Archive pour la catégorie 'Decouverte'

Les nouveaux mots du Larousse 2010

21 juin, 2009

Le français est une langue vivante. La preuve? Chaque année, les dictionnaires s’enrichissent de nouveaux mots. Ils sont 150, cette année.
Cela m’amuse toujours de faire connaissance avec ces derniers, qui ont fait leurs preuves au point d’être désormais reconnus officiellement.
Il est assez fascinant de se dire qu’ils ont gagné leurs lettres de noblesse en s’imposant d’abord dans le langage parlé, dans la rue… qu’ils ont dû en agacer plus d’un qui ont, en les entendant, peut-être protesté de voir utiliser des termes « qui n’existent pas ».

Vous êtes curieux de savoir quels sont ceux de cette année? En voici quelques-uns.

Environ 20 à 25 % des nouveaux mots nous viennent du français parlé dans la francophonie et les régions de France:

- Grader, tout-ménage, traclet viennent de Suisse
- Autogoal, bisseur, se racrapoter sont utilisés en Belgique
- Epeurer, fruitages, loup-marin sont québécois ; mbalax, promotionnaire, véhiculé viennent d’Afrique.
- Artison, bachat, coursière, restanque etc, sont issus de régions françaises.
- Saucette vient de Québec

Et puis, il y a les mots qui sont arrivés sur nos lèvres après s’être imposés comme « mots familiers » : hype, insortable, relookage, touillette, bien-pensance, écoparticipation, flexisécurité, interconfessionnel, luminothérapie, spintronique, téléassistance, adulescent, burn-out et surbooké (les maux du siècle…), biopic, buzz,caster, clubbeur, déchohabiter, fantasy, geek, pipolisation ou… pschitt (avec deux t, pas trois, s’il vous plaît!).
Beaucoup de ces mots ne sont évidemment pas encore reconnus par nos correcteurs orthographiques automatiques. Ce qui, à chaque fois, provoque des soulignements sauvages et rageurs dans nos textes. Eux comme nous vont devoir les apprendre, découvrir leur signification et leur orthographe, histoire de ne pas passer pour des ânes.

Parmi ces mots joyeux de rentrer dans le dico, il en est un qui me fait mal, mais qui correspond à notre société: enfant-soldat…

D’autres termes, déjà présents dans le dictionnaire 2008, ont été dotés d’un nouveau sens: alias, autisme, bélier, bisser, bistrotier, border, caméléon, captation, 1. chou, conventionné, courage, croquant, déjeté, élite, épigenèse, essorer, événement, 2. féminin, fiduciaire, haletant, hyperactif, inuit, minceur, monter, mousser, mutualiser, objectivisme, poing, recentrer, reine, réitération, requête, roi, roulage, sans-fil, test, toutou, traduction, transfrontalier.

Des locutions font également leur entrée, comme : agression sexuelle, appellation d’origine protégée, barrière des espèces, carnet de voyage, carte physique d’un génome, fièvre catarrhale, film choral, c’est chou vert et vert chou, cœur de cible, dans les clous, hors des clous, comparution immédiate, contrôle technique, crime d’honneur, démarreur à distance, diapause embryonnaire, électronique de spin, énergie noire ou sombre, étiquette électronique, exhibition sexuelle, grenailles errantes, à la marge, médiation pénale, mettre en musique, police technique et scientifique, réparation pénale, rhume de hanche, collecte sélective, spectacle vivant, vin de glace, zone bâtie continue ou « être au taquet », expression très appréciée de Christophe Willem.

Et puis, il y a l’autre partie du Larousse, celle d’après les pages roses, la partie « Noms Propres » permettant à des personnalités d’avoir accès à la postérité. Parmi elles, Laure Manaudou, Marion Cotillard
Brad Pitt ou Karl Lagerfeld. Bel hommage…

Le français est une langue vivante. Le jour où le dictionnaire fermera ses portes au renouveau, nous suivrons le chemin du grec ancien et des langues qui se sont endormies. Bienvenue, donc, aux adulescents surbookés vivant dans un monde de fantasy marqué par la pipolisation outrancière et la financiarisation…

Martine Bernier

L’île d’Yeu et Cati

15 mai, 2009

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Hier matin, donc, Alain, Scotty et moi avons pris le bateau pour l’île d’Yeu, à Fromentine.
Non, je ne vous raconterai pas les mésaventures de Scotty: elle a eu une telle frousse de cette expérience qu’elle ne s’est pas comportée de manière très digne au départ. A sa décharge, disons qu’elle s’est bien reprise au retour…

Sur le quai de l’île nous attendait Cati Paturel, une copine suissesse avec laquelle j’ai vécu une belle aventure, voici quelques années.
Cati est peintre. De nature fière et libre, elle est belle et courageuse. J’ai pour elle une tendresse particulière et un respect total pour l’énergie et la volonté qu’elle met à vivre de son art, à vivre comme elle le désire. Lorsque j’ai écrit mon premier livre, consacré à une série de portraits de personnes qui m’avaient touchée, je lui ai demandé si elle acceptait de faire partie de l’aventure. Elle, si pudique, a accepté. Une vieille histoire…
L’Ile d’Yeu, Cati l’aime si fort qu’elle est partie s’y installer une année et, depuis son retour en Suisse, y repasse chaque année quelques jours.

Voici deux semaines, elle m’a téléphoné pour me dire que la Municipalité d’Ormont-Dessus lui avait commandé quelque chose à mon intention, pour me remercier de mon investissement à ses côtés à la création du journal local. Et, comme elle arrivait dans l’île, elle se proposait de m’offrir ce cadeau de leur part.

Un petit conciliabule avec Alain a permis de fixer une date. Et hier, donc, nous l’avons retrouvée sur son île…

Pour Alain et moi, nous ne pouvions rêver meilleur guide. Drôle, passionnée, désireuse de nous faire partager son amour du site, elle nous a fait passer une journée parfaite sur ce coin de terre magnifique. Les iris étaient en fleur, les chemins bordés de maisons pimpantes, la mer bleue, le sable pur… L’île est attachante, avec ses multiples visages et son parfum de thym sauvage. Les habitants ont eu l’intelligence de lui conserver son cachet, sans rien de prétentieux, sa côte intacte. Nous nous y sommes sentis bien tout de suite.
Seule une bonne averse de bienvenue nous a rappelé que le temps change vite en mer!

Ca a été une journée de vacances, infiniment agréable. Alain et moi étions très heureux, ravis de nous trouver avec cette femme aussi piquante et drôle. Nous avons eu droit à quelques fous rires monumentaux…
Même Scotty a apprécié sa balade sur ce territoire étrange pour elle…
Difficile d’expliquer combien j’ai été heureuse de cette journée toute douce et belle, si simple. Parce que, depuis quelques jours où Alain a pris sa décision, tout est plus intense, plus beau, plus facile…

En ce moment, je vis dans l’attente de la semaine prochaine et dégustant chaque instant partagé. Parce qu’ils sont les premiers passés en sachant que, dans quatre jours, nous ne nous quitterons plus.
Et moi, je ne savais pas qu’il était possible de se sentir aussi heureuse, aussi apaisée…

Je garde l’image de Cati nous faisant de grands signes depuis la rive, alors que nous étions dans le bateau du retour. Scotty s’est vautrée sur les genoux d’Alain, à regarder par le hublot géant la mer qui nous entourait. En confiance… Un très joli moment. Comme tous ceux que je vis avec lui. Ce matin, nous avons regardé les photos qu’il a prises sur l’île. Si belles…

L’île d’Yeu, allez la voir, et respectez-la.
Et Cati Paturel, cet incroyable bout de femme au caractère bien trempé, si vous la croisez, arrêtez-vous: elle vaut le détour!

Martine Bernier

Aujourd’hui, une île…

14 mai, 2009

Je ne peux pas m’éterniser ce matin. Dans peu de temps, Alain et moi allons partir pour Fromentine où nous allons prendre le bateau qui nous mènera à l’île d’Yeu.
Nous allons y retrouver une amie peintre suisse, très éprise de la région. Elle m’a appelée voici quelques jours pour me dire que la municipalité d’Ormont-Dessus lui avait commandé une oeuvre pour me remercier des années passées à leur côté, à créer, avec ma merveilleuse équipe de bénévoles, le journal local: Le Cotterg. Une belle aventure humaine…
Je me réjouis de revoir cette amie et de découvrir l’île avec elle, Alain et… Scotty!
Parce que Scotty sera de la partie. J’imagine qu’elle n’appréciera que modérément son périple en bateau, mais bon…

Martine

 

Il est grand le lac, m’enfin !!

 

Alain

Pierre Loti : La maison magique

7 avril, 2009

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Hier, j’ai réalisé l’un de mes rêves: visiter la maison de l’écrivain Pierre Loti, à Rochefort, près de la Rochelle, afin de lui consacrer un article.
Nous n’avons pas été déçus: c’est la maison d’écrivain la plus incroyable qu’il m’ait été donné de visiter.

Au départ, c »était une demeure traditionnelle, lieu de naissance de l’auteur de « Pêcheurs d’Islande » et d’une quarantaine d’autres romans.
Mais ce militaire, grand voyageur et orientaliste passionné (il a profondément aimé la Turquie, notamment…), avait une personnalité originale et excentrique, rendue plus intéressante encore par une part d’ombre et de mystère.
Il a eu envie de transformer la maison familiale pour la rendre conforme à son idéal de vie.
Et la maison jusque là classique, qui ne se démarquait pas de celles des voisins, est devenue un palais oriental baroque, avec une salle renaissance dotée d’un escalier spectaculaire, d’une salle gothique, mais aussi et surtout d’une mosquée, d’une salle arabe, d’un salon turque…
Il y a donné, avec son épouse, des fêtes gigantesques, généreuses et excentriques, a séduit les plus grands de l’époque, était très ami avec Sarah Bernard…

Un univers dépaysant et fou, impossible à imaginer depuis la rue.
Mais sa part d’ombre ne l’a pas quitté, tout au long de sa vie.
Marqué par des drames familiaux traumatisants (il a perdu son frère aîné auquel il vouait un culte, puis son père, et une amie…) il intégrera toujours une touche mortifère à son univers.

Avec Alain, nous avons savouré la visite, la prolongeant par l’achat de livres.
Notre guide était conteur de formation. Il avait préparé un texte magnifiquement documenté, entre rêve et réalité. Et il a entraîné les visiteurs dans sa magie avec un réel talent.

De retour à la réception, j’ai choisi les deux tomes du journal de l’auteur et quelques-uns de ses romans.
Le responsable de ce coin bibliothèque était passionnant, cordial et drôle, aussi inattendu que devait l’être le précédent maître des lieux.

En clair: nous avons beaucoup aimé… et je cours écrire mon article!

Martine Bernier

Maison de Pierre Loti
141 Rue Pierre Loti
17300 Rochefort
Tél. 05 46 82 91 90

La maison de Prévert (version Alain)

20 février, 2009

Il se mérite cet endroit. Au bout du Cotentin, un peu isolé, encore sauvage et calme.
On y arrive en se garant près de l’église. Un petit tour au cimetière, Prévert est là avec sa femme et sa fille, trois tombes identiques avec les lettres peintes en vert comme écrites avec un pinceau géant. Juste derrière, la tombe d’Alexandre Trauner, célèbre décorateur de cinéma, ami fidèle jusque là, au point de ne pas se séparer dans la mort. Une dernière magnifique preuve de fidélité et d’amitié.

Pour aller à la maison, il faut monter une petite route à pied. Nous avons pris notre temps, profitant du bruit de l’eau, des plantes bizarres, en nous demandant ce qui nous attend.
Enfin, un bruit de basse-cour, et à côté, au fond d’un jardin simple, cette petite bicoque.
M. Prévert est-il là ? Avec son éternel mégot au coin des lèvres, son imper et son chapeau mou ?
Non, bien sûr…Quel dommage.
Une jeune guide arrive, nous regarde avec un petit sourire. Voir un couple de jeunes amoureux qui l’attendent, elle a l’air surprise et amusée.
Elle ouvre les volets, puis les portes de la maison. Comme d’habitude nous laissons passer le « troupeau » des touristes pressés, vous savez ceux qui veulent tenir un planning, tout voir, vite.

Ils filent tous à droite, comme indiqué par la jeune guide, dans une salle où un film est projeté. Nous sommes des rebelles ! Donc nous allons à gauche où nous attend une exposition de dessins sur l’œuvre de Prévert. Un peu décevante cette maison, pour l’instant. J’ouvre la porte de l’arrière-cuisine, et nous tombons sur la statue du nain à cheval sur la tortue, un détail qui amuse Martine…
Vient l’étage, la seule pièce meublée, une grande table où Prévert faisait ces collages. Un fauteuil, un téléphone avec accroché au mur les numéros des proches, des gens à rappeler.
C’est la seule pièce où on peut sentir un peu le poète…bien maigre.

Nous sortons de la maison et prenons un sentier pour éviter la route. Nous longeons un ruisseau, nous sommes bien, un peu isolés du monde, un vrai couple de sauvages !

En retournant au parking je ne peux m’empêcher d’aller lui dire au-revoir au poète, à cet orfèvre des mots. Lui qui me mettait des musiques en têtes, le bruit de l’œuf sur le comptoir de zinc, Barbara, l’amiral…

La prochaine fois, si je reviens dans la région, je viendrai vous dire un petit bonjour Monsieur Prévert, j’ai compris que l’endroit que j’aime est auprès de vous et pas votre maison.

Alain

La maison de Prévert

20 février, 2009

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C’était en août 2008.
Il m’avait emmenée dans le Cotentin.
Un matin, nous sommes partis vers un lieu qu’il avait cherché pour nous, et qui a été l’un des très beaux moments de notre séjour: la Maison de Prévert, à Omonville-La-Petite.
Elle se trouve à quelques kilomètres de la côte. La mer est belle de ce côté-là de la Normandie…
En garant la voiture vers l’église où commence la promenade vers la maison, nous avons été voir la tombe du poète.
Elle est comme il fut: originale et joyeuse… Une tombe presque souriante…

Sous un soleil estampillée « été en Normandie », nous avons entamé la balade vers la demeure.
Une promenade bucolique à souhait, avec lui… tendre et léger…
Autour de nous, les plantes étaient énormes, exotiques, ou plus classiques.
Il n’y avait personne lorsque nous sommes arrivés, à l’exception de deux coqs, qui s’époumonaient.

Les gens sont arrivés peu à peu, tous, sans doute, amoureux du jongleur de mots, désireux d’en connaître davantage sur sa vie, sur cette maison où il a vécu.
En entrant, après avoir pris les billets, tous sont docilement partis à droite, dans la pièce où un film était diffusé sur la vie de Prévert.
Sauf nous: nous sommes allés à gauche pour pouvoir faire la visite seuls, en paix.
La maison est jolie, bien que son contenu soit minimaliste.
Mais il y a eu un moment que j’ai adoré.
Dans l’une des pièces, une porte donnait sur le jardin, avec une annotation piquante priant le quidam d’aller y jeter un oeil pour y découvrir le nain de jardin.
Il a ouvert la porte.
Et derrière, au lieu d’un classique Simplet Blanche-Neigien, il y avait la statue d’un personnage délicieux, nu, nain et dodu, assis sur une tortue.
Le tout dans une cour minuscule.
C’était inattendu et amusant.

Quand la visite a été terminée, nous sommes retournés à la voiture en suivant le chemin sous les arbres.
C’était un moment délicieux… un bonheur pur, main dans la main, sur un sentier qui sentait bon et qui nous a ramenés devant le cimetière.
Prévert y dort, dans une tombe colorée, que nous avons vue fleurie et éclaboussée de soleil…

Martine Bernier

Les différences entre les hommes et les femmes. Chapitre 3. Le sac.

15 février, 2009

L’un des éléments de l’attirail féminin qui semble le plus fasciner les hommes porte un nom de trois lettres: le sac.
Les miens, pour mériter de faire leur apparition au Panthéon des sacs de ma vie, doivent répondre à quelques critères essentiels.
Ils doivent être munis d’une bandoulière, être légers, remplis de poches et de compartiments, si possible pas trop laids, et, surtout, être grands… aussi grands que possible.

Comme tout homme qui se respecte, celui que j’aime semble intrigué par cet objet indéfinissable. Il faut dire que le sac qui partage mon existence – et donc la sienne, par procuration – depuis quelques mois, semble être tout droit sorti d’un film d’Indiana Jones. Couleur indéfinissable naviguant entre caramel et rouille, look de besace d’aventurier, il est rempli de multiples objets absolument e-ssen-tiels à ma survie! Et, vu son poids, donne l’illusion, à chaque fois que je pars avec lui, que je m’apprête à affronter un trekking de trois semaines dans la jungle amazonienne.

Le regard de celui que j’aime semble souvent habité par la perplexité la plus intense lorsqu’il s’attarde sur ce tas informe et mystérieux qui pendouille à mon épaule et que j’emmène partout avec moi. Lui n’a besoin que d’une poche de pantalon et d’un étui à téléphone pour être prêt à affronter son quotidien. Et s’interroge visiblement sur le contenu de mon précieux paquet.

Mais qu’y a-t-il donc dans le sac des femmes!?
Impossible de dévoiler ici ce secret bien gardé par des générations féminines depuis la création du premier sac à main (ou à épaule, en l’occurence!).
Toujours est-il que si, autour de moi, quelqu’un souffre de mal de tête, a besoin d’un mouchoir, de monnaie, d’un stylo, d’un carnet. d’une lampe de poche, d’un couteau suisse, d’une plante d’appartement ou d’un balai (non, je m’égare.. je vous laisse deviner à partir d’où!) etc, je peux toujours voler à son secours.

L’homme que j’aime est très bien élevé. Ou très prudent.
S’il pose parfois sur l’objet un regard vaguement amusé, il sait qu’il risque gros à se moquer de lui.
Il est deux sujets sur lesquels je suis chatouilleuse: mon chien et mon sac!
On ne se moque ni de l’un, ni de l’autre, fouchtra! Même (ou surtout) s’ils sont aussi atypiques l’un que l’autre…
Bien sûr, mon sac ressemble un peu à celui duquel Mary Poppins sortait les objets les plus insensés.
Mais même si son contenu est digne d’un inventaire à la Prévert, il a son importance.
Car à quoi ressembleraient les poches de nos hommes si les femmes ne cachaient dans leurs sacs tous ces menus objets qui garantissent leur confort à l’extérieur?
Mmmm?
Songez-y, ô Hommes, avant de vous gausser…
Sans nous, vous risqueriez de prendre l’aspect de kangourous ventripotents.
Ce qui serait infiniment dommage.

Martine Bernier

Le thé, breuvage mythique, séduit l’Europe

2 février, 2009

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Consommé depuis près de 5’000 ans, le thé est le plus ancien breuvage du monde. Mais il est également celui dont la préparation est un art. Voyage dans l’univers du thé aux mille saveurs.

Le saviez-vous: plus de deux milliards de tasses de thé sont consommées chaque jour. Vert, blanc, noir, parfumé, semi-fermenté ou fumé, il se déguste aux quatre coins du monde. Au palmarès des adeptes les plus fervents, figurent les asiatiques, les indiens et le maghrébins. Mais les occidentaux ne sont pas en reste. Les anglais, assument leur réputation d’européens les plus friands avec une consommation de plus de 3 kg de thé par année et par personne. Mais le « five o’clock » national perd du terrain au profit du café. La tendance est inversée en Europe où les amateurs sont de plus en plus nombreux. Les puristes estiment y voir un univers aussi complexe et passionnant que le vin. Comme lui, il apporte des effets bénéfiques à la santé, ses composants luttant efficacement contre le vieillissement de nos cellules. Mieux encore : récemment, une équipe de chercheurs américains a découvert que la L-theanine, un composé du thé, renforce la réponse du système immunitaire aux attaques bactériennes, virales et mycologiques.
Les connaisseurs l’affirment : même si beaucoup de consommateurs les achètent en sachets de papier, rien n’égale la finesse des thés en feuilles entières, achetées en vrac. La palette des thés est vaste. Mais tous proviennent d’un même arbuste de la famille du camélia (camelia sinensis). Si, à l’état sauvage, il peut atteindre une hauteur de 15 mètres, dans les plantations, il est maintenu à une hauteur de 1,20 mètres pour faciliter la cueillette. Les différents types de thé sont uniquement déterminés par les traitements apportés aux feuilles et aux bourgeons.

Les différentes sortes de thé
Le thé noir, (pekoe orange, pekoe souchong, souchong et congou) complètement fermenté, est le plus consommé en Occident. Il provient d’Inde et du Sri Lanka. Les feuilles sont généralement flétries, roulées mécaniquement, fermentées et séchées. L’infusion ambrée est plus ou moins corsée, proposant des parfums divers.
Le thé vert, (hyson-souchong, grand perlé, poudre-à-canon, hyson-junior, hyson-kin et tonkay) est produit en Chine et au Japon. Non fermenté, ses feuilles sont torréfiées, roulées à la main et séchées. Il est très parfumé, riche en vitamines et recèle des propriétés stimulantes.
Le thé blanc est le plus rare et, donc, le plus cher. Originaire de Chine, il est issu de feuilles fraîches de couleur blanc argenté, juste flétrie, et séchée naturellement. Très fin et pâle, il est particulièrement désaltérant.
Les feuilles du thé semi-fermenté, dit « oolong», ont subi une courte fermentation. Leur teneur en théine est faible, tout comme le thé fumé, nommé à tort « thé de Chine ». Ce thé noir dont les feuilles sont disposées au-dessus d’un feu de racines d’épicéa afin qu’elles s’imprègnent de l’odeur, ne représente qu’une infime partie de la production chinoise. Enfin, le thé parfumé est mêlé à des extraits naturels de plantes, comme la rose, le jasmin ou la bergamote. Il est à distinguer du thé aromatique qui, lui, propose des parfums fantaisistes comme la pomme, la vanille ou le caramel. Le thé rouge, fermenté, a la réputation d’aider à l’élimination.

Le goût des parfums multiples

Dans la plupart des boutiques consacrées au précieux breuvage, les marchands vendent du thé à portée de toutes les bourses, délaissant les grands crûs dont les prix peuvent atteindre jusqu’à 60 francs les 100 grammes. Sa vente est liée à un phénomène de mode. Il suffit souvent d’un article dans un journal pour mettre un produit au goût du jour, Le « Pu Ehr » en est l’exemple type. Apprécié pour être un bon brûleur de graisse, il se vend très bien après avoir été présenté par la presse. En dehors de ce phénomène, la clientèle est souvent composée de deux catégories de personnes. Les puristes, qui ne supportent pas les thés parfumés, leur préférant le breuvage naturel noir, vert. Et les personnes qui ne boivent jamais de thé noir, lui préférant les parfumés.
Cette dernière catégorie est en nette augmentation, en France et en Suisse où les arômes tropicaux, la vanille et les parfums exotiques ont la cote. Les thés parfumés sont enrichis d’essences naturelles, d’écorces, d’épices et de fleurs. Des variantes appréciées en Europe, mais exclues de la consommation des chinois et des japonais.

Une théière pour chacun

Acheter un bon thé est une chose. Choisir la théière adéquate en est une autre. Il en existe de toutes les couleurs et de toutes les formes. Mais sa matière est l’élément important. Les théières en terre, non vernies à l’intérieur gardent le goût de ce qu’elles infusent. Il est donc préférable d’y préparer toujours le même genre de thé. Avec une préférence pour les thés corsés, riches en tanin. En porcelaine ou en faïence, elles préservent le goût, et peuvent être utilisées pour tous les thés, tout comme les récipients en fonte qui conservent mieux la chaleur. La théière en verre, pour sa part, ne garde pas les odeurs. Elle est recommandée pour les thés parfumés ou pour tout changement de thé.

A chaque pays sa tradition

Chaque contrée a son art et sa manière de recevoir autour du thé. Le samovar, sorte de grande bouilloire permettant de maintenir l’eau chaude, est utilisé en Russie. Une théière contenant un extrait de thé très concentré est placée par dessus. Cette boisson est consommée allongée d’un peu d’eau chaude tirée du samovar, et accompagnée d’un morceau de sucre ou d’une confiture de fruits.
Dans le Maghreb, le partage du thé est symbole d’hospitalité. Seul le thé vert est utilisé. Une poignée est déposée dans la théière avant d’être rincé à l’eau chaude pour en ôter l’amertume. Une poignée de feuilles de menthe et un morceau de pain de sucre sont ensuite rajoutés et recouverts d’eau bouillante. Le breuvage est versé de très haut, dans de petits verres disposés sur un plateau. La politesse exige que, après le troisième verre, l’invité se retire…
En Chine, l’art du thé est de savoir créer un instant de détente conviviale pour le savourer. Sa préparation est méticuleuse. L’eau frémissante est versée sur les feuilles de thé dans des ustensiles préalablement chauffés. Comme le thé infuse dans une théière minuscule il est très concentré et se boit comme une liqueur, en petites quantités.
La traditionnelle cérémonie du thé, au Japon, est l’objet d’un véritable culte. Cinq personnes au maximum y sont conviées. La poudre de thé vert est battue dans l’eau chaude avec un fouet en bambou afin d’obtenir une boisson mousseuse. Un thé fort, puis un thé léger sont servis dans un bol unique, avec une économie de geste destinée à faire le calme en soi.
En Inde, le thé se déguste partout, dans les rues, les trains, les champs, les maisons. Mais il est surtout apprécié dans le Nord et l’Est. Préparé avec soin, il frémit dans des samovars ou des bouilloires en métal. Il est servi corsé et très sucré, et arrosé de beaucoup de lait ou, au Pendjab, mélangé à des épices. Les Indiens ont coutume d’en verser un peu dans une soucoupe afin qu’il refroidisse, puis de le boire ainsi.

Un monde de superstitions
Aucune boisson n’est plus entourée de superstitions que le thé. De nombreuses croyances lui sont associées, selon les pays. Considéré comme une plante solaire, le théier est ainsi lié à la fortune et au courage: brûler ses feuilles procurerait la richesse. Ces mêmes feuilles rentrent dans la composition des charmes destinés aux voeux de prospérité ou dans la confection d’amulettes procurant force et intrépidité. En Angleterre, dans le Worcestershire, répandre des feuilles devant une maison éloignerait les mauvais esprits. En revanche, agiter une théière ou remuer le thé avant de le servir porterait malheur, tout comme le faire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ou dans la tasse d’un autre entraînerait une querelle. Les Russes, eux, affirment qu’il ne faut pas rincer une tasse avant de resservir le thé, sans quoi le buveur n’amassera jamais d’argent et dépensera toutes ses économies… Tout comme le marc de café, les résidus de thé restés au fond d’une tasse servent de support à la divination. Autant de traditions issues de la nuit des temps…

Le mystère des étiquettes

Que veulent dire les initiales obscures relevées sur certains emballages? Elles précisent le degré de maturité et la forme de la feuille du produit vendu.
Ainsi, « F.O.P », Flowery Orange Pekoe, indique la qualité la plus subtile. Cette appellation désigne les thés issus du bourgeon non éclos et des jeunes feuilles ramassés lors des cueillettes précoces. « Orange » signifie ici « Royal » (du nom de la dynastie néerlandaise Oranje Nassau), tandis que « Pekoe » vient du chinois « Pak-ho », littéralement « le duvet », désignant le bourgeon.
« O.P », Orange Pekoe, signale une cueillette plus tardive, lorsque le bourgeon terminal s’est déjà transformé en feuille. Cette qualité intermédiaire est très utilisée pour les thés parfumés.
« P », Pekoe, présente une feuille moins fine, dépourvue de bourgeon. Son infusion sera foncée, d’un arôme moins raffiné. Enfin, « S », pour Souchong, désigne la feuille, plus âgée et faible en théine, cueillie au bas du théier. Elle est principalement gardée pour les thés fumés.

Trucs et astuces

- Une théière ne se lave pas : elle se rince à l’eau bouillante et se laisse sécher
- Conservez le thé dans une boîte hermétique, car il absorbe facilement les odeurs ambiantes. Optez pour des boîtes opaques et de qualité, sachant qu’il craint l’humidité, la lumière et la chaleur.
- La durée de conservation varie en fonction des thés : deux ans au maximum pour les thés noirs, un an pour les thés parfumés, et quelques mois pour les thés verts.
- Les thés verts ne demandent qu’une à deux minutes pour libérer leurs arômes. Les thés noirs peuvent infuser de 3 minutes entre 70 et 90 degrés. Le thé semi-fermenté demande sept minutes, et certains thés blancs jusqu’à 15 minutes.
- L’eau ne doit jamais bouillir. Elle doit être versée alors qu’elle fume et fait de petites bulles sur les thés noirs qui peuvent supporter une eau très chaude, à 90 ou 95o C.
- Prenez toujours du thé récent, et respectez les températures de préparation. Passé le délai d’infusion, le breuvage sera trop tanique, et donc trop amère.
- Lors de la préparation, l’eau doit être versée sur les feuilles et non l’inverse.

Le thé au coeur des légendes

Trois légendes courent au sujet du thé:
La première légende, d’origine chinoise, raconte comment l’empereur Chen Nung, obsédé par l’hygiène, ne buvait que de l’eau bouillie. En 2137 avant J.-C., un jour qu’il se reposait à l’ombre d’un théier sauvage, quelques feuilles tombèrent dans sa tasse. Il goûta le breuvage obtenu et fut séduit: le thé venait d’être découvert…
La deuxième légende, indienne, prétend que le moine BodhiDharma, sous le règne de l’empereur Xuanwudi, avait fait voeu de ne pas dormir durant sept années. Ce laps de temps correspondait à la méditation qu’il avait entreprise afin d’illustrer les principes du bouddhisme. Au bout de cinq ans, la fatigue commença à l’envahir. Il allait s’assoupir lorsque la providence lui fit cueillir et mâcher des feuilles de thé, inconnues jusqu’alors. Le pouvoir des feuilles lui permit de rester éveillé.
La troisième légende révèle que ce même Bodhi-Dharma, s’étant assoupi durant sa cinquième année, fit des rêves impurs et indignes de l’ascète qu’il était. À son réveil, furieux contre lui-même, il s’arracha les paupières qu’il enterra devant lui. Un arbre poussa au même endroit. Ses feuilles, bues en infusion repoussaient le sommeil et éveillaient l’esprit.

Tintinophiles à Cheverny

1 février, 2009

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Moulinsart, le château du capitaine Haddock, existe. Il se trouve dans le Val de Loire, où l’occasion est donnée aux visiteurs d’entrer dans la bande dessinée d’Hergé.

La légende dit que, alors qu’il se promenait dans la région, en quête d’un toit pour le capitaine Haddock, treize ans après avoir créé Tintin, Hergé aurait eu le coup de foudre pour le château de Cheverny, dans le Val de Loire. Vrai ou faux?
« À peu près vrai, sourit le Marquis Charles-Antoine de Vibraye, propriétaire actuel du château. Hergé s’est en effet mis à la recherche d’une demeure pour le capitaine. C’était un dessinateur aussi documenté qu’inspiré. Il semblerait qu’il a découvert Cheverny dans un livre, et qu’il a été séduit par sa ligne claire. Mon grand-oncle, qui était propriétaire du château à l’époque est décédé en 1976, sans jamais avoir vraiment parlé de cet épisode à quiconque. Nous n’avons donc pas de preuve de la visite d’Hergé. Mais nous savons qu’un dépliant de Cheverny a été retrouvé chez lui et se trouve aujourd’hui à la Fondation Tintin. »

LA CRYPTE DE RACKHAM
Moulinsart ressemble à s’y méprendre à Cheverny. À ceci près qu’Hergé a supprimé les deux ailes du château pour sa bande dessinée. Le grand escalier central est authentique lui aussi. Mais, au risque de décevoir les adeptes du « Trésor de Rackham le Rouge », la crypte du château est, elle, pure invention. Au fil du temps, les propriétaires de Cheverny comprennent l’intérêt que représente pour eux le filon Tintin. En 2001, les tintinophiles comblés découvrent pour la première fois l’exposition permanente, installée dans une dépendance du château et intitulée « Les secrets de Moulinsart ».
« La majorité des 300 à 350’000 visiteurs que nous recevons chaque année viennent parce qu’il s’agit d’un château du Val de Loire, confie le Marquis. Mais ils sont de plus en plus nombreux à se déplacer pour Tintin. Pour ma part, il a bercé mon enfance. J’ai donc toujours trouvé tout naturel de retrouver le château familial dans la BD.  »

IMMERSION EN BD
Cette impression de vivre dans la bande dessinée, l’actuel maître des lieux a décidé de la faire partager au public. En pénétrant dans le pavillon abritant l’exposition, le visiteur est immédiatement saisi par l’ambiance sonore et très ludique de l’exposition. Chaque pièce met en scène un passage de certains albums, avec un sidérant respect du détail. La première pièce est la reconstitution fidèle l’endroit où Tintin est retenu prisonnier, dans « Le Secret de la Licorne ». Avec une poutre accrochée sur un balancier composé de draps, il perce le mur de la cave du château de Moulinsart, qui n’appartient pas encore à Haddock, et découvre la crypte. Un peu plus loin, dans le salon du château, la nuit est tombée et l’orage éclate. Un bruit de verre brisé: le professeur Tournesol vient d’être enlevé. Le passant est plongé au cœur de l’énigme de « L’Affaire Tournesol ». Un crochet par son laboratoire permet de découvrir le sous-marin à corps de requin et les étranges appareils sur lequel travaille le savant. Un détour par la chambre occupée par Tintin à Moulinsart, révèle pour la première fois une facette jusqu’ici inconnue du personnage. Très conservateur, celui-ci a conservé une infinité de souvenirs de ses aventures, tous rangés dans sa chambre.

Chaque pièce, chaque couloir est peuplé de voix, de bruits, d’ambiance. Partout, des trappes attendent d’être ouvertes, révélant des objets cultes de la BD. Comme les ustensiles utilisés par l’infernal petit prince Abdallah pour empoissonner la vie d’Haddock dans « Tintin au Pays de l’Or Noir ». À l’étage, la Castafiore s’égosille, interprétant inlassablement l’air des Bijoux, devant une fresque mettant en scène tous les personnages de l’ensemble des albums du célèbre reporter.

ALLO, BOUCHERIE SANZOT?

Plusieurs portraits ornent les murs de l’exposition. Les plus drôles tracent un parallèle entre la fiction et la réalité. Sous les tableaux représentant les personnages secondaires de la BD, ont été disposées les photos de ceux qui remplissent leurs fonctions dans la réalité: le gendarme, le maire, le boucher, le garagiste ou le majordome.
« Nestor, le majordome, existe bel et bien, explique Charles Antoine de Vibraye. Dans la réalité, il s’appelle Jean-Claude et est aussi attaché au château que peut l’être Nestor. Il y a une similitude troublante entre la réalité et la bande dessinée. Ainsi, la boucherie Sanzot s’appelle en fait la Boucherie Château. Et nous avons eu très souvent des coups de téléphone de personnes qui voulaient nous commander des steaks, exactement comme dans les livres. Nous devions leur expliquer que nous étions le château, et non pas la Boucherie « le Château ».  »

Martine Bernier

+ D’INFOS

Domaine de Cheverny. Visite à la carte comprenant, à choix, la visite du château, l’exposition Tintin, le parc et le canal. Le château est ouvert tous les jours de l’année. Pour tous renseignements: 0033 2 54 79 96 29. Site internet: www.chateau-cheverny.fr

Daniel Scaturro: Le Noël des santons

1 février, 2009

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À Aubagne où il exerce son métier, le maître santonnier Daniel Scaturro perpétue la tradition des santons provençaux. Et l’adapte à son époque en y introduisant des visages d’aujourd’hui.

« Un jour, un marseillais a eu l’idée d’introduire le santon dans les maisons provençales. Depuis… Dieu nous le rend!  »
On dit de lui qu’il est artisan. Ne vous y trompez pas. Dans son atelier d’Aubagne, dans le sud de la France, Daniel Scaturro est un faiseur de rêve. Partout, sortant de boîtes en cartons, des bras, des mains, des visages attendent qu’il leur insuffle la vie. Consacré « Meilleur ouvrier de France » en 1997, ce santonnier est considéré comme l’un des plus doués. Avant lui, son père, sa mère et ses grands-parents créaient les personnages de la Nativité, pour le plaisir. Baigné dès sa plus tendre enfance dans l’odeur du liège, de l’argile et de la colle d’os, le petit garçon hésitera, à l’adolescence, entre deux vocations: la musique et l’art du santon. « J’ai opté pour le métier de santonnier, pour lequel il n’existe pas d’école. C’est un métier magique… »
Depuis, chaque jour, il fait naître de l’argile des visages et des corps, ensuite habillés de vêtements en tissu réalisés sur mesure par Marie di Rosa, sa couturière.

Naissance d’un « santoun »
Des outils de façonnage aux animaux de la crèche, tout est réalisé dans l’atelier. Son contenu est digne d’un inventaire à la Prévert. On y trouve des rois mages, le buste d’une femme, des boulangers, des porteuses d’eau, quelques ânes, une dizaine de moutons…. « Pour les santons, je commence par le modèle. Il faut saisir l’expression et sculpter la tête qui servira de base. Ensuite, j’en tire un moule mère, et des moules de travail, que je coule en plâtre. Je les réutilise pour reproduire les santons. Chaque personnage demande plusieurs heures de travail. Il faut les mouler, les retravailler pour ôter les bavures, puis les cuire et les peindre. Ensuite, ils sont habillés. »

Santons de cinéma
Comme ses collègues, Daniel Scaturro perpétue la tradition en créant les personnages de la crèche provençale. Mais il a également innové lorsque, en 1986, est sorti le film « Jean de Florette ». Le « Papet », personnage joué par Yves Montand, l’inspire à tel point qu’il crée un santon à son effigie. Convaincu que ce santon ne suffira pas à attirer durablement l’attention du public sur lui, il réalise dans la foulée un buste du « Papet ». À force de persévérance, il réussit à convaincre le journaliste Yves Mourousi à le laisser installer sa sculpture sur son plateau de télévision lorsque, en direct de Cannes, il reçoit l’acteur, alors président du Festival de Cannes. La réaction est immédiate: celui-ci est séduit par le talent de l’artiste dont la carrière prend un nouvel essor.

D’Huster à Ugolin
Si l’atelier du santonnier a des allures de Musée Grevin miniature, ce n’est pas un hasard. Le comédien Francis Huster, qui possède plusieurs santons de Daniel Scaturro le représentant dans ses principaux rôles, est un admirateur inconditionnel. Son double d’argile rejoint d’autres personnalités connues du public, comme Fernandel, Louis de Funès, Jean Gabin, Coluche, Raimu ou Pagnol. « Parfois, ces santons m’apportent des surprises. J’ai représenté Daniel Auteuil dans son personnage d’Ugolin. Quand je l’ai donné à sa maman, elle m’a avoué qu’elle ne reconnaissait pas son fils. Puis elle m’a téléphoné pour me dire que, en effet, ce n’était pas son fils… c’était tout à fait Ugolin. J’ai également offert un santon au président Chirac, à son image. Il est exposé au musée Chirac, à Sarran, en Corrèze. »

Santons personnalisés
Portraitiste de talent, le santonnier accepte également de réaliser des santons sur commande. Sur demande, il façonne des personnages représentant Monsieur et Madame Tout le Monde, dans les costumes et les situations qu’ils souhaitent. « Je travaille d’après photo. Il m’en faut plusieurs pour bien pouvoir saisir les personnages. J’ai par exemple reçu un couple, qui fêtait son anniversaire de mariage. Ces personnes souhaitaient que je crée des santons à leur image, mais ils voulaient figurer dans la fameuse scène de la partie de cartes, tirées du film « Marius », de Pagnol. Je les ai fait figurer sur la terrasse du café où se déroule la partie… »
Parmi ses santons, Daniel Scaturro adresse des clins d’œil à ses proches. Son père et son beau-père lui ont tous deux servis de modèles. Et les personnages qui les représentent figurent parmi les plus attachants de sa collection.
Aujourd’hui, les santons habillés se vendent moins bien. Les professionnels doivent redoubler d’efforts pour vivre de leur profession. Le maître santonnier d’Aubagne qui rêve de monter une école de santonniers, ne changerait pourtant de métier pour rien au monde. On dit de lui qu’il est artisan. Réflexion faite, Daniel Scaturro est un artiste.

Martine Bernier

L’origine des santons

En provençal, « santoun » veut dire « petit saint ». Si ces personnages existent dans divers endroits du monde, ils sont nés en Provence où ils célèbrent la beauté de la Nativité. Eux-mêmes sont nés après la Révolution française, lorsque les églises ont été fermées et la célébration de la messe de minuit interdite. En réaction, quelques artisans ont créé ces statuettes, d’abord en mie de pain, puis en argile rouge, pour « faire entrer Jésus dans les maisons ». Leur manière à eux de faire de la résistance, tout en douceur et en poésie… Les santonniers d’aujourd’hui le disent d’ailleurs encore: « Vous ne pouvez pas être santonnier si vous ne croyez pas en Dieu. C’est une affaire entre lui et nous. »

En savoir plus:
Daniel Scaturro, 20A avenue de Verdun, 13400 Aubagne, France. Tél. 0033 4 42 84 33 29

http://www.santonsdanielscaturro.com/

Président de la Corporation des santonniers européens, Daniel Scaturro et ses collègues proposent des expositions de santons dans toute l’Europe. Il suffit pour cela de le contacter.

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