Archive pour juillet, 2010

Soirée de tempête

12 juillet, 2010

Le vent soufflait avec une violence folle.
Il ululait, faisait voler les objets oubliés, ployer les arbres aux alentours.
Plus rien n’a le même visage lorsque la tempête s’en mêle.
Le lac se prenait pour un grand, s’offrant des airs d’Atlantique en colère.
Des coups de tonnerre violents ont éclaté.
J’aime ce temps, j’ai dû résister pour ne pas sortir.
Pomme m’a regardée, je l’ai rassurée de la voix.
C’est la première fois que je vis avec un chien qui ne craint absolument pas l’orage…
Toujours, dans toutes les situations, elle réagit de la même façon.
Elle me regarde.
Si je n’ai pas peur, elle estime ne pas à avoir peur non plus, semble-t-il.
Elle m’interroge, simplement.

En entrant sur Ecriplume pour poster le texte du soir, j’ai vu que plusieurs messages m’attendaient.
Des commentaires à publier, des messages personnels, dont un magnifique de Gabi, la magicienne de la Ferme des Pralies, et un autre, assez long, provenant de celui, celle ou ceux qui, depuis des mois maintenant, m’écrivent pour me dire ce qu’ils ressentent par rapport à Alain qu’ils semblent bien connaître.
Ce n’est pas tendre… c’est même très dur.
Je ne peux leur répondre, l’anonymat n’a jamais été rompu.
Je ne peux que leur parler par le biais d’Ecriplume, quand c’est un peu trop lourd.
C’était le cas ce soir-là.
Vous qui me dites l’avoir vu récemment et qui me faites un descriptif détaillé, ironique et dévastateur de ce qu’il est, de ce qu’il fait, de ce que vous ressentez à son égard etc, quand comprendrez-vous que ce n’est pas utile?
Je sais…
C’est à lui qu’il faut parler, pas à moi.
Il engendre chez les autres des sentiments qui me font peur.
Et oui, je sais: qui sème le vent…

Il pleuvait à peine.
Ni le vent ni ces quelques gouttes n’arrivaient à rafraîchir l’atmosphère.
J’ai repensé à la semaine écoulée.
A mon dernier livre parti avant l’opération, envoyé à l’éditeur pour vivre sa vie, indépendante de la mienne, désormais.
C’est toujours un petit deuil, un livre qui s’en va.
Je revis une fois de plus cet instant surprenant où, pour la première fois depuis longtemps, je réalise que, le lendemain, je ne travaillerai plus sur ce manuscrit qui ne m’appartient plus désormais. Il a fait partie de mon quotidien pendant des mois… il laisse un vide.

Et puis je revois les choses plus compliquées vécues je ne sais pas trop comment.
En funambule.
Cette intervention au cours de laquelle rien ne s’est vraiment passé comme je l’imaginais, ni pendant, ni après.
La fidélité de mes très proches, des amis qui comptent, qui savent que j’ai besoin d’eux.

Le vent venait se heurter aux fenêtres, furieux de ne pas pouvoir entrer.
Hurlevent.
J’ai toujours l’impression qu’il m’appelle.
Mais sortir Pomme par un tel temps serait la meilleure façon de la rendre craintive pour le restant de ses jours.

Le lendemain, plus aucune trace de la tempête…
Un lac parfaitement lisse, un soleil implacable, une chaleur torride.
Plus un souffle…
Un autre jour…
J’ai préparé la suite des événements.

Un nouveau livre commencé, déjà, un autre sur le point de l’être, d’autres articles, des voyages, la perspective de découvertes, des soirées entre amis, un nouveau verdict médical à la mi-août…
Une fatigue agaçante, vestige de la dureté de la semaine.
Et une nouvelle: ce lundi, Ecriplume a dépassé les 45 000 visites, en plein creux des vacances.
Merci pour votre intérêt et votre fidélité…

Martine Bernier

L’habitué

11 juillet, 2010

Il ne pèse que quelques grammes, se remarque par sa taille puisqu’il est nécessaire d’utiliser les deux mains pour s’en servir, mais a une particularité: il apparaît, paraît-il, dans de nombreuses séries américaines sans que personne ou presque ne sache qui il est.
Vous croyez ne pas le connaître, et pourtant vous l’avez vu souvent.
C’est une star inconnue.
De qui s’agit-il?
Du « journal type » conçu pour passer dans les films et autres feuilletons, fabriqué spécialement pour le petit et le grand écran.

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Ce quotidien, toujours le même, se croise dans « Desperate Houswive », « Charmed », « Mariés, deux enfants », « That’s 70s Show », « Six Feet Under », « Scrubs », etc etc…
Cela dure depuis des années, et c’est toujours lui, avec les mêmes photos, les mêmes titres…

Personne ne s’en était rendu compte, sauf un fan particulièrement attentif, qui a aussitôt fait part de sa découverte sur le Net.
Il semblerait que les pages intérieures soient toujours pareilles, mais que la Une se modifie de temps en temps.

Alors? Manque d’imagination de la part des accessoiristes?
Non: nécessité juridique.
Utiliser un journal existante contraint à payer des droits d’auteurs qu’un faux ne justifie pas…

Martine Bernier

Cathédrale de Chartres, de ses étranges tours au Clou de St Jean

10 juillet, 2010

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La cathédrale de Chartres est l’une des plus belles au monde.
De nombreux livres ont été consacrés à son histoire, son architectures, ses vitraux, ses symboles…

La première fois que je l’ai vue, dès le premier regard, une question m’est venue aux lèvres.
Pourquoi a-t-elle deux tours différentes, l’une en style roman, l’autre en style gothique?!
C’est dans les livres que j’ai trouvé ma réponse, peu après.

La tour de droite, en style roman, donc, est évidemment la plus ancienne.
Ce que l’on appelle le clocher « Vieux » date de 1134 et mesure 105 mètres.
Et comme toutes les constructions romanes, il est massif, doté de peu d’ouvertures.

En 1506, catastrophe: un incendie ravage l’église.
Elle est alors reconstruite dans le style de l’époque, le gothique, reconnaissable par ses forme élancées.
Le clocher « Neuf » mesure 115 mètres, est piqueté de gargouilles et orné de baies en arcs brisés.
Très différent de l’autre…

Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, la cathédrale fascine.
Avec son labyrinthe, le fameux « Chemin de Jérusalem », inscrit dans la dalle, ses vitraux somptueux, son architecture pure, elle est l’un des plus magistraux héritage de l’art et de l’architecture médiévaux arrivés jusqu’à nous.

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Elle comporte mille secrets, mille particularités…
Parmi eux, le « Clou de saint Jean ».
Si vous voulez le voir au cours d’une visite, repérez le très célèbre vitrail d’Apollinaire, dans le transept sud.
Dans la bordure bleu roi de ce vitrail, du verre a été remplacé par une plaque de métal dans laquelle a été percé un trou rond recouvert d’un verre transparent.
Si vous regardez ensuite au sol, vous pourrez découvrir qu’un clou a été planté dans les dalles.
Chaque année, le 24 juin, un cercle lumineux vient se poser sur lui lorsque le soleil est au zénith, passant par le trou du vitrail.
C’est ce que l’on appelle l’instant du « midi vrai » local.
L’expérience de ce trou permettant au soleil de venir se poser sur le clou date de 1701.
Aujourd’hui, les scientifiques estiment que des corrections sont nécessaires pour connaître l’heure réelle.
Et en concluent que le midi vrai du 24 juin à la cathédrale, a deux minutes de retard par rapport au temps donné par nos horloges actuelles.

N’empêche… imaginer le chanoine Claude Etienne, en 1701, s’adonner à de savants calculs, puis l’attroupement attentif qui a dû se former dans l’église lorsque pour la première fois, un 24 juin, le soleil a touché le clou en passant par l’orifice du vitrail donne le frisson…

Martine Bernier

Mention Très Bien…

9 juillet, 2010

Au moment de se présenter au fameux Brevet, elle savait déjà qu’elle avait accumulé suffisamment de points pour l’obtenir sans même avoir besoin de le passer.
Mais ce serait mal connaître Aurore que de penser que ce succès lui suffirait.
Elle a décidé qu’elle allait viser la mention « Très Bien ».
J’ai su très vite qu’elle l’aurait.
Cette jeune demoiselle de bientôt 15 ans est intelligente et tenace.

Elle, elle doutait.
Comme toujours.
Normal… le talent n’est jamais vraiment sûr de lui.
Brel était malade de trac avant de rentrer en scène.
Les plus fins esprits se remettent constamment en question.
Il n’y a que les petits pour prétendre à l’arrogance.
Eux sont sûrs d’eux, convaincus d’avoir raison.
Ce n’est pas son cas.

Je savais que les résultats seraient disponibles en début de soirée, ce vendredi.
J’ai focalisé sur ce passage si important pour ma « fillotte ».
Pas sur ce que j’ai vécu hier.
Je lui ai laissé un message.
A 18 heures, elle m’appelait.
Sa mention, elle l’a obtenue.
Ses parents, ses proches: tout le monde en est heureux.
Cette sylphide qui, avec sa beauté si pure dont elle n’a pas conscience, aurait pu servir de modèle à Boticelli nous a encore épatés.

Et moi, croyez-moi si vous le voulez, mais c’est la première fois que j’ai une réelle admiration pour une jeune fille de cet âge.
Elle a du caractère, de la volonté, de l’intelligence, du coeur, de la loyauté, de la sensibilité et du courage.
Avec un tel bouquet de qualités, il est assez normal qu’elle me soit si précieuse.
Non?

Martine Bernier

Ecriplume en panne

8 juillet, 2010

Beaucoup d’entre vous l’ont constaté: Ecriplume a été « hors service » durant plusieurs heures pendant les moments de grande affluence habituelle, aujourd’hui.

Il s’est mis au diapason de ce que fut ma journée.
Et quelle journée…

 

Martine Bernier

Ben L’Oncle Soul: doux cadeau

8 juillet, 2010

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Il y a eu une période, dans les années 80, où les musicologues ont souligné l’existence d’un creux musical.
On entendait souvent  dire à l’époque que la musique s’appauvrissait, tant sur le plan de la création que des voix.
Et il faut avouer que le disco et les chansonnettes d’alors m’ont éloignée de la radio.

Aujourd’hui, cette phrase ne s’applique plus.
Depuis plusieurs années, le monde de la musique s’est enrichi de talents multiples, de voix magnifiques, d’auteurs compositeurs doués.

Parmi ceux qui me touchent, il en est un, tout récent dans l’espace médiatique, qui me séduit totalement: Ben L’Oncle Soul.
Il n’a l’air de rien, ce garçon né à Tours, mais dès qu’il ouvre la bouche, son univers est d’une richesse folle.
Tout le monde a forcément entendu ses reprises de « Sympathique » ou de « Seven Nation Army », tellement bien remaniées que les plus jeunes ont l’impression qu’il s’agit des nouveauté, de « tubes » d’aujourd’hui alors qu’ils ont dix ou quinze ans déjà pour la plupart.
Sa musique sent bon les années 60 – 70, ses arrangements sont patinés de rétro, marque de fabrique qu’il soigne jusque dans la présentation de son CD qui ressemble à un bon vieux vinyle.
Il apporte une âme nouvelle à tout ce qu’il touche, semble s’amuser comme un fou lorsqu’il chante et partager ce bonheur avec ses musiciens.
L’écouter chanter à capella avec ses choristes est un ravissement…
Avec ses noeud papillon et son groove irrésistible, il chante le blues sans complexe avec un talent fou.
Ce talent devrait lui permettre de toucher à de nombreux registres et  réserver encore bien des surprises…
Ecoutez-le pour en être convaincus…

Martine Bernier

L’humour de Pomme

7 juillet, 2010

Elle a aujourd’hui atteint sa taille et son poids d’adulte.
Cinq kilos de vie, de tendresse et d’humour.
Un humour parfois très décalé, d’ailleurs, et un caractère de gavroche malicieux.

Comme tout bon bichon havanais qui se respecte, Pomme a de la personnalité.
Elle a surtout une particularité, comme je l’ai déjà dit: elle « emprunte »
Tout et n’importe quoi.
Notez que je n’ai pas dit qu’elle volait. Elle n’apprécierait pas.
Cette kleptomanie canine n’est pas uniquement un travers.
Elle a compris que lorsqu’elle s’approprie ce qui ne lui appartient pas, je réagis.
Ce qui la fait rire de toutes ses dents.
Enfin… de ce qui lui reste de dents puisque, comme un enfant, elle perd ses dents de lait.
La chaleur lui pèse, ce qui, semble-t-il, la pousse à multiplier les bêtises.

Un soir où j’étais au téléphone, dans mon salon , je l’ai vue passer, partant de ma chambre en direction de mon bureau où se trouve son panier, et traînant derrière elle un tissu noir.
Absorbée par la conversation, je n’ai pas fait vraiment attention.
Je l’ai juste revue passer en sens inverse, cette fois sans rien emporter.
Trois minutes plus tard, elle repassait, à nouveau chargée, posait son butin dans son nid et repartait.
Elle a renouvelé son manège à plusieurs reprises jusqu’à ce que je me décide à me lever pour voir ce qu’elle emportait…. 
J’ai failli m’étrangler en découvrant la quasi entièreté de ma lingerie soigneusement entassée dans son panier.
En bredouillant une excuse à mon interlocuteur, je me suis ruée dans ma chambre où j’ai vu mon mogwaï les deux pattes posées sur le tiroir de ma commode que j’avais oublié de refermer, choisissant consciencieusement ce qu’elle allait encore bien pouvoir emporter.
Quelques minutes après, je découvrais qu’elle arrivait à ouvrir ledit tiroir.
Une sérieuse leçon de morale s’imposait…

Il arrive parfois que ses larçins tournent au vaudeville.
Un matin, alors que je travaillais, le bruit d’une galopade m’a fait comprendre que le moment du quart d’heure de folie quotidien était arrivé.
Dans ces cas-là, il ne faut rien faire, si ce n’est attendre que cela se passe.
Oreilles aux vents, elle court comme un sprinteur olympique en jappant de joie (quoi que… à la réflexion les sprinteurs jappent assez rarement…), passant par toutes les pièces, tous les recoins. Si, dans certaines pièces, les risques se limitent à s’assommer contre un mur, les choses sont différentes dans mon bureau où une véritable jungle de fils électriques perturbe le parcours.
Ce qui devait arriver n’a pas manqué d’arriver…
Elle s’est pris les pattes dans les fils et a fait tomber de son socle le téléphone… sans fil.
Je me suis interrompue et je l’ai regardée.
Elle a stoppé net, s’est retournée, a croisé mon regard quelques secondes, le temps de réaliser que je n’étais pas vraiment fâchée, a vu la téléphone et a réussi, par je ne sais quel miracle, à le saisir et à filer avec son trophée.

- Ah non! Pomme! Viens ici!

Re arrêt.
Re regard dans ma direction et redémarrage en trombe dès que j’ai fait mine de m’approcher.
A la course, je le sais, face à un tel adversaire bichon ascendant Speedy Gonzalès, je n’ai aucune chance.
J’ai donc trouvé une autre solution.
Tandis qu’elle continuait à courir autour de la table, j’ai pris mon téléphone portable et j’ai appelé ma ligne fixe.
Dès que sa proie a commencé à sonner, Pomme a fait un bond de kangourou et l’a lâchée.
J’ai récupéré mon bien en riant.
Bonne joueuse, elle m’a adressé un large sourire et a rendu les armes…

Ce jeudi, Pomme ira chez l’un de mes voisins avec lequel elle partage une belle amitié.
Pendant ce temps, j’irai reprofiter de la salle d’opération de la clinique lausannoise, histoire de revoir mon chirurgien à l’oeuvre.
On ne s’en lasse pas.

Martine Bernier 

Jeudi et ses « surprises »

6 juillet, 2010

« Alors, jeudi tu y retournes? Qu’est-ce que cela fait de se faire opérer quatre fois en même pas quatre mois? »

C’est fin, tiens.
Que voulez-vous répondre à cela?
Evidemment que je n’ai pas envie d’y aller, de vivre ce qui m’attend.
Mais si je m’attarde à penser à « ce que cela fait », je coule.
Donc, je focalise sur d’autres éléments.
Sur le fait, par exemple, que, cette fois, c’est peut-être la dernière avant longtemps.
Si cela fonctionne, sans quoi cela va se compliquer un peu.
Que, dans cette optique, cette intervention s’ouvrira sur une suite plus légère, gérable.
Que je connais l’équipe puisque c’est la deuxième opération que je vis dans cette clinique, et que nous avions eu des contacts intéressants, agréables et drôles. On ne rit pas souvent en salle de réveil et en salle d’opération. Ce genre d’expérience ne s’oublie pas.
Que mon chirurgien sera le meneur de jeu, qu’il se déplace pour moi, que je lui en suis reconnaissante  et que j’ai confiance en lui.
Que, grâce à mes proches, je pourrai rentrer le soir même car ils ne me laisseront pas seule, me permettant de pouvoir quitter l’hôpital sous leur surveillance.
Que, si tout se passe bien, je serai d’attaque pour aborder Paris, puis Florence, cet automne.
Que je prends la biographie de Monet avec moi, et que je m’y plongerai avant et après l’opération.

Et puis que… je n’ai pas le choix, tout simplement.
Ce jeudi soir, lorsque je sortirai, je penserai à la prochaine étape, le scanner qui nous montrera si l’opération a réussi ou pas.

En attendant, je suis très reconnaissante à tous ceux qui me soutiennent par leur présence, leurs messages, leurs appels, leur gentillesse.

Martine Bernier

Caravage: un crâne et trois ou quatre os…

5 juillet, 2010

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Lorsque j’ai lu, voici quelques semaines, que des chercheurs pensaient avoir retrouvé les restes du Caravage, je ne me suis pas attardée à l’information.
S’ils étaient heureux d’avoir retrouvé la dépouille de l’illustre artiste italien dont le credo était de peindre la « vraie vie », pourquoi pas…
Quelques semaines plus tard, au Journal de 20 Heures de France 2, j’ai eu un choc.
Enterrés au cimetière de Porte Ercole, les restes du peintre ont été prélevés en 1956, comme ceux de 200 autres défunts, et ré enterrés tous ensemble dans la crypte de l’église.
Autant dire que retrouver les ossements de l’artiste relevait de l’impossible.
C’était compter sans la ténacité des scientifiques.
Ceux-ci ont exhumé l’ensemble des ossements, les ont transportés à Ravenne (centre de l’Italie), et les ont tous analysés.
En juin, la nouvelle était rendue publique:les ossements enregistrés sous le numéro 5 étaient attribués au peintre.
Comment le savent-ils?
On nous parle d’analyse ADN, et de recoupements: ces restes appartenaient à un homme d’environ 38-40 ans (Le Caravage est mort à 39 ans) décédé dans une période englobant l’année de sa mort (1610).
De plus, ces ossements présentaient une teneur anormalement élevée en plomb.
Indice probant puisqu’il semblerait que Le Caravage souffrait de saturnisme.

Au Journal de 20 Heures, donc, un groupe de messieurs radieux, en costumes-cravates, ont présenté un coffret en bois aux parois vitrées.
Sur un coussin de velours grenat, reposaient un demi crâne, un fémur et un ou deux autres os.

Mesdames et Messieurs, voici le grand Caravage!

Les ossements, nous disait-on, sont restés exposés deux semaines aux yeux du public, avant d’être installés sans doute à Porte Ercole, personne ne savait trop bien encore.

Le pire, c’est que la foule s’est déplacée pour « voir ».

Je n’aime pas, mais alors pas du tout, ce genre de démarche.
Pour moi, c’est une humiliation posthume.
Que ces recherches aient permis de découvrir que le Caravage est sans doute mort d’une infection générale et d’un coup de chaleur, soit.
Mais qu’il soit ainsi exposé… cela apporte-t-il vraiment quelque chose?
Seraient-ils contents, ceux qui le font, de se dire que l’on pourrait un jour disposer de leurs dépouilles sans leur consentement, même des siècles après leur décès?

Je préfère présenter à ma façon Michelangelo Merisi dit le Caravage, peintre lombard au talent immense.
De lui, nous gardons ses clairs-obscurs somptueux, ses personnages aux joues rondes (j’adore le personnage masculin de « La Diseuse de Bonne Aventure », ci-dessus), ses tableaux plus effrayants (« Méduse », commandé par le cardinal Del Monte, « La crucifixion de Saint Pierre » ou « Judith décapitant Holopherne ».
Et tant d’autres oeuvres fortes et belles.
Le Caravage a été à la base d’une révolution dans l’Art, estimait l’historien de l’art André Chastel.
Il a apporté une peinture sans préjugés, axée sur le corps, la réalité de l’objet.

Du Caravage, je garderai toujours des images de son talent.
Pas celle de son fémur.

Martine Bernier

Christophe Abbet: plus qu’un vigneron

4 juillet, 2010

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Pour les besoins de la rubrique qui m’a été confiée dans l’hebdomadaire suisse « Terre et Nature », je retourne dans le milieu du vin, heureusement accompagnée par Eric qui en a une connaissance solide et sûre.

Comme je ne bois pas, je me rends toujours sur ce genre de sujet avec une bonne dose d’humilité.
J’aborde l’homme (ou la femme!), son vécu, le rapport qu’il entretient avec son travail, son domaine.
Je l’écoute sur la partie technique, sur son art, sur ses vins.

J’ai inauguré la rubrique avec un vigneron encaveur Valaisan, Christophe Abbet, réputé pour avoir atteint l’excellence dans son domaine.
Et ce fut une rencontre que je n’oublierai pas.
Il est des hommes qui n’utilisent que des mots choisis, qui ne les gaspillent pas en phrases vaines.
Il en fait partie.
L’homme que j’avais devant moi, et qui souffrait à ce moment-là d’un sérieux problème de dos, est passé par-dessus la douleur et l’inconfort de son état pour m’offrir un entretien magnifique.
Il m’a fait le cadeau de sa confiance.
Le courant est passé comme dans les plus belles interviews.
Il a répondu à mes questions en réfléchissant avec soin à ses réponses, s’est livré, m’a parlé de sa philosophie de vie, de ses bonheurs, de ses tristesses.
Le tout avec ce regard riche et profond dans lequel passe chacune de ses émotions.
J’ai découvert un personnage attachant et généreux, heureux de s’être relancé dans l’aventure de la vie avec sa nouvelle compagne, Carine.
Les voir aussi heureux, tendus vers les mêmes aspirations, m’a touchée.
Et écouter parler le « Magicien de Martigny » a été un moment précieux.

Martine Bernier

L’article intégral consacré à Christophe Abbet et diffusé dans le numéro du 24 juin 2010 de « Terre et Nature » se retrouve sur Paroles de Soie, tandis qu’une présentation courte de ses vins se trouve déjà sur Toutitest.

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