières est-elle aussi différente?
Dans le deuxième cas, on attend la soirée avec impatience, on sait qu’elle sera pleine de surprises, et… il est rare que l’on soit déçu.
Dans le premier cas, en dehors de courts moments de grâce, en dehors de l’expression assez ironique et amusée de Depardieu arrivant en patron faussement débonnaire sur la scène, géant et insaisissable feu follet, la manifestation ressemble à ces repas de famille ou de travail auxquels personne ou presque ne choisit de se rendre, mais qu’il faut supporter pour ne vexer personne.

La « fête » du cinéma est donc un terme un peu usurpé si l’on en juge par les mines des convives.
Pourtant, le 7e Art réserve tellement d’heure de bonheur, d’émotion et de rêve au public qu’il mériterait un peu plus d’enthousiasme.

Martine Bernier

Donneurs de vie

5 mars, 2010

La journée d’hier et celles d’aujourd’hui ont été marquées par le retour du froid sur cette rive du lac où je vis pour le moment.
Au petit matin, l’herbe gelée craque à nouveau sous les pas…

Je regarde une photo.
La photo d’une mouette, qui m’a été envoyée hier.
Etonnamment réussie, elle a été prise par quelqu’un qui m’assurait ne rien connaître à la prise de vue.
Est-ce le coup de chance de l’amateur ou la révélation d’un vrai « regard »?

Dans peu de temps, Ecriplume va atteindre les 25’000 visiteurs, un an après sa création.
Si je suis très heureuse de cet incroyable résultat, pour moi, cet anniversaire est une souffrance inexprimable.

Dans la nuit, je remplis un document.
Et j’ai envie d’en parler aujourd’hui en espérant que, peut-être, cela sensibilisera une ou deux personnes de plus à une cause qui me tient à coeur.
Ce document, n’importe lequel d’entre nous peut l’obtenir.
Il s’agit de la carte de donneur d’organes.
Je l’ai toujours eue sur moi, mais j’avais égaré la dernière.

En Suisse, ces cartes se trouvent dans la plupart des pharmacies, droguerie, cabinets médicaux, hôpitaux ou sur internet (voir ci-dessous pour la France, la Belgique et le Canada).

Je ne vais pas faire ici de plaidoyer pour le don d’organes.
Je voudrais juste évoquer deux visages et des faits qui me marquent.

Cet automne, j’ai rencontré Florian (j’espère qu’il ne m’en voudra pas d’utiliser son prénom), que je devais interviewer comme ses collègues dans le cadre d’un travail.
Grand homme très doux, pétri de gentillesse, il a un vocabulaire choisi, une capacité d’attention prononcée, un courage paisible avec une lueur d’angoisse au fond des yeux, qu’il cache de son mieux.
Cadre, il est attentif aux autres, soucieux de leur sécurité, de leurs bonnes conditions de travail.
Il semble aimer les autres, et ses collègues le lui rendent bien: tous ceux qui m’ont parlé de lui l’ont fait avec tendresse.
Lorsque je l’ai rencontré, il était relié à une bouteille d’oxygène qu’il emmenait partout avec lui.
L’oxygène palliait l’insuffisance respiratoire dont il souffre, et qui, m’a-t-il expliqué, s’aggrave depuis plusieurs mois au point de lui interdire de travailler, de vivre normalement.
Il était alors en attente d’une greffe de poumons.
Mais les personnes dans son cas sont nombreuses et les donneurs trop rares.
Il avait beau être en tête de liste, il ne voyait rien venir…
J’ai pris de ses nouvelles aujourd’hui.
Sa capacité respiratoire a encore diminué.
Après 15 mois, il patiente toujours, ne se plaint pas, va jusqu’à prendre des nouvelles de ma chienne Scotty qu’il avait rencontrée en automne et dont il ignorait le décès.
D’un altruisme émouvant, toujours à s’inquiéter des autres, Florian force la sympathie.
Il donne sans le savoir une magistrale leçon de courage et de dignité souriante…

Et puis il y a ce jeune garçon lumineux, Alex, dont j’ai déjà parlé ici.
La greffe de rein dont il a bénéficié l’été passé lui a permis de reprendre une vie aujourd’hui quasi normale.
Pour lui comme pour sa famille, cet organe a été une bénédiction, une renaissance…

Combien d’autres sont en souffrance, derrière ces deux exemples qui me touchent?
Derrière chaque nom sur une liste se cache une histoire…

En Suisse, sur sa carte, le donneur potentiel peut choisir quels organes il veut offrir.
Il peut aussi accepter le prélèvement de tout organe, tissu ou cellule.
Le propriétaire de la carte peut également tout refuser et se faire inscrire sur le registre des refus.
La législation est stricte en matière de prélèvement d’organes.
En Suisse, les transplantations les plus nombreuses sont celles des reins, du foie, du coeur, des poumons, du pancréas (îlots) et de l’intestin grêle.
La transplantation tissulaire la plus fréquente est celle de la cornée.
Concernant les cellules, ce sont les greffes de cellules souches du sang qui se font le plus couramment.

J’aime cette notion d’offrir ce qui n’a plus d’avenir pour garantir un futur à quelqu’un d’autre….
Un ultime don de soi, un ultime acte d’humanité.

Martine Bernier

Pour la Suisse: www.transplantinfo.ch
Pour la France:www.france-adot.org/
Pour la Belgique:www.wallonie.be/fr/citoyens/sante-prevention-et-securite/dons-d-organes-et-de-sang/index.html
Pour le Canada:www.acdo.ca/fr/

Mon chien parle…

4 mars, 2010

Ceux qui disent des animaux « il ne leur manque plus que la parole » n’ont pas tout compris.
Il est évident qu’ils nous parlent. Sans employer notre langage, sans doute, mais ils nous parlent.

Hier soir, je suis rentrée tard d’un rendez-vous chez un médecin qui a duré très longtemps.
Pour me faire pardonner de Pomme qui m’attendait, je lui ai acheté un jouet sur le chemin du retour.
Un de ces jouets qu’elle affectionne tout particulièrement: une solide peluche qui peut passer pour une proie.
J’ai vu juste: dès qu’elle l’a vue, Pomme a délaissé Monsieur Poulet pour se précipiter sur la Peluche-Sans-Nom qu’elle a secouée dans tous les sens.

Plus tard dans la soirée, alors que je terminais un texte, mon Mogwaï est arrivé en courant vers moi, a pris appui contre moi et a commencé à aboyer.
Elle était visiblement fâchée. Très fâchée, même.
J’ai d’abord cru à une de ces crises de folie qui la prennent chaque soir vers la même heure.
Mais non.
Là, c’était plus grave.
Il avait dû se passer quelque chose qu’elle tentait de m’expliquer.
Et moi, pauvre béotienne ignare, je ne comprenais pas.
Comme elle s’excitait de plus en plus, je me suis levée et lui ai demandé de me montrer ce qui se passait.

Je ne dis pas qu’elle a compris.

Mais apparemment, elle n’attendait que cela: attirer mon attention sur son problème.
Elle a filé comme un lapin en direction de la cuisine.
J’ai cru qu’elle avait soif, mais non, son écuelle (qui fait un peu piscine en regard de la taille de son utilisatrice) était remplie.
Comme je ne voyais rien d’anormal, j’en ai conclu que je fantasmais en pensant que ma chienne est TRES intelligente et j’ai voulu quitter la pièce.
C’était compter sans son avis.
Elle a recommencé à manifester de plus belle.
Et c’est là, en suivant son regard et en écoutant ses aboiements furieux que j’ai vu.
Posée sur la table se trouvait la Peluche-Sans-Nom.
Pomme pouvait la voir, mais ne pouvait pas l’attraper.
J’avais dû la ramasser et la poser là sans y prendre garde.
Je lui ai rendu son jouet avec mes plates excuses.
Elle l’a attrapé par une patte, m’a tourné le dos dignement et a filé dans ma chambre poser SA peluche dans l’un de ses paniers.

Je l’ai suivie et je l’ai regardée.
Elle me surveillait du coin de l’oeil, un peu vexée. Mais elle agitait doucement la queue en signe de paix, tout en mâchouillant un os, une patte posée sur la peluche, Monsieur Poulet et son mouchoir fétiche à ses côtés.

Je ne suis pas du genre à m’extasier devant un animal en le comparant à un enfant.
Un chien est un chien, aussi intelligent soit-il.
Mais là, en la voyant installée au milieu de ses jouets, qu’elle était allée choisir elle-même parmi ses objets, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’il existe des chiens plus évolués que d’autres.
Comme pour les êtres humains, finalement…

Martine Bernier

Kennedy: quand Edward parle…

3 mars, 2010

Pendant cinq ans, le sénateur Edward Kennedy a travaillé sur la rédaction de ses mémoires.
Comme il l’écrit: « son décès ne cadrait pas avec ses plans ».
Pourtant, atteint d’une tumeur au cerveau, il est mort en 2009, année de la sortie de cette imposante biographie, très attendue.

L’histoire de la famille Kennedy, son destin tragique, me fascinent depuis toujours.
Ces assassinats, ces morts violentes, ces scandales… tant de douleur…

Edward était le cadet des neuf enfants Kennedy.
On l’appelait Teddy.
Difficile pour lui de trouver sa place, de faire ses preuves avec des frères héros de guerre ou héros politiques, tous dotés de caractères bien trempés.
Cette enfance hors normes, ses combats politiques, les drames qui ont jalonné sa vie, la mort de ses frères, de ses soeurs, de ses neveux, l’accident de Chapppaquiddick, les déchirures de sa vie privée…

Le sénateur Kenne0dy n’a rien mis de côté dans ce livre courageux.
Sans jamais sombrer dans l’apitoiement, il a raconté ce qu’il a ressenti, pudiquement, presque parfois avec froideur.
Face à certaines choses qu’il a faites, à certaines fautes qu’il a commises, il a eu le courage d’écrire nettement qu’il a mal agi, qu’il s’en est voulu.

Cette biographie de plus de 600 pages est un document.
Précieuse par la somme de renseignements qu’elle contient, mais aussi parce qu’elle est le témoignage du dernier membre des neuf frères et soeurs de cette génération de Kennedy.

Martine Bernier

« Mémoires », Edward M. Kennedy, Albin Michel

Chopin…. un destin romanesque

2 mars, 2010

Un musée qui lui est consacré ouvre ses portes à Varsovie, un documentaire (« L’Art de Chopin ») sort sur sa vie et son oeuvre, des concerts sont donnés un peu partout…
On a mis les petits plats dans les grands pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance de Frédéric Chopin (1er mars 1810), ce pianiste et compositeur Polonais au talent mélancolique.
Les pianistes disent de ses oeuvres qu’elles ont l’air simples à l’écoute, mais qu’elles figurent parmi les plus difficiles à jouer tant la technique de la main du pianiste y est mise à rude épreuve.
Toute la complexité de cet homme semble résider dans sa musique….

Pressentait-il que sa vie serait courte?
Toujours est-il que Chopin l’a vécue « vite et fort ».
Enfant précoce, génie de la musique, il commence le piano à 5 ans et écrit sa première danse polonaise à l’âge de 7 ans.
Il joue, séduit ceux qui l’écoutent, voyage…
Il quitte sa Pologne natale, ce pays qu’il aime tant, en 1830, pour des raisons politiques.
Vienne, Londres… le musicien tente de se faire connaître, compose, puis part pour la France où il passera le reste de son existence.
A Paris, il devient l’ami des musiciens les plus prisés de l’époque: Liszt, Félix Mendelssohn, Hector Berlioz…
C’est là que son talent sera vraiment reconnu.
Sa musique est un parfum, une suite d’émotions teintées de mélancolie et pourtant très précise.
Il mène la musique au paroxysme du romantisme…

Sa vie sentimentale a été à la fois riche et jalonnée de déceptions.
Sa liaison la plus célèbre a été celle qu’il a vécue avec Aurore Dupin, alias George Sand, baronne Dudevant, et merveilleuse écrivain de l’époque.

Des chagrins profonds, la douleur de ruptures, achèvent de miner la santé de cet artiste fragile, atteint de tuberculose.
Déprimé, malade, Chopin accepte pourtant, en 1848, de donner une tournée en Angleterre et en Ecosse.
Mais la pollution au charbon qui règne sur Londres aggrave son état de santé.
Cette dernière tournée lui apporte de grandes joies et signe son arrêt de mort.

L’artiste mourra en octobre 1949, à Paris, à l’âge de 39 ans.
Avant de disparaître, il a demandé avec insistance à sa soeur de brûler tous les brouillons et les oeuvres inachevées qu’il a laissés.
Depuis, Frédéric Chopin dort au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, tandis que son coeur a été ramené en Pologne.

Déçu dans ses amours, mais porté par ses amis, le musicien aurait murmuré une phrase à son ami Franchomme, avant de rentrer en agonie.
Une phrase qui me bouleverse…
«Elle m’avait dit pourtant que je ne mourrais que dans ses bras.»

Martine Bernier

Rugby: la mystérieuse planète virile

1 mars, 2010

Lorsque j’ai passé mon diplôme de journaliste, j’avais reçu la note maximale pour un billet d’humeur humoristique que j’avais écrit sur ma façon de concevoir le football, assez semblable à celle du très regretté Pierre Desproges.

Vendredi soir, pour des raisons qui me sont propres, j’ai décidé de m’attaquer à un monument international, le rugby, en tentant de suivre intégralement le match Pays de Galles – France.
Dès les premières minutes, j’ai vraiment eu le sentiment de débarquer sur une autre planète.
Celle des « gueules cassées », des « durs », du fair-play, aussi, tant sur le terrain que sur les gradins.

Les physiques des rugbymans n’ont rien à voir avec ceux des footballeurs, avouons-le…
Dès les premières secondes, on comprend que personne n’est là pour plaisanter.
Lorsque les joueurs arrivent sur le terrain, c’est pour en découdre, pas pour faire joli.
L’entrée de l’équipe galloise rappelait réellement ce que devait être l’arrivée des gladiateurs dans l’arène…

Premier étonnement: la minute de silence respectée à la mémoire de la mère d’un joueur, décédée dans la semaine.
Un silence de plomb dans un stade plein à craquer, c’est impressionnant.
Un grand respect.
Pas un sauvage pour le rompre…

Idem pour les hymnes nationaux,chantés à l’unisson, à gorges déployées. Presque tous les joueurs le partagent, soutenus par des supporters qui chantent, eux aussi.
Surprenant…

Viens ensuite le moment du premier coup de sifflet.

Ne me demandez surtout pas de vous expliquer les règles de ce jeu un peu curieux quand même, j’en serais incapable.
J’ai compris qu’il fallait plaquer le ballon au-delà des lignes du camp adverse, que, de temps en temps, un joueur était désigné, après une faute, semble-t-il, pour aller expédier ce drôle de ballon ovale entre deux immenses piquets. Que, dans ces moments-là, le monde retient son souffle avant d’exploser de joie ou de déception, en fonction de la réussite du tir et du camp auquel on appartient…

J’ai vu qu’ici, personne ne fait semblant de tomber en grimaçant et en se tenant une jambe en hurlant, attirant l’attention de la planète entière sur le fait qu’il est à l’article de la mort, avant de se relever trois minutes plus tard pour gambader comme un joyeux cabri.
Non, rien à voir.
Ici, ces gais lurons se rentrent dedans comme une armée de bulldozers, se bousculent, se plaquent au sol, se renversent, s’enchevêtrent au point qu’il est difficile de dire à qui appartient tel bras ou tel jambe.
Ils doivent être couverts de coups et de bleus lorsqu’ils quittent le terrain, mais pas un ne se plaint.
Lorsque l’un d’eux est blessé, il ne fait pas semblant. Il saigne comme une fontaine à grenadine, ne geint pas, et ne se laisse soigner que dans l’espoir d’aller se joindre à nouveau ses petits camarades.
Des hommes, des vrais, comme dirait je ne sais plus qui, que l’on n’imagine pas se plaindre pour un rien.

Le grand mystère du rugby réside, pour moi, dans ce que l’on nomme savamment « la mêlée ».
Deux groupes s’enlacent, que dis-je, se soudent, se font face et se ruent l’un sur l’autre, formant une espèce de tortue humaine sous la carapace de laquelle un petit malin jette le ballon.
Ce qui se passe dans ces moments-là est une énigme… toujours est-il que le ballon, complètement paniqué, finit par émerger, par être récupéré et réexpédié plus loin.
Inutile de préciser qu’être ballon dans un match de rugby relève du plus terrible des karmas.
Ils sont jetés, écrasés, frappés, plaqués… mais eux ne l’ont pas choisi!

Quand une équipe sent qu’elle est en danger, elle redouble d’énergie, de violence.
Mais dans le camp adverse, la garde veille, forme un mur humain bien décidé à ne pas être franchi…
Et moi, quand je regarde, je ne peux m’empêcher de visualiser certaines scènes des albums d’Astérix lorsque les Gaulois s’en prennent aux Romains…

Bref, vendredi, si j’ai bien tout compris, la France a gagné, sans que les Gallois aient pour autant démérité.

Et le public, me direz-vous?
Aussi étonnant que les joueurs.
Pas de huées, peu de sifflements (ou alors c’est qu’ils sont vraiment très, très fâchés!), pas de slogans racistes, de gestes obscènes, d’agressivité, mais une étonnante camaraderie entre les clans.

Bref, si le sport en lui-même a l’air on ne peut plus sauvage, j’ai rarement vu des gens aussi civilisés dans un stade…

Martine Bernier

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