Archive pour la catégorie 'Arts'

Un Giacometti vendu 74,2 millions d’euros..

4 février, 2010

C’est un record absolu: il n’était jamais arrivé qu’une oeuvre d’art soit vendue aussi cher lors d’une vente publique…
« L’Homme qui marche », très célèbre sculpture en bronze d’Alberto Giacometti, a été vendu 74,2 millions d’euros (soit 656 millions de livres) hier, à Londres, chez Sotheby’s.
L’affaire a été conclue par téléphone en huit minutes par un mystérieux acquéreur.
La sculpture a été vendue trois fois plus que son prix estimé puisque la mise à prix devait avoir lieu entre 12 et 18 millions de livres, pensait-on.

Cela faisait plus de vingt ans qu’aucun des personnages longilignes en mouvement de Giacometti, faisant partie de la collection de la banque allemande Commerzbank, n’avait été mis en vente.

Cette transaction a pulvérisé le précédent record détenu par un tableau de Picasso, le « Garçon à la pipe », qui, en 2004, avait été attribué pour la somme de 66,4 millions d’euros, à New-York.

Je ne peux m’empêcher de penser à Lui qui, à Paris, me demandait à combien étaient estimées les oeuvres de Monet ou de Signac.
Je me suis documentée… et j’ai trouvé.
En 2007, plusieurs toiles de Monet se sont retrouvées sur le marché, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps.
Lorsque ce genre d’événement intervient, c’est l’occasion rêvée de mesurer la cote d’amour du peintre.
L’impressionniste aurait été satisfait. En quelques jours, « Les arceaux de roses, Giverny » (1913) ont été vendus 8 millions de livres.

« Waterloo bridge, temps couvert » (1901) a triplé son estimation de départ, pour être attribué à 17,9 millions de livres sterling (26,5 millions d’euros).
Quelques jours plus tard, Sotheby’s, proposait à la vente un Nymphéas qui n’avait pas été montré au public depuis 1936.
Il est parti pour la coquette somme de 18,5 millions de livres. Soit 27,4 millions d’euros.
Je n’ai malheureusement rien trouvé concernant les tableaux aériens de Signac.
Mais je le crains: ce n’est pas demain que j’aurai autre chose qu’une reproduction dans mon bureau…

Martine Bernier

Etrusques, un art si tendre…

21 janvier, 2010

images5.jpeg

Au Louvre, j’ai eu le bonheur de revoir l’art Etrusque pour lequel j’ai un immense faible depuis très, très longtemps.
Cette civilisation mystérieuse m’a toujours fascinée…
Il faut dire que les Etrusques ne nous ont pas livré tous leurs secrets.
Si leur écriture est aisée à lire, on n’a pu interpréter jusqu’à présent qu’une centaine de mots de leur langue.

Ils seraient arrivés d’Asie Mineure vers 750, par la mer Tyrrhénienne…
Dans leur Etrurie composée de villes-états comparables aux cités grecques, chaque ville était dirigée par un roi, le lucumon.
Unies par groupe de douze villes formant des ligues marquées par leurs liens religieux, les cités envoyaient des délégués à Volsinies où étaient organisés des fêtes et des jeux sacrés.

Leur organisation était évoluée, mais ce que j’aime le plus dans cette civilisation, c’est la douceur émanant de son art.
Celui-ci a beau avoir subi les influences grecque et orientale, il est animé par une originalité puissante.
Les peintres d’Etrurie nous ont laissé d’authentiques chefs-d’oeuvre, notamment les fresques des tombes de Tarquinies.
Les sculpteurs travaillaient surtout le bronze et la terre cuite. Et les artistes représentaient souvent des sujets funéraires.
Tous excellaient dans l’art du portrait où ils faisaient preuve d’un réalisme saisissant.

Au Louvre, pour la deuxième fois, j’ai pu voir une oeuvre qui me bouleverse: le Sarcophage des époux.
Il provient de Care, une cité célèbre à l’époque pour ses sculptures en argile.
Les statues des défunts y figurent, tendrement enlacés, à demi étendus sur un lit, comme des banqueteurs.
Il y a tant d’amour dans cette oeuvre qu’elle me touche depuis toujours.

Comme me touchent les tombes d’Aragon et d’Elsa…

Ces deux couples ne peuvent plus être séparés.
Le symbole est sublime: certains couples ne doivent pas être séparés.

Martine Bernier

La Sieste de Van Gogh… une histoire répétée

17 janvier, 2010

Je ne conçois pas d’aimer un tableau ou une oeuvre d’art sans apprendre son histoire, ses secrets.

Au musée d’Orsay, mon complice est tombé en arrêt devant une toile de Van Gogh que j’aime beaucoup, moi aussi: « La Sieste ».
images3.jpeg
Comme je n’avais pas envie de le saouler et que je préférais le laisser à cette première impression un peu magique que nous connaissons lorsque nous tombons en amour pour une toile, je n’ai rien dit.
Mais l’histoire de ce tableau est spéciale.

Van Gogh admirait Millet, qui ouvrait pour lui des perspectives lointaines.
Raison pour laquelle il copia pendant toute sa vie les oeuvres de son prédécesseur.
Pour se donner une idée, voici la toile peinte par Millet, sur le même thème…
milletsieste.jpg

Mieux encore: pour peindre sa « Sieste », Van Gogh a pris pour modèle cette autre sieste sur bois gravé de Jacques Adrien Lavieille
lavieille.jpg

Les couleurs somptueuses de l’oeuvre de Van Gogh éclaboussent de lumière la salle du Musée.

Autres merveilles exposées dans cette salle: des toiles peintes lors des derniers mois qu’il a passés à Auvers-sur-Oise.
J’ai toujours été frappée par les tableaux de cette période, différents des autres, réalisés de manière très énergique.
images31.jpeg images4.jpeg

Quand il a peint l’église du village, où le bâtiment paraît presque violacé contre un ciel bleu d’outremer, Van Gogh s’est déclaré satisfait de ses couleurs.
Sa peinture était magnifique, riche, généreuse. Mais il est pauvre, inconnu du public, tourmenté et malheureux.
Même le docteur Gachet, qui le prendra sous sa protection et s’occupera de lui, n’arrivera pas à lui rendre le goût de vivre.
Le 27 juillet 1890, Vincent van Gogh se tire une balle dans la poitrine, dans un champ où il peignait une ultime toile.
Il mourra deux jours plus tard.

Ce n’est qu’après sa mort que, ironie du sort, son travail est devenu connu, aimé, puis adoré du public.
Il a rejoint la cohorte des peintres mal aimés de leur vivant, adulés dans la mort, dont la vie n’a été que douleur, misère et doute.

Martine Bernier

L’âne artiste…

11 janvier, 2010

coucherdesoleilsurladriatiquemillylaforet.jpg

A quelques heures de retrouver le musée d’Orsay et de me replonger dans cette atmosphère qui m’est vitale, je repense à une anecdote que la plupart d’entre nous connaissons, et qui remet bien en place les avis d’experts en matière de peinture.

En 1910, au Salon des Indépendants, qui était déjà une exposition d’art créée en 1884, une toile a été exposée: « Coucher de soleil sur l’Adriatique ».
En consultant le catalogue, les visiteurs pouvaient découvrir qu’elle avait été peinte par JR Boronali, peintre Italien né à Gênes.
Le caractère abstrait du tableau a enthousiasmé les critiques, qui l’ont aussitôt encensé.
Tout Paris s’extasiait devant le talent de l’artiste jusqu’au jour où le journal « Le Matin » a reçu la visite de l’écrivain Roland Dorgelès.
Présentant un constat d’huissier pour confirmer ses dires, il a expliqué que l’auteur de la toile en question s’appelait en réalité « Lolo » et qu’il était… l’âne du patron du cabaret de la Butte Montmartre « Le Lapin Agile ».
Le nom de Boronali était en fait l’anagramme d’Aliboron, nom qu’avait donné Jean de La Fontaine à l’animal dans ses ouvrages.

L’écrivain et deux de ses amis peintre avaient attaché un pinceau à la queue de Lolo…
Ce qui lui a valu de devenir la star du Salon de cette année-là.
Sa toile, vendue à l’époque 400 francs (environ 1250 euros reversés par Dorgelès à l’orphelinat des Arts) existe toujours, et fait partie de la collection permanente exposée à l’espace Paul Bedu à Milly-la-Forêt.
Ajoutons que ce tableau a été également l’une des pièces remarquées de l’exposition « Le faux dans l’Art et dans l’histoire», qui eut lieu au Grand Palais en 1955.
Il a connu une deuxième heure de gloire en 1955 en étant exposé lors de l’exposition des Faux dans l’Histoire de l’Art, à Paris.

Ce canular a fait couler beaucoup d’encre, a sans doute vexé beaucoup de critiques et d’artistes, et a dû en amuser pas mal d’autres.

Mais Dorgelès n’a pas réalisé sa farce sans raison. Il en avait assez de voir exposé tout et n’importe quoi, de voir des critiques et des visiteurs s’extasier devant le travail d’artistes dénués de talent. Son but était de montrer que n’importe qui pouvait exposer au Salon pourvu qu’il place dans un cadre doré une toile recouverte de plusieurs couleurs…. qui trouvera toujours un public pour vanter ses mérites.

Cette anecdote me fait réfléchir depuis très longtemps.
En Art comme en tout, les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Ce qui, clairement, veut dire que, face à une toile abstraite, personne n’est à l’abri de tomber un jour amoureux d’un alliage de couleurs réalisé par un âne…

Je pose ma plume jusqu’à jeudi… A Paris m’attendent Lui, mon travail, des rencontres passionnantes sans doute, et… l’Art.

Martine Bernier

Jumeaux sans l’être…

2 janvier, 2010

Il fallait que cela arrive un jour… et cela va faire les délices des astrologues, voire même devenir un cas de figure.

La nuit de la Saint Sylvestre, en Floride, une femme, Margarita Velasco, a accouché par césarienne, environ dix semaines avant terme.
Elle a mis au monde un petit Marcello juste avant minuit.
Et… le petit frère de ce dernier, Stephano, est né juste… après minuit.

Les deux frères, bel et bien jumeaux, sont nés non seulement sur deux jours différents, mais également… sur deux années et deux décennies distinctes.
Le premier a pour date de naissance le 31-12-2009, et le deuxième le 1-01-2010.
Deux anniversaires différents pour des jumeaux, ce n’est pas banal…
Amusant

Une autre nouvelle l’est nettement moins.
Après le vol d’un tableau de Degas jeudi (« Les Choristes », et non ‘L’Orchestre de l’Opéra » comme annoncé dans un premier temps), un autre larcin a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi, dans une propriété privée du Var (FR).
Une trentaine de tableaux de maîtres ont été dérobés, pour environ un million d’euros.
Il semblerait que, parmi les toiles se trouvaient un Picasso et un Douanier Rousseau.
Et comme je suis décidément de très mauvaise foi, je suis moins peinée par ce vol-ci que par la disparition du petit Degas, bien que j’aime bien le Douanier Rousseau!
Parce que ces tableaux-ci, à moins qu’ils n’aient été prêtés de temps en temps pour des expositions, n’étaient réservés qu’au plaisir personnel d’une élite.
Donc, de toutes façons, ils resteront hors de portée d’yeux de la plèbe dont je fais partie…
Et le juteux trafic des biens culturels continue à s’en donner à coeur joie.

Martine Bernier

Les mystérieux textes du Lézard

1 janvier, 2010

Lorsque j’étais jeune adolescente, aux cours, circulaient parmi nous, sous le manteau: « Les Textes du Lézard ». A ne pas confondre avec « Le Livre du Lézard », ouvrage connu des adeptes de Baden Powell.

Non. Ces textes-ci étaient mystérieux.
Ils étaient quasi philosophiques, d’une profondeur extrême, et parlaient de la vie, la mort, l’amour, la souffrance, l’amitié et tous ces sentiments qui composent l’être humain.
Ce qui était mystérieux, c’est que personne ne savait qui était « Le Lézard ».
Tout ce que nous savions, c’est qu’il s’agissait probablement d’une jeune femme, et qu’elle parlait beaucoup de scoutisme.
Nous, filles de 13 ans absorbées par nos amitiés et nos premiers émois, nous recopions dans des cahiers quadrillés ces textes qui nous touchaient, les lisions, relisions, soulignions les passages plus intenses. Comme nous le faisions avec nos exemplaires usés à force d’avoir été lus du « Petit Prince » et du « Prophète ». Et, pour moi qui aimais déjà beaucoup les livres de ce genre, de « Ainsi parlait Zarathoustra ».

Pendant longtemps, ces textes nous ont accompagnées, ont été au coeur de nos conversations, de nos réflexions adolescentes.
Nous les sortions lorsque nous nous retrouvions, le mercredi après-midi, ou le dimanche, à la « Compagnie ».
Nous étions les « initiées!
Bien sûr, avec le recul, ces mots étaient naïfs, parfois pompeux, maladroits, pleins de bons sentiments.
Mais ils correspondaient à ce que nous ressentions, ce que nous vivions.

Et puis un jour, dans la revue des guides, (scoutes féminines), j’ai lu un encadré.
Il expliquait que, depuis des mois, la rédaction avait décidé de publier des textes qui avaient connu un grand succès auprès des lecteurs.
Et qu’aujourd’hui, elle avait le triste devoir de faire part du décès de son auteure.
Suivait un totem que j’ai oublié, et une courte explication.

Notre Lézard avait 16 ans quand elle a été emportée par une maladie sans pitié.
Elle savait qu’elle allait partir, mais cela n’a pas entamé son envie de transmettre ce qu’elle avait en elle.
Avant de s’en aller, elle nous avait adressé un dernier texte, plus beau encore que tous les autres, publié pour la dernière fois.

Le dimanche suivant, je suis allée à notre rendez-vous.
J’ai dit aux autres que j’avais quelque chose à leur lire.
J’ai sorti le texte et l’entrefilet, et j’en ai fait la lecture.
Quand j’ai eu terminé, il y a eu un long silence.
Certaines pleuraient. Les autres se regardaient, un peu hébétées.
Nous venions de perdre une amie que nous n’avions jamais rencontrée.
Comme j’avais déjà été beaucoup confrontée à la mort, ce qui n’était pas le cas de mes compagnes, elles ont serré les rangs autour de moi.

Je crois que ce dimanche-là, sous le regard de nos aînées qui ne comprenaient pas nos mines graves, nous avons grandi en une fois.

Ce matin, j’ai reçu un mail.
Il était accompagné d’un dessin représentant un Lézard.
Des années plus tard, j’ai repensé à elle.

Martine Bernier

L’événement 2010

26 décembre, 2009

Lorsque vous aimez les arts, vous attendez toujours avec impatience les programmes annonçant, en fin d’année, quelles expositions sont en préparation pour les mois à venir, dans les grandes villes européennes. Je ne fais pas exception. Cette semaine, donc, j’ai feuilleté le précieux document avec une certaine avidité.
Et là… alors que je ne m’y attendais absolument pas, je suis tombée sur ce qui, pour moi, sera l’événement culturel de l’année.

Du 22 septembre 2010 au 24 janvier 2011, 200 oeuvres de Claude Monet seront exposées au Grand Palais, à Paris. La dernière exposition de cette ampleur consacrée à ce merveilleux artiste date de 30 ans. Les nymphéas, les coquelicots, les paysages… la rétrospective  proposera des tableaux s’étendant de 1860 à la fin de la vie de Monet.

A la fin de sa carrière, le maître de Giverny souffrait de cataracte. Ce redoutable handicap a eu des incidences sur le travail du peintre, que l’exposition n’a pas éludées. La rétrospective qui s’ouvrira au public sera passionnante, complète, fouillée. Et reviendra sur la fascination qu’exerçaient sur Monet ces fameux nymphéas qu’il a peints et repeints inlassablement ces nymphéas qui ont fait sa gloire.

Cette perspective me ravit. A ceci près qu’il faut à présent que je sensibilise Celui qui partagera pour la première fois mon travail et mon amour de la peinture à Paris dans 15 jours. S’Il survit à James Ensor, peut-être ai-je une chance de lui faire aimer Monet et ces jardins que j’aime tant…

 

Martine Bernier

James Ensor… un mystificateur

15 décembre, 2009

images.jpeg

Un commentaire demandait hier qui est James Ensor.
Et bien disons qu’il était l’une des personnalités les plus insolites de la peinture…
Accrochez-vous: le récit de sa vie étonne.

Je l’ai découvert très tôt… simplement parce qu’il était belge et que, lorsque j’habitais à Bruxelles, l’une de mes profs, fascinée par l’Histoire de l’Art, m’avait emmenée, un mercredi après-midi, voir une exposition qui lui était consacrée. J’avais eu droit à une visite sur mesures, et j’avais été intriguée par la peinture compliquée de ce drôle de personnage, qui avait pris pour maîtres Bosh, Breugel et Goya. Il était né le 13 avril 1860 à Ostende et y est mort en 1949. Polémiste agressif à ses heures, il a été beaucoup critiqué, en a agacé plus d’un. Et pourtant, il est devenu très prisé à la fin de sa vie, en Belgique, recevant respect et multiples hommages pour sa carrière solitaire.

Mais comment le définir?
Je crois, que James Ensor… captivait James Ensor, tout simplement.
Il fallait que ce soit le cas pour se consacrer 112 autoportraits!
Difficile d’être plus narcissique…
Et malgré cela, il reste insaisissable. Pourquoi? Parce que ces portraits le représentent à chaque fois dans des états très différents: poseur dandy élégant au milieu d’une foule burlesque,  bourgeois respectable affublé d’un chapeau féminin fleuri, et nettement pire encore.
Ses scènes de carnaval traduisaient bien ce qu’il était vraiment: un homme qui brouillait les pistes.

Techniquement, il faisait vibrer la lumière, jouait avec les couleurs, créait des univers surréalistes peuplés de monstres et de squelettes, et d’autres saisissant de finesse. J’ai pour ma part un faible pour « Ensor à l’harmonium ». Sa peinture a été violente pendant des années avant de se calmer et, disent les spécialistes, de « tiédir » sur la fin.

Il ne fait pas partie des peintres qui me bouleversent, non. Sa peinture n’est pas imprégnée de sentiments qui peuvent émouvoir. Troubler, plutôt.
Ce qui m’intrigue en lui, c’est que cet homme s’est caché toute sa vie, a tenté de donner une image qui n’était pas la sienne.
Ironique, il s’est caricaturé, a joué avec les allégories, les références décalées,  a créé le graffiti, s’est montré cruel dans ses oeuvres, puis est devenu un homme acceptant de bonne grâce les honneurs tout en élaborant son propre mythe.
Une anecdote campe bien le personnage piquant qu’il était.
Un jour de 1942, une radio annonce par erreur son décès.
Comment a-t-il réagi? En allant se recueillir pieusement devant sa propre statue.

Aller voir l’exposition d’Ensor au Musée d’Orsay (elle s’y tient jusqu’au 4 février 2010, si cela vous tente), est une occasion de se plonger dans un univers où il est difficile de se repérer.
Mais quel univers…

Martine Bernier

Musée invisible… et art naturel

5 décembre, 2009

Certaines journées réservent des surprises inattendues. Comme celle d’aujourd’hui. Ce matin, Eric, qui souhaitait découvrir  le magasin de pierres dont j’ai parlé voici quelques jours, est donc venu me chercher. Dans cette boutique pas comme les autres, nous avons passé deux heures et demie de rêve. Nous sommes ressortis aves des pierres magnifiques. Pour ma part, notamment, une labradorite, très belle pierre bleue irrisée, ne me quitte désormais plus. Et, comme elle est l’une des pierres guérisseuses les plus puissantes, je connais un enfant qui en recevra bientôt une, lui aussi!

Et puis… j’ai découvert que certains minéraux sont de véritables oeuvres d’art naturelles. L’obsidienne flocons de neige, noire et  couverte de petites taches blanches régulières, ressemble à une minuscule estampe japonaise. Les Crazy Lace, elles,  sont des agathes fascinantes. Chacune a la particularité de représenter un paysage d’une délicatesse infinie, dans une multitude de variétés de teintes. Ces dessins tracés par je ne sais quel mystère sont d’une beauté parfaite… De véritables tableaux.

En sortant du magasin, nous étions sous le charme. Eric a alors voulu me montrer quelque chose. Et je me suis retrouvée devant la vitrine de l’atelier d’un artiste. Le lieu était clos, mais j’ai pu voir, exposée… la reproduction sculptée de la tête d’un bec-en-sabot (voir rubrique « Le plus mystérieux des oiseaux »). Là encore, j’ai été séduite…

Avant de quitter la ville, nous sommes passés dans une librairie. Chacun de nous cherchait un livre bien précis. Je doutais de trouver le mien… Mais, dans la partie du magasin réservée aux livres d’art, j’ai déniché l’objet de toutes mes convoitises: « Le Musée Invisible », de Nathaniel Herzberg.  Ce musée invisible est sans doute le plus grand du monde… mais personne ne verra jamais plus les oeuvres qui le composent, à moins d’un miracle. Pourquoi? Parce que ce sont des oeuvres volées aux quatre coins du monde. Des Picasso, Rembrandt, Monet, Wahrol, Renoir, Matisse et autres, dérobés, dont les photos ont été réunies dans ce livre passionnant qui a en moi un écho particulier.

Un fait divers m’avait beaucoup marquée en 2008. Le 10 février de cette année là, trois hommes cagoulés et armés sont entrés dans la fondation-collection Bührle, à Zürich (Suisse). Sous la menace de leurs armes, ils ont maintenu personnel et visiteurs en respect, ont décroché quatre toiles les ont placées dans le coffre de leur voiture et ont disparu avant l’arrivée de la police. Depuis, plus personne n’a vu le « Garçon au gilet rouge » de Cézanne,  et « Ludovic Lepic et ses filles », de Degas. En revanche, et c’est ce qui rend l’histoire très étonnante, les deux autres toiles « Champ de coquelicots à Vetheuil » de Monet et « Marronnier en fleurs » de Van Gogh, ont été retrouvés à l’arrière d’une voiture sur le parking d’un hôpital psychiatrique.

Les vols d’oeuvres d’art m’ont toujours troublée. Elles font partie du patrimoine culturel. Ce devrait être inviolable, sacré. Ca ne l’est pas pour ceux qui veulent assouvir un plaisir égoïste de collectionneur ou pour ceux qui nourrissent ce qui est considéré comme la quatrième entreprise criminelle mondiale. Le marché de l’art est juteux. Dommage pour les amateurs qui, comme moi, ont le chagrin de savoir que toutes ces merveilles sont perdues…

Martine Bernier

L’une des plus grandes énigmes est en passe de livrer son secret…

30 novembre, 2009

Dimanche, Ecriplume a franchi le cap des 13’000 visites.
C’est assez sidérant, touchant, réconfortant…
Merci…

Pour franchir ce cap, je vous propose l’une des histoires les plus mystérieuses qui soit. Dont le secret pourrait enfin être révélé dans les mois à venir.

Tout commence au début du 16e siècle. L’un des hommes les plus puissants de Florence, Pier Soderini commande à Léonard de Vinci une oeuvre gigantesque de 17 mètres sur 7.
Elle devra rendre hommage à la République qui vient de faire fuir les Médicis, et sera placée dans le Palazzo Vecchio, palais du gouvernement, dans la salle du Conseil appelée « La Salle des Cinq-Cents » en référence au nombre d’élus qui y siègent.

En 1503, donc, le grand Léonard signe le contrat. Et il commence à préparer le carton de sa fresque.Carton dont on a aujourd’hui perdu la trace.
Il y travaillera pendant un an avec cinq de ses assistants.
Soderini s’impatiente. Il trouve que de Vinci met vraiment trop de temps à réaliser son oeuvre.
Mais ce dernier doit faire face à deux gros problèmes techniques: l’enduit humide l’oblige à peindre le plus vite possible avant que la couche supérieur ne sèche. De plus, seuls quelques pigments minéraux sont compatibles avec les enduits de cette époque. Or, Léonard désire utiliser toute la gamme de couleurs de sa palette… Il expérimente donc pour la première fois la cire d’abeille ainsi que de la résine grecque. Mais même ainsi, les couleurs ne sèchent pas. Vers les plafonds, elles coulent et se diluent. Et lorsqu’il fait trop chaud, la cire fond.
Un crève-coeur artistique pour le génie qui, usé par les intrigues de la Cour de Florence, décide de quitter la ville pour partir à Milan, puis en France.
Il abandonne sa fresque appelée « La bataille d’Anghiari ».
Celle-ci n’est pas aussi grande qu’elle devait l’être à l’origine, mais elle est considérée comme un chef-d’oeuvre par tous ceux qui l’ont vue à l’époque.

Je dis bien « à l’époque »… car depuis, elle a disparu.
Si des copistes nous permettent d’avoir une vague idée de ce que fut l’oeuvre en question, son destin a fait d’elle un mystère.
A Florence, les choses se gâtent pour Soderini qui doit abandonner la ville. Les Médicis reviennent en force et reprennent le pouvoir.
Et la salle des Cinq-Cents est transformée en écurie, après que l’oeuvre du peintre ait été recouverte d’un coffrage de bois.

Plusieurs années plus tard, Côme Ier, duc de Florence et grand-duc de Toscane, s’installe à son tour au palais.
Il rend à la salle son faste premier et commande six fresques au peintre et architecte Giorgio Vasari, à la gloire, cette fois, des Médicis.
Et c’est là que le mystère commence.
Personne ne sait ce qu’a fait Vasari. A-t-il sacrifié l’oeuvre de Léonard de Vinci? Ou l’a-t-il dissimulée?
Les spécialistes actuels relèvent que, par le passé, Vasari avait déjà dû remplacer une fresque peinte par Masaccio. Mais il ne l’avait pas détruite: il avait construit un mur devant elle pour la préserver…

Des indices prouvent qu’il était un admirateur du grand Léonard.
Et, en face du mur où avait été peinte « La bataille d’Anghiari », il a réalisé lui-même une autre fresque épique, comme cela lui a été demandé.
Fresque sur laquelle se trouvent deux mots énigmatiques tracés sur la bannière d’un soldat: « Cerca Trova ».
« Cherche et trouve »…

Est-ce un message laissé aux générations futures pour indiquer qu’il existe une piste pour retrouver l’oeuvre perdue du Maître?
Pendant des siècles, personne ne s’en est préoccupé. Jusqu’en 1975 où un vieux professeur d’Histoire de l’Art a rencontré un jeune ingénieur médical, Maurizio Seracini.
Il lui a demandé de faire des recherches et de prouver que la fresque de Léonard de Vinci existe toujours.
Cette quête est devenue primordiale pour l’ingénieur.
Il a utilisé toutes ses compétences, toutes les machines possibles et imaginables pour analyser, étudier, scanner et passer au crible des technologies les plus affûtées ce mur porteur du secret.
Il a encore fallu patienter 35 ans pour qu’il reçoive toutes les autorisations nécessaires et les fonds permettant de vérifier si l’hypothèse émise est crédible.

Aujourd’hui, il est à pied d’oeuvre.
Le 16 octobre dernier, le maire de Florence l’a autorisé à tenter une dernière phase exploratoire. « Un bombardement de neutrons et de rayons gamma permettra d’identifier les substances organiques et chimiques qui se trouvent derrière le mur de la salle des Cinq-Cents ».
A partir de ces résultats, une carte chimique sera dressée. Et l’énigme du mur sera enfin révélée…

Avec toute la délicatesse et la rigueur exigée pour une tâche aussi osée (le site est quasi sacré, au même titre que Versailles, à Florence), Seracini va travailler. Il lui faudra encore entre un et deux ans de recherche pour atteindre son but.
Et tout le monde rêve de l’instant où, lorsque la peinture de Vasari aura été soigneusement ôtée et que l’on aura retiré un bout du mur Est de la salle, le rayon d’une lampe torche éclairera peut-être une oeuvre inconnue du plus grand Maître de la Renaissance.
Pour le monde, ce serait une découverte inestimable.
Un « de Vinci » ramené à la lumière pour la première fois depuis des siècles.

A moins que tout cela n’ait été qu’un faux espoir…

Martine Bernier

1...8910111213