Archive pour octobre, 2011

L’énigme Gaspard Hauser

11 octobre, 2011

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Pour moi, tout a commencé par une chanson.
Une chanson de Frédérik Mey, « Gaspard ».
Je la chantais aux scouts et, un jour, je me suis demandé quelle était cette histoire dont il parlait.
J’ai cherché… et voici ce que j’ai trouvé.
Depuis ce temps, ce récit me poursuit…

Le 26 mai 1828, un adolescent à bout de forces, titubant et gesticulant, poussant des grognements incompréhensibles, est recueilli dans une rue de Nuremberg.
A la main, il tient une enveloppe destinée au capitaine de cavalerie Wessnich, commandant le 4e escadron du 6e régiment de chevau-légers.
On le conduit à la caserne où, épuisé, il s’endort sur une litière.
Le soir même, le commandant prend connaissance de la lettre dont le contenu était le suivant:
« Honoré capitaine, je vous envoie un garçon qui désire servir le roi dans l’armée. Il fut laissé chez moi le 7 octobre 1812. Je ne suis qu’un journalier, j’ai dix enfants à moi, j’ai assez à faire pour les élever… »
Un billet rédigé sur le même papier et avec la même encore était joint à la missive.
« Le petit a été baptisé sous le nom de Gaspard. Quand il aura 17 ans, envoyez-le à Nuremberg au 6e régiment de cavalerie: son père y était soldat. Il est né le 30 avril 1812. Je suis une malheureuse fille et je ne peux le garder. Son père est mort. »

A la lecture de ce billet le commandant réalise immédiatement que c’est un faux.
Il tente d’interroger le garçon mais n’obtient de lui que des grognements.
Visiblement, il ne comprend rien.
Exaspéré, l’officier le conduit à la police.
Là, Gaspard est examiné par un médecin, observé par le bourgmestre, le commissaire.
Il semble fasciné par le feu, effrayé par la musique.
Lorsqu’on lui tend une feuille de papier, il y écrit maladroitement le nom de Gaspard Hauser.
Personne ne sait que faire de lui.
Il est donc logé dans la prison municipale.
Et tout le monde s’interroge: est-ce un simulateur, ou son manque total de connaissance du monde est-il réel?
Au fil des jours et grâce à ses nombreux visiteurs, il finit par apprendre quelques mots.
Et arrive à acquérir un vocabulaire suffisant pour raconter son histoire…

D’aussi loin que remonte sa mémoire, Gaspard a toujours vécu dans un réduit sombre.
Il dormait sur de la paille ou à même le sol en terre battue, sans jamais voir personne.
De l’eau et du pain lui étaient apportés chaque nuit sans qu’il ne put jamais voir quiconque.
Les derniers temps, il recevait une fois par semaine la visite d’un homme masqué, habillé de noir.
C’est lui qui lui apprit à marcher et à écrire son nom.
Un jour, il le sortit de sa cellule, le mena à Nuremberg, lui glissa l’enveloppe dans la main et… disparut.

L’histoire de Gaspard est tellement ahurissante que la presse internationale s’en empare et surnomme Gaspard « L’orphelin de l’Europe ».
Hébergé chez un professeur, il apprend à lire et à écrire avec une facilité déconcertante.
Il est visiblement intelligent.
Ses traits et sa peau sont fins, son visage d’une certaine noblesse.
Et les imaginations se mettent en marche: qui est-il? A-t-il été le fils d’une famille illustre, enlevé?
Rapidement, une hypothèse se dégage.

Fille adoptive de Napoléon, la française Stéphanie de Beauharnais est mariée au Grand-Duc Charles de Bade, en 1806
L’union a été imposée par l’Empereur à un Etat allemand dont il s’est proclamé protecteur.
Mais cet Etat accepte mal le mariage.
Stéphanie a une ennemie jurée: la comtesse Hochberg, épouse en secondes noces du père de Charles, qui aimerait mettre son propre fils sur le trône.
Elle ne pourra le faire que si Stéphanie et Charles n’ont pas d’héritier mâle.
Le 29 septembre 1812, Stéphanie met au monde un petit garçon, solide et plein de vie.
Pourtant, il meurt d’une maladie soudaine 15 jours plus tard, dans des circonstances inexpliquées.
La jeune mère n’est même pas autorisée à voir le petit cadavre.
Le second fils de Stéphanie et Charles subira le même sort, un an plus tard.

Les chroniqueurs se demandent aussitôt si Gaspard n’est pas l’enfant du couple.
Emue par la lecture des journaux, Stéphanie s’interroge.
Elle se souvient que la nuit où l’enfant fut donné pour mort, sa nourrice se trouvait plongée dans un sommeil anormalement profond, comme droguée.
Aujourd’hui veuve, Stéphanie est très troublée.
Elle s’entretient longuement avec Lord Stanhope, qui est alors en charge de Gaspard.
Elle effectue même un voyage dans le plus grand secret, pour observer sans se faire connaître ce jeune homme qui pourrait être son fils.
Tout en lui lui rappelle son défunt mari… pour elle il n’y a plus de doute, Gaspard est son enfant.
Mais en cette année 1833, c’est Léopold, le fils de la comtesse de Hochberg qui est grand-duc de Bade.
Stéphanie est dans une situation difficile depuis la chute de Napoléon.
Elle se prépare cependant à tenter quelque chose pour son fils mais…. elle n’aura jamais le temps d’agir.

Gaspard est poignardé par un inconnu dans un jardin public.
Personne ne connaîtra jamais la vérité sur ce meurtre.
La seule ombre sur le pouvoir des Hochberg a disparu définitivement avec lui…

Martine Bernier

La chanson de Frédérik Mey:

Parfums et surprises d’automne: Fleurs de Lune et… retour de Fillotte!

10 octobre, 2011

Celui qui m’accompagne aime les fleurs, les plantes, les fruits, la nature en général.
C’est de famille: j’ai déjà eu l’occasion de parler de Thérèse, sa maman, véritable encyclopédie vivante pour tout ce qui touche plantes et jardins.
A chacun de ses retours, poursuivant son déménagement, Il emporte ses plantes que nous intégrons à l’appartement.
Cette fois, il est arrivé avec un Spathiphyllum.
Les Fleurs de Lune…
J’en ai déjà deux, mais il était hors de question de laisser ce nouveau-venu à la porte.
Même si un séjour estival au grand air ne lui a pas forcément bien réussi.
Je l’ai donc posé dans mon bureau.

Comme me l’avait annoncé mon compagnon, cette plante est différente des miennes, même si elle leur ressemble en tout point.
C’est un Spathiphyllum… parfumé.
Une espèce dont les fleurs, comme son nom l’indique, dégage un parfum capiteux.
En entrant dans mon bureau, ce matin, j’ai été prise par cette odeur très agréable qui a envahi la pièce.
La plante donne quatre fleurs.
Comme si elle me remerciait de ne pas l’avoir rejetée.

Une fois encore, la nouvelle saison démarre en caressant les sens.
Les deux grands résineux qui veillent sur l’entrée de la maison dégagent eux aussi un parfum séduisant réveillé par la pluie.

Parfums, saveurs de confiture maison à la mirabelle… et bonheur d’automne.
Dans moins de deux semaines, Aurore, ma Fillotte de Bretagne, reviendra en Suisse pour la quatrième fois.
Le temps qui passe n’a par recouvert de lassitude cette relation si particulière.
Comme elle n’a pas abimé non plus celle que je partage avec mon ami de Bretagne.
Les Ombres m’envoient toujours leurs courriers racontant « le quotidien des Bidochons », qui naviguent toujours entre vantardise et orgueil.
Je poubellise.
Je ne comprendrai jamais pourquoi ces Ombres s’obstinent à m’écrire, réveillant constamment un traumatisme grave.
L’être dont elle parle est laid, sale.
Elles se salissent à en parler.

Martine Bernier

Qui étaient les « peopple » il y a 2 siècles en arrière?

9 octobre, 2011

Vous êtes-vous demandé qui étaient les vedettes qui faisaient la Une il y a 200 ans, dans le Paris de Napoléon?
Si, si il y en avait…

Thérésa Tallien était une belle espagnole, devenue à l’époque l’égérie du Tout Paris.
Elle était née Cabarrus (1773-1835) et avait rencontre Tallien en prison.
Qui était ce Monsieur, me direz-vous?
Celui qui, par la suite, a fait tomber Robespierre.
Lorsque la Terreur est passée, Thérésa a donné le ton d’une époque légère.
Fini la rigueur: on se dénudait, on se montrait et on perdait beaucoup d’argent au jeu, dans les salons à la mode.

Sensiblement à la même époque, le marquis de Sade (1740-1814) a eu lui aussi son petit succès.
Le « divin marquis » n’était pas fréquentable, avec ses idées politiquement et moralement incorrectes.
Il a donc fini par être arrêté en 1801 sur ordre de Bonaparte.
Conduit en prison, il y est resté jusqu’à sa mort.
On a pourtant continué à parler de lui.
Pourquoi?
Parce qu’à l’asile d’aliénés de Charenton où il était interné avec sa maîtresse, il a fait jouer des pièces devant un public trié sur le volet.
Monsieur le Marquis ne se morfondait pas…

Avez-vous déjà entendu parler de Monsieur Benji?
Homme politique et auteur (1767-1830), il a été longtemps l’amant de Mme de Staël, femme de lettres raffinées et très populaire.
Comme la fidélité n’était pas la principale qualité de Benji, il a multiplié les liaisons avec des célébrités, parmi lesquelles Mme de Récamier.
Heureux en amour, malheureux dans sa profession puisque l’Académie française a rejeté sa candidature par deux fois.

Pauvre Bonaparte…
Il en avait du mal à gérer cette société ardente où même un acteur, François-Joseph Talma, star adulée (1763-1826) se faisait remarquer en frappant un critique le 9 décembre 1812 après la représentation des « Fureurs d’Oreste ».
Comme si Napoléon n’avait pas autre chose à faire que de se fatiguer à écouter ces frasques mondaines…
Il n’a pourtant pas été épargné, au sein même de sa propre famille.
Pauline Bonaparte, sa belle petite soeur (1780-1825) avait elle aussi une répétition de légèreté qui ravissait les chroniqueurs de l’époque… et les membres de la Cour de l’Empereur.
Elle aussi collectionnait les conquêtes…
Résolument femme de coeur, elle a été l’une de celles qui, fidèle, ont rendu visite à Napoléon lorsqu’il a été exilé sur l’île d’Elbe.

La presse a toujours pu puiser dans le vivier mondain pour remplir ses colonnes de nouvelles croustillantes…

Martine Bernier

Les cheminées des fées

8 octobre, 2011

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Il fut un temps, nous disent les légendes, où les fées et les Humains vivaient en bonne entente.
Les fées avaient leur Reine, les Humains leur Roi.
La reine eut une fille et le roi un fils qui, comme de bien entendu, s’éprirent l’un de l’autre.
Mais au moment d’approuver l’idée du mariage les humains se demandèrent ce que risquait de devenir leur sang s’il était mélangé à celui des fées.
Ils refusèrent l’union.
Dans un grand bruissement d’ailes, les fées s’envolèrent et disparurent.
Mais elles vivent toujours, dit-on, dans les Cheminées de Fées.
Ou chez les Demoiselles Coiffées.
Ces lieux magiques existent un peu partout à travers le monde.
Y compris en Suisse et en France.
Les plus belles de ces cheminées sont en Cappadoce, en Turquie.
C’est l’érosion qui est responsable de ces petits chef-d’oeuvre.

Vous connaissiez?

Martine Bernier

Evoluez… vers le haut!

7 octobre, 2011

Je reçois beaucoup de courrier et de réactions, sur Ecriplume ou à propos d’Ecriplume.
Lorsque les messages sont personnels et assortis d’une adresse e-mail, je réponds toujours.
Cette fois, le courrier que j’ai reçu ne me permettait pas de le faire.
Un oubli, sans doute, car ce message, signé Romain, était un véritable appel.
Je prends donc la voie du blog pour y répondre.
Romain a 22 ans, vit en banlieue parisienne et m’explique son désespoir de ne pas trouver de travail, son impression de voir sa vie se terminer avant d’avoir commencé.
J’ai été très touchée par ses mots…
Je ne pensais jamais parler un jour de ce que je vais parler, mais je crois qu’il est positif de le faire.
Pour tous les Romain qui pourraient en avoir besoin.

Je me suis mariée très jeune, juste après avoir quitté mon pays d’origine.
Je savais que ce mariage était une erreur.
Mais je n’avais pas d’autres choix.
Je voulais rebâtir sur les cendres de ma famille dévastée.
J’étais arrivée en Suisse en catastrophe et j’avais pris le premier travail venu.
Dans un hôtel, je jouais le rôle de Cendrillon.
Il était donc normal que personne ne me connaisse pour ce que j’étais vraiment.
Lorsque mes enfants sont nés, j’ai décidé d’accepter de « faire des heures de ménages » pour pouvoir leur offrir des extras.
Et c’est ainsi que j’ai rencontré quelqu’un qui a transformé ma vie.

Je détestais cette activité pour laquelle je n’étais absolument pas faite.
Mais j’avais la chance de me rendre chez un couple d’instituteurs qui possédaient une maison magnifique.
Lui, était plus âgé que son épouse.
J’avais à peine 22 ans, il devait avoir la cinquantaine.
Il avait congé le jour où je venais chez eux.
Passionné de jazz, fumant cigarette sur cigarette, il lisait ou bricolait pendant que je m’occupais de sa maison, puis nous ménageait une pause-café au cours de laquelle nous parlions beaucoup.
Il me racontait sa vie, me questionnait sur la mienne, me faisait découvrir le jazz contemporain.
Je l’appelait Monsieur, et il tempêtait pour que je l’appelle par son prénom.
Il était rebelle et nonchalant, avait un franc-parler que j’adorais, un esprit contestataire, un coeur d’or.
Un soir, un ami a organisé mon premier concert public suisse.
J’ai interprété mes chansons, à la guitare.
Une soirée incroyable, qui n’en finissait pas…
Il y avait du monde, beaucoup de monde.
Les personnes présentes ne voulaient pas me laisser quitter la scène.

La semaine suivante, Monsieur S. m’a raccompagnée chez moi en voiture après que j’aie fait le ménage dans sa maison.
Il s’est arrêté une cinquantaine de mètres avant ma destination, a coupé le moteur et a dit:
- Bon, on va parler! Quand allez-vous vous décider à arrêter de faire l’andouille?
- Pardon??
- Je le savais déjà, mais j’en ai eu la confirmation lors de votre concert. Vous n’êtes pas faite pour nettoyez chez les autres! Vous avez épousé un homme qui ne vous convient pas du tout. Et ne protestez pas, je le sais: je l’ai eu parmi mes élèves, je le connais bien! Il faut que vous réagissiez. Vous évoluez vers le bas, en-dessous de ce que vous êtes. Il faut que, au dernier jour de votre vie, vous soyez fière et heureuse d’avoir accompli ce que vous avez accompli.
- J’ai des enfants, et…
- Et alors?? Vous comptez faire carrière dans la maternité? Vous n’êtes pas une poule pondeuse!
- Quel travail voulez-vous que je trouve???
- Si vous vous entêtez à montrer aux autres un visage qui n’est pas le vôtre, vous ne vous en sortirez pas. Il faut qu’ils sachent que vous écrivez, que vous êtes cultivée! Il y a des choix à faire dans la vie. Moi, à votre âge, je rêvais de faire le tour du monde sur mon bateau. Mais les enfants sont arrivés et je suis resté à quai. Nous avons acheté la maison. J’ai été heureux, bien sûr, mais j’ai toujours regretté de ne pas avoir réalisé mon rêve. Maintenant, c’est trop tard. Vous, je sais bien que vous n’avez plus de parents depuis longtemps et que personne n’est là pour vous aider. Vous vous débrouillez comme un bon petit soldat, vous avez pris votre vie en mains. C’est vraiment bien, mais là, vous vous trompez de chemin. Bifurquez!
- Facile à dire!
Il m’a secouée pendant une bonne demi-heure, terminant par:
- Et ne dites pas à ma femme que je vous ai parlé, elle m’en voudrait à mort! Elle n’a pas envie de vous perdre!

Après l’avoir quitté, j’ai réfléchi.
La semaine, suivante, je lui présentais ma démission.
Il avait raison. Je voulais que mes enfants soient un jour fiers de moi.
Je voulais pouvoir l’être, moi aussi.
J’ai prospecté autour de moi et accepté le poste bénévole de secrétaire de la Commission culturelle locale.
La suite a été longue et parfois très dure.
C’est moi qui, entre autres tâches, présentait les artistes et les spectacles dans des communiqués présentés à la presse.
Un journal local a aimé ma plume et m’a engagée comme pigiste, puis un deuxième.
Et enfin un grand journal romand.
A chaque fois, ce sont eux qui sont venus me chercher.
J’ai énormément travaillé, beaucoup étudié tout ce qui m’intéressait.
Ma vie sentimentale s’est modifiée, et j’ai vécu avec un homme bon, stimulant, intelligent et loyal qui m’a permis de réaliser mes projets, comme j’ai ensuite pu l’aider à réaliser les siens.
J’ai repris le chemin de l’Ecole de Journalisme, ai passé mon diplôme, et ma vie a totalement changé.

Le chemin du bénévolat est souvent inexploré, et c’est un tort.
Il permet de se créer un réseau social, d’apprendre une foule de choses, de s’enrichir du savoir et de l’expérience des autres, de faire ses preuves.
Et, par la suite, avec un peu de chance, de voir quelqu’un vous proposer des pistes d’évolution.

J’ai revu Monsieur S. bien plus tard.
Il était en chimio, portait un bonnet pour cacher sa calvitie.
- La cigarette m’a eu. Je savais que ça arriverait. Vous savez, je lis tous vos articles. Je suis content, vous avez réussi…
- Et vous m’y avez aidée…

Je pense parfois à ses mots.
Ne pas désespérer, évoluer vers le haut, toujours vers le haut…
Romain, tout est possible.
Essayez le bénévolat.
Il vous enrichira d’une façon ou d’une autre, vous fera connaître,et vous permettra de ne pas perdre courage.
Et qui sait, peut-être vous ouvrira-t-il des portes, à vous aussi.

Martine Bernier

Les femmes des marais

6 octobre, 2011

En 1858, dans son livre « Légendes rustiques », George Sand écrivait ceci:

« Il n’est point de mare ou de fontaine qui ne soit hantée, soit par les lavandières de nuit, soit par d’autres esprits plus ou moins fâcheux ».

Dans ce recueil, elle racontait des histoires de feux follets, de farfadets et autres lutins vivant en eau trouble.
Des légendes qu’elle puisait dans la tradition et les croyances populaires du Berry de sa grand-mère.
Elle décrivait les femmes fantômes qui s’envolent de mare en mare et d’étang en étang, se nourrissant de brouillard.
Les lavandières, elles, hantent les eaux stagnantes, de nuit.
Tous ceux qui s’en approchent finissent essorés comme de vulgaires chiffons!
Pour Georges Sand, il s’agissait des âmes des mères infanticides.

Visiblement, elle aimait son sujet, se plaisait à le détailler.
Il a pourtant bien fallu qu’elle détrompe ses lecteurs…
Elle a donc expliqué que le bruit de battoir qui fait si peur est émis par une simple grenouille.
Ajoutant:  » Mais c’est bien triste d’avoir fait cette puérile découverte et de ne plus pouvoir espérer l’apparition des terribles sorcières, tordant leurs haillons immondes dans la brume des nuits de novembre, à la pâle clarté d’un croissant blafard reflété par les eaux. »

Il n’y a plus grand monde pour lire George Sand.
La grâce de son écriture s’est couverte de poussière.
C’est bien dommage…

Martine Bernier

Apple store: On vous vend l’appareil, mais pas le fil

5 octobre, 2011

En temps normal, lorsque je m’adresse à Apple store pour commander un ordinateur ou un engin du même acabit, je suis satisfaite.
Cette fois, ce que j’ai vécu là est ubuesque… et assez représentatif de notre étrange civilisation.
Je vous livre l’expérience qui, au final, me fait plutôt rire…
Jaune, mais rire quand même.

Il était urgent que je rachète une imprimante après le décès prématuré de la précédente.
Mon réflexe habituel a donc été de me connecter sur Internet, sur le site de l’entreprise à la pomme, et de choisir un engin que je ne voulais pas inutilement performant vu l’utilité que j’en ai.
Commande passée pour une HP… et arrivée dans les trois jours.
Parfait!
J’ai l’habitude d’installer moi-même tout ce qui est matériel électronique.
J’ai donc déballé l’élégante bête noire, l’ai branchée, et l’ai configurée pour fonctionner en wi-fi.
Un léger souci m’a cependant convaincue qu’il serait plus pratique pour l’instant de la brancher par câble USB à Max II, mon ordinateur.
Oui, je sais, je donne des noms à mes ordinateurs.
Après tout, c’est avec eux que je passe le plus clair de mon temps.

Je cherche, cherche… et ne trouve pas le câble, pourtant annoncé dans la panoplie contenue dans la boîte.
Ce matin, à la première heure, je téléphone donc au service après-vente d’Apple store où un monsieur charmant à l’accent canadien me répond.

- Bonjour, Monsieur. Voici mon souci: j’ai reçu hier l’imprimante que j’ai commandé chez vous et…
- Il s’agit bien du modèle HP XXXXXXXXX ?
- Oui. Donc je l’ai reçue et je souhaiterais la brancher à mon ordinateur, mais le câble USB n’a pas été joint à la boîte.

La voix, très lointaine, me répond, un peu embarrassée:
- Heu… Oui, désormais, les appareils sont fournis sans les câbles.
- Pardon?
- Oui, il vous faut juste aller dans n’importe quel magasin pour en acheter un. Ce sont des câbles standard.
- Donc, on achète à présent des appareils qui ne sont pas fait pour fonctionner immédiatement? Je sais bien que ce n’est absolument pas votre faute, mais c’est bizarre, vous ne trouvez pas? D’autant que, sur le document joint à l’envoi, il est indiqué que le fameux câble se trouve bien dans le paquet.
- Ce que je peux faire, c’est déduire le prix du câble à votre facture…
- Merci, c’est gentil. Est-ce que, par la même occasion, je pourrais vous commander ce câble pour que vous puissiez me l’envoyer?
- Oui, bien sûr! Je vois avec mon collègue et je reviens!

Musique. Deux minutes plus tard, il revient.

- Vous êtes là, Madame?
- Oui, oui.
- Merci d’avoir patienté. Je suis désolé mais je vous ai donné une fausse information.
- Le câble devait être dans la boîte et vous me l’envoyez?
- Heu… non. Mon collègue me dit qu’il n’est pas possible de vous envoyer le matériel. Il va falloir que vous alliez dans n’importe quel magasin vendant du matériel électronique. Ou alors que vous utilisiez le fil de votre ancienne imprimante si vous l’avez toujours.

L’imprimante mourante est à Poligny… il va falloir rapatrier le câble. Pas d’impression avant vendredi soir, donc.

- Bon. Je vous laisse donc déduire son prix de la facture.
- Je vous envoie une confirmation tout de suite, par mail.
- Je peux encore vous poser une question?
- Oui, bien sûr!
- Où êtes-vous?

Là, apparemment étonné de voir que la conversation prenait un tour plus humain, mon interlocuteur a joyeusement répondu:
- Je suis à Berlin. Mais c’est sans doute mon accent qui vous a mis le doute? J’ai passé 15 ans au Canada!
- Oui, vous avez un joli accent, c’est très agréable de l’entendre dès le matin.

Nous nous sommes quittés en très bons termes, lui content de voir que je ne l’avais pas étripé, et moi intriguée par son accent canadien poudré d’un zeste de Méditerranée.
Quelques minutes plus tard, je recevais le message promis, signé… Mohammed.

Donc, récapitulons:

- Si vous achetez une imprimante, désormais, n’espérez pas pouvoir la brancher tout de suite: il n’est pas prévu qu’elle marche sans votre intervention radicale.
- Si vous appelez le service après-vente d’Apple, vous serez toujours accueillis par des interlocuteurs et trices charmants et serviables, très représentatifs de notre monde cosmopolite où les gens bougent de plus en plus et vivent loin de leurs racines par choix ou par nécessité.

Un aperçu du fonctionnement de notre monde et de ses incohérences en une anecdote.

Martine Bernier

L’automariage de Désirée. Et toc!

4 octobre, 2011

Elle s’appelle Désirée et est afro-américaine.
Elle est tombée sur l’un de ces hommes irresponsables qui n’ont pas de parole.
Son « fiancé » l’ayant quittée juste avant la cérémonie du mariage, Désirée a réagi comme personne ne l’avait fait avant elle.
Elle s’est mariée… avec elle-même, plutôt que d’annuler la cérémonie.
L’une de ses amies, Rachel Kramer Bussel, a apporté son témoignage sur cet étrange mariage sur le site The Frisky.
Selon elle, Désirée a voulu sortir du modèle imposé par la société: le couple.
Elle a donné un grand coup de pied dans la pression sociale, a écrit des voeux à sa propre intention, et a demandé à son cousin de célébrer le mariage à New-York.
L’un de ces voeux hors normes a, paraît-il, été le suivant:  » Je vais faire de mon bonheur une priorité et me pardonner quand je ne suis pas parfaite. »
Entourée de ses proches, Désirée s’est donc mariée à sa façon.
Elle a déclaré à The Frisky:
« Je ressentais le besoin de faire de ce jour un jour pour moi et en faire quelque chose de positif, plutôt que de broyer du noir à la maison en me demandant pourquoi mon mariage n’avait pas lieu. Je ne voulais pas me concentrer sur ce que j’avais perdu mais plutôt sur ce que j’avais gagné ». Ce mariage paraît donc sain. « A la fin d’une relation, il est habituel de se sentir vidé ou sonné. Je voulais passer du temps avec moi plutôt que d’essayer de m’embarquer dans une nouvelle relation en guise d’automédication. Bien que cela peut être effrayant et désagréable, c’est bon d’être seule ».

C’est en tout cas mieux que d’être mal accompagnée.

Martine Bernier

Sa façon

3 octobre, 2011

Cette semaine est à nouveau un peu angoissante pour moi.
Ce lundi en fin d’après-midi et vendredi, sensiblement aux mêmes heures, je dois retrouver les spécialistes qui « me suivent ».
Découvrir avec eux si la situation ne s’est pas dégradée, voir si les traitements ont eu un effet ou s’il faut tout revoir à zéro, réajuster, recommencer.
Ce ne sont pas des moments agréables à passer.

Est-ce parce qu’Il sait que j’ai pas mal d’appréhensions que Celui qui m’accompagne m’a offert un week-end particulièrement doux?
A sa façon…
Sa façon est celle d’un homme qui, l’air de ne pas y toucher, écoute la moindre de mes envies et les réalise, dans la mesure du possible.
En deux jours, l’appartement a eu droit à des améliorations le rendant encore plus confortable, plus douillet.
Ses meubles arrivent peu à peu, chaque week-end.
Il laisse toujours un peu plus de lui dans le nid que, bientôt, il ne quittera plus.
Ce que j’appelle pompeusement « nos Jardins Suspendus » ont pris leur visage d’automne, avec des fleurs nouvelles, des couleurs différentes, une harmonie douce.
A tous les niveaux, nous vivons dans cet environnement de verdure qui m’a tellement manqué lorsque j’étais enfant.

Lorsqu’arrive le dimanche soir et que nous savons qu’il partira dans la nuit, nous aimons parler, évoquer nos projets.
C’est l’instant où la semaine s’apprête à basculer en mode « séparation forcée », « cavaliers seuls ».

Mais, même lorsqu’il est loin d’ici, il arrive à semer des graines de soleil.
Des cartes découvertes au milieu du courrier, un appel juste avant que je ne vive les événements les plus marquants, et ses attentions d’homme prévenant qui ne me laissera jamais sans avoir assuré le confort de la semaine.
Tous les hommes ne se ressemblent pas…

Une demi-heure avant mon rendez-vous, il fait une apparition sur Skype.
Juste pour me dire qu’il est là.
C’est Eric qui prend le relais, fidèle ange gardien.
C’est lui aussi qui recueille mes premières impressions après l’examen.
Mitigées.

Je rentre fatiguée.
Celui qui m’accompagne ne tarde pas à me rejoindre et à me parler.
Il est là.
A sa façon…

Martine Bernier

Mais d’où vient l’arobase?? Du Moyen Age!

2 octobre, 2011

Beaucoup d’entre nous ont découvert le signe @ avec l’arrivée des adresses électroniques.
De là à penser que le signe en question a été créé à l’ère de l’informatique, il n’y a qu’un pas.
Et pourtant, non!
L’arobase aurait été inventé par les scribes dans les monastères occidentaux.
Si!
C’est le linguiste Berthold Louis Ullman qui nous fournit cette hypothèse, nous expliquant que l’origine du @ remonterait au VIe siècle.
Il proviendrait de la contraction du ad latin (signifiant « à » ou « vers »).
Pour gagner du temps, les moines copistes auraient enroulé le d autour du a.
Le signe a fait son petit bonhomme de chemin, a été souvent oublié, pour renaître au XIXe siècle, aux Etats-Unis.
C’est là qu’il est devenu notre « at » ou « à »…
Amusant, non?

Martine Bernier

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