Archive pour la catégorie 'Histoire'

Hemingway et ses fragilités

13 août, 2010

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Ernest Hemingway fait partie de ces hommes dont j’admire le talent et dont a personnalité m’intrigue.
Cet écrivain et journaliste américain, Prix Nobel de littérature en 1954, a marqué les esprits avec des livres aussi connus que « Le vieil homme et la mer », ou « Pour qui sonne le glas ».
Il était à la fois fort et fragile…  et sa vie n’a pas été de tout repos.

Depuis son adolescence, il souffrait d’une grave déficience visuelle.
C’est elle qui l’avait empêché de rentrer dans l’armée américaine pour venir combattre sur le front de la Première Guerre Mondiale.
En désespoir de cause, il avait alors intégré la Croix-Rouge italienne, en 1918.
Mais ce n’était pas ce qu’il souhaitait faire…

Reconnu dans ses oeuvres, Hemingway a eu une vie sentimentale mouvementée.
En 1946, il divorce de sa troisième femme et épouse l’une de ses consoeurs, Mary Welsh.
Avec elle, dans leur villa cubaine près de la Havane, il aura non pas un enfant, mais… 57 chats.
La légende veut que certains de ceux observés encore aujourd’hui dans les jardins de sa maison de Key West en sont les descendants.

Doté d’un solide caractère, Hemingway ne supportait pas que l’on trahisse sa démarche créatrice.
En 1937, il avait écrit le commentaire d’un film documentaire, « The Spanich Earth ».
Orson Welles, chargé de la narration, a eu le tort de modifier quelques lignes du texte qu’il trouvait pompeux.
Mal lui en a pris…
Sa démarché a plongé l’auteur dans une fureur indescriptible.
Lors d’une projection privée, il s’est jeté sur Orson Welles, fou de rage, déclenchant une bagarre en règle.
Alors que les soldats de la guerre d’Espagne s’affrontaient sur l’écran, les deux hommes se lançaient des chaises à la tête devant les spectateurs médusés.
Une altercation qui a pris fin par une réconciliation fraternelle devant une bouteille de whisky…
La démesure entre deux géants…

A la fin de sa vie, l’écrivain avait non seulement presque entièrement perdu la vue, mais souffrait également d’une fatigue psychologique intense.
Très dépressif, il était sur le fil de la folie, en proie à des hallucinations au cours desquelles il se croyait poursuivi par le FBI.
A la fin de l’année 1960, son état s’était à ce point aggravé qu’il fut admis dans une clinique.
Le traitement prescrit était dur: des électrochocs alors utilisés en psychiatrie auprès des patients suicidaires.

Né dans une famille où son père, médecin, s’était donné la mort, tout comme l’ont fait ensuite trois de ses frère et soeurs, Ernest est fragile.
Lui qui a écrit de somptueuses pages de la littérature américaine n’arrive pas à résorber son intense fatigue mentale.

Le traitement par électrochocs est peu efficace, comme on pouvait s’y attendre.
Peu de temps plus tard, Hemingway tente de mettre fin à ses jours en se jetant dans l’hélice d’un avion.
Il survit, mais ne ratera pas à sa seconde tentative, en se tirant une balle dans la tête.

Il était un fragile géant…

Martine Bernier

Quand Parmentier sort de l’ombre

4 août, 2010

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Quelle injustice….
Comme il doit être triste Monsieur Parmentier, de se dire que tant de gens ne pensent à lui qu’en associant son nom à la pomme de terre, au hachis, aux frites ou à la purée…

Il doit s’en mordre les doigts, sur son nuage, ce pharmacien agronome picard, d’avoir consacré tant de temps à la sauvegarde du tubercule détesté à l’époque car accusé, entre autres horreurs, de transmettre la lèpre!
Ses autres travaux sont pourtant essentiels.

C’est vrai qu’Antoine Augustin Parmentier, né en 1773, a beaucoup fait pour qu’arrive jusqu’à nous la précieuse pomme de terre.
Mais saviez-vous qu’il a aussi été un visionnaire en matière d’alimentation, et qu’aucun de nos diététiciens ne renie aujourd’hui son travail?

Pharmacie de troisième classe participant à la Guerre des Sept Ans, c’est en prison qu’il a découvert la valeur nutritive de la pomme de terre dont les Allemands étaient friands.
En 1765, il devient pharmacien à l’hôtel royal des invalides.
Un endroit où se retrouve toute la misère du monde…
C’est là qu’il étudiera les problèmes liés à l’hygiène, la conservation des aliments, la chasse aux rats, la qualité de l’eau, le fonctionnement de la boulangerie… autant d’éléments concernant de près ce genre d’établissement.
La période est aux guerres, à la famine… il faut nourrir les populations.
C’est dans ce contexte qu’il va se battre pour banaliser la culture de la pomme de terre.
Mais il ira beaucoup plus loin, en s’intéressant à la conservation des aliments, et à bien d’autres plantes alimentaires.
Le raisin, le maïs, la châtaigne, le riz, la canne à sucre, le thé, le coton, le tabac: toutes l’intéressent.

Il se penche sur la digestibilité du lait en s’allouant les services d’une assistante peu commune: une vache sans cornes lui permettant de travailler sans se blesser.

Parmentier avait à coeur que le peuple ne souffre plus de la faim.
Il a réuni ses observations dans un « Traité d’économie rurale et domestique » qu’il écrira à l’intention des femmes.
Personne ne l’avait jamais fait avant lui…
Vulgarisateur, pédagogue, chercheur… il repartira pourtant en tant que pharmacien des armées lors des guerres napoléoniennes.
Et cette fois, il étudie les vertus du quinquina, donnant des conclusions qui seront écoutées et appliquées par l’Empereur lui même.

Comme Molière, Parmentier ressentait une sérieuse méfiance vis-à-vis de la médecine de son temps.
Pour lui, la santé résidait dans la prévention et dans ce qui passait dans les assiettes.
Un discours qui n’a pas pris une ride…

Alors… inventeur de la pomme de terre, Monsieur Parmentier?
Oui, mais pas uniquement.
Précurseur de la nutrition moderne aussi…

Martine Bernier

Toulouse-Lautrec et la malédiction de sa naissance

2 août, 2010

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Dans le monde de la peinture Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec était un personnage étonnant.
Il m’arrive de me demander si l’on n’a pas plus parlé de sa particularité physique plutôt que de son talent.

Pauvre Henri…
Il a souvent été dit qu’une infirmité a empêché ses jambes de grandir normalement, et qu’elle avait été décelée le jour de sa naissance.
Toute sa vie, dit-on, son corps a été disproportionné.
Et bien non…. il n’est pas né handicapé.
L’histoire est plus compliquée que cela.
Descendant des fiers comtes de Toulouse, Henri est né de l’union de la comtesse Adèle-Zoé Tapie de Céleyran et… de son cousin, Alphonse-Charles de Toulouse-Lautrec-Monfa.
Que de particules…. et que de consanguinité.
Un lien de parenté trop proche qui sera nocif au bébé.

L’enfant, que sa mère appelle son « petit bijou », présente une débilité osseuse, qui va compromettre sa croissance.
Son entourage s’inquiète, consulte plusieurs médecins, croit encore à une guérison.
Et le couple se sépare.
Le père d’Henri condamne son union avec son ex femme.
Il parle d’eux comme d’un couple « que l’on n’aurait jamais dû autoriser à s’unir », un couple qui a vicié le sang de l’enfant.
Monsieur Papa se désintéresse de cette progéniture peu conforme au modèle traditionnel, et Madame Mère, lassée des frasques de son mari, s’installe à Paris avec son fils.
Il fréquentera le prestigieux lycée Fontanes qui deviendra bien plus tard le lycée Condorcet.
Et il y décrochera un premier pris de latin et de grec.
Dans les marges de ses cahiers d’écolier, des croquis et des frises trahissent déjà son amour pour le dessin.
Dans ses cahiers d’esquisses, que sa mère conserve précieusement, dès 1873, il accumule les sanguines, les pastels, les aquarelles…

Henri a du talent…
Il est doué… intelligent et doué.
Mais sa santé est mauvaise et il doit interrompre ses études que sa mère assumera chez eux, avec l’aide de précepteurs.

Le 30 mai 1878 la vie du jeune homme va basculer et son destin va se sceller.
En tombant d’une chaise basse, il se casse la cuisse gauche.
Dans ses lettres, il manie l’auto-dérision, signant « Henri-patte-cassée » ou « ton cousin gracieux ».
De stations balnéaires en villes d’eau, la comtesse Adèle va accompagner son rejeton, tentera de tout faire pour lui rendre la santé.
Mais en été 1879,il tombe dans le lit d’une ravine sèche et se casse le fémur droit.

Henri de Toulouse-Lautrec restera de petite taille, puisqu’il ne dépassera pas 1,52 m.
Il boitera toute sa vie.

Petit par la taille, il deviendra un « grand » de la peinture.
Installé à Montmartre, il hante la vie nocturne, devient l’un des piliers des cabarets parisiens et particulièrement du « Mirliton », ouvert par Aristide Bruant.
Il créera des affiches, des décors (y compris pour la baraque foraine de la Goulue »), peint les artistes…
Il fréquentera les maisons closes, consacrera des albums de lithographie aux filles des cabarets.
Plus tard, il se passionnera pour le monde du cyclisme qu’il peindra avec ferveur, au vélodrome

Toute sa courte vie, Henri sera profondément affecté par sa disgrâce physique.
Une souffrance, une frustration intenables…

Son nom va s’inscrire sur la longue liste des artistes qui seront internés.
Il ne dort que quelques heures par nuit, est victime de surmenage, devient de plus en plus nerveux, sujet à des hallucinations.
Il lui arrive d’éclater en de violentes colères.
Son état devient si préoccupant que, de février-mai 1899, il sera interné dans une clinique de Neuilly où il subira une cure de désintoxication.
Pendant cette période, pour prouver qu’il a retrouvé son équilibre mental, il exécutera de mémoire, aux crayons de couleurs, une série de trente-neuf « Scènes de cirque » devenues l’ un des fleurons de son œuvre.
A sa sortie, il va alterner les séjours à Paris et les voyages à Bordeaux (1900) et Arcachon (1901).
Mais il se remet à boire et son état de santé s’aggrave.

Au mois d’août 1901, il part se reposer au château familial de Malromé, où, très affaibli, il peindra sa dernière toile : l’Amiral Viaud.
Cette œuvre restera inachevée.
Henri de Toulouse-Lautrec meurt au début du mois de septembre, à l’âge de 37 ans.

Il a enfin quitté ce corps qu’il détestait.

Martine Bernier

La plus vieille inscription du monde et la Dame de Malte

22 juillet, 2010

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Sur le Net, on l’appelle le plus vieux « gribouillage » du monde.
C’est une archéologue non professionnelle qui l’a trouvé au cours d’une sortie organisée par l’Université de Cambridge, en Angleterre.
Cette gravure dans la pierre serait datée d’il y a 4500 ans.
Gravé sur un rocher en grès de 17 cm, il représente des cercles concentriques.
Ce sont les experts eux-même qui estiment qu’il s’agit de l’équivalent néolithique des gribouillages que nous dessinons parfois en téléphonant, sur le coin d’une feuille.
A l’époque, les hommes semblaient aimer les cercles qu’ils utilisaient souvent dans les décorations, dans leurs oeuvres d’art, sur les tombes ou sur les objets usuels.
La pierre a été découverte dans une carrière, au fin fond du village d’Over.

Cela m’a fait penser à l’un des lieux les plus fascinants que j’ai visités, et de la découverte stupéfiante que j’y ai faite.
C’était à Malte.
Dans l’Hypogée de Hal Saflieni, temple mégalithique souterrain unique au monde où seuls dix visiteurs par heure peuvent s’engager, j’avais eu la chance de pouvoir descendre.
Vive les voyages de presse…
La visite était impressionnante, je buvais les paroles du guide qui nous racontait que, dans les temps anciens, il était de tradition qu’un prêtre vive là, seul, en ermite.
Personne ne le voyait jamais, il s’adressait aux visiteurs par l’intermédiaire d’un trou creusé dans la paroi, qui déformait sa voix.
Les personnes qui lui adressaient leurs prières étaient souvent des femmes stériles.
Dans ce lieu tout était majestueux et lourd.
Cette véritable nécropole contenait jusqu’à 7000 corps.
Le prêtre les veillait….
Au fil des siècles, la structure souterraine a été agrandie, contenant 33 pièces sur trois niveaux.
Un labyrinthe…

Et tout à coup, dans ce sanctuaire de pierre, j’ai vu une statuette, dans un rayon de lumière.
Elle ne mesurait pas plus de 10 cm, était en terre cuite et représentait la déesse de la fertilité ou la prêtresse du sanctuaire, personne ne le savait vraiment.
Elle avait été découverte dans l’Hypogée.
C’était une merveille…
Un chef-d’oeuvre de délicatesse.

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L’artiste qui avait créé cette femme aux formes généreuses, étendue sur un lit à pieds, était un homme ayant vécu il y a des milliers d’années.
Mais sa « Sleeping Lady », comme elle a été baptisée, est d’une beauté saisissante.
C’est en la regardant que j’ai compris que l’Homme contemporain n’avait pas le privilège du talent, de la créativité.
Que ces ancêtres que l’on pense frustres avaient une sensibilité artistique prononcée.
Les Etrusques me l’avaient déjà appris.
Ce jour-là, je suis tombée en amour de l’Art dit « primitif » en regardant la Dame endormie…

Martine Bernier

Descartes a-t-il été assassiné?

3 juin, 2010

Tous ceux qui se sont un peu intéressés à la vie de Descartes savent qu’il est mort d’une pneumonie, en février 1650, à Stockholm, au palais royal de Suède.
Enfin… telle est la version officielle.
Theodor Ebert, professeur de philosophie à l’université d’Erlangen (Allemagne), soutient une thèse différente.
Selon lui, le brillant mathématicien, philosophe et physicien français aurait été assassiné.
Cette thèse, il l’a présentée dans un livre, qui n’a pas encore été traduit en français: « Der rätselhafte Tod des René Descartes » (traduisez par: « La mort mystérieuse de René Descartes »).

Ce n’est pas la première fois que l’éventualité d’un crime est soulevée, ce qui ne plaît pas aux spécialistes du génial créateur du « Discours de la Méthode ».
Pour eux, c’est la vie et l’oeuvre de Descartes qui sont dignes d’intérêt, pas les circonstances de sa mort.

Cela dit, Theodor Ebert n’est pas un plaisantin.
Ceux qui ont lu son livre estiment qu’il est « austère et très documenté, et qu’il a reconstitué la vie de Descartes durant cet hiver suédois de manière très précise ».
Il en serait venu à la conclusion suivante: François Viogué, prêtre catholique et aumônier de l’ambassade de France à Stockholm aurait donné à Descartes une hostie empoisonnée à l’arsenic, histoire de l’aider à passer plus rapidement de vie à trépas.

Pourquoi?
Parce que le penseur français fascinait la jeune reine de Suède, Christine.
Luthérienne, elle était sur le point de se convertir au catholicisme avant l’arrivée de Descartes en Suède.
Viogué encourageait sur place cette conversion qu’attendait Rome avec impatience, lorsque que le Français, qui mettait en doute le dogme catholique, est arrivé à la Cour, sur la demande de la Reine avec laquelle il correspondait depuis trois ans.
Chaque matin à 5 heures, sur ordre de la souveraine, il lui donnait des cours au château.
Un supplice pour le lève-tard qu’il était… et pour ceux qui s’interrogeaient derrière la porte: mais que racontait-il à la reine???
Pour l’aumônier, ces longs conciliabules risquaient de semer le doute dans l’esprit de Christine.

Hasard ou non, le 1er février 1650, le philosophe est pris de fièvre et doit s’aliter.
Son agonie durera onze jours.
Au huitième jour, Descartes réclame un mélange de vin et de tabac, remède connu alors pour lutter contre les méfaits de l’arsenic.
Theodor Ebert pense qu’il avait compris ce qui lui arrivait…
Après le décès du philosophe, le professeur de grec de la reine, Adrien Baillet, écrira dans son journal que « cette mort est bien mystérieuse ».
Le médecin qui l’a soigné a lui aussi tenu des notes troublantes, consignant notamment tous les symptômes « bien différents de ceux d’une pneumonie ».
Parmi eux, un élément surprenant: le sang du patient était jaune…

Viogué, qui a assisté au décès de son compatriote, lui a refusé les Saints-Sacrements.
Et même après sa mort, Descartes n’a pas eu droit au repos.
Enterré à Stockholm, son corps a été réclamé par la France en 1666.
Pendant huit mois, sa dépouille a voyagé… dans une malle.
Durant le trajet, un doigt et un os pla369-t ont été dérobé.
Puis son crâne a été volé, vendu et racheté avant de se retrouver au Musée de l’Homme en 1933… sans aucune garantie que ce soit vraiment celui du Grand Homme.

Une vie brillante… une fin terrible.

Martine Bernier

Baudouin, le roi aux yeux tristes

6 mai, 2010

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Lorsque j’étais enfant et que je vivais en Belgique, la présence du roi Baudouin était omniprésente, comme les rois le sont dans tous les pays monarchiques.
Il était pourtant d’un naturel discret, mais il était partout sur les timbres, en photo sur les murs des classes, des bâtiments officiels, voire même de certains magasins.
Je lui trouvais un regard triste.

Mon père m’avait fait commencer une collection de timbres.
J’aimais particulièrement l’un d’eux, très sobre, représentant le visage d’une femme très belle qu’il m’a expliqué être la reine Astrid, mère du roi.
Il m’a raconté sa vie.
Astrid était une princesse suédoise, née en 1905, lorsqu’elle a épousé celui qui allait devenir le roi Léopold III.
Très vite, son charisme a fait d’elle une reine très aimée de son peuple. Elle était proche des concitoyens, s’engageait pour eux, ce qui expliquait leur attachement à son égard.
Devenue reine en 1934, Astrid n’a régné que deux étés…
Le 29 août 1935, les Belges effondrés apprenaient que leur souveraine avait perdu la vie dans un accident de voiture à Küssnacht am Rigi (Suisse).
C’est son mari qui conduisait la voiture sur cette route de vacances. Alors que ses enfants avaient déjà regagné Bruxelles, le couple royal avait souhaité prolonger son séjour. Sur les rives du lac des Quatre-Cantons, une recherche sur une carte routière déployée, un moment d’inattention et l’accident.
Léopold a été à peine blessé. Son épouse est morte sur le coup
Le pays a connu un grand deuil.
Mais celui qui en a le plus souffert est sans doute son fils aîné, Baudouin, alors âgé de cinq ans, qui, dit-on, adorait sa mère.
Ce drame, puis l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale, l’arrestation de la famille royale envoyée en Autriche, puis l’exil en Suisse jusqu’en 1950, suivi de l’abdication de Léopold III et l’accession au pouvoir de Baudouin en 1951, alors qu’il allait avoir à peine 21 ans, ont fait de la vie de cet homme un véritable roman.

J’ai toujours trouvé qu’il avait les yeux tristes.
Ce passé tragique, le fait qu’il n’a pu avoir d’enfants
Il s’est investi contre le racisme, la traite des êtres humains, refusait de recevoir en audience les membres des partis d’extrême-droite.
Le fait qu’il n’ait pas accepté de sanctionner une loi proposant la dépénalisation conditionnelle de l’avortement, en 1990, lui a attiré les foudres de tous ceux qui n’ont pas compris sa position. Lui a préféré se faire destituer de son trône sous prétexte qu’il était dans l’incapacité de régner, afin de ne pas avoir à se prononcer. C’est durant ces quelques jours que la loi a été votée.

Lorsque Baudouin est mort d’un arrêt cardiaque, en été 1993, pendant ses vacances en Espagne, j’ai eu de la peine, comme, je pense, beaucoup de ceux qui étaient nés sous son règne.
Il avait été présent en filigrane tout au long de ma vie.
J’avais oublié qu’un roi pouvait mourir, lui aussi…

Aujourd’hui, le Quotidien du Peuple révèle que la reine Fabiola a reçu, pour la quatrième fois, des menaces de mort de la part d’un personnage affirmant qu’elle sera atteinte par un tir d’arbalète si elle ne se plie pas à ses exigences. Appréciée pour son intelligence et sa douceur, mais controversée pour trop essayer de promouvoir la religion catholique, l’ex reine a aujourd’hui 82 ans.
S’il était là pour voir cela, Baudouin aurait le regard encore plus triste…

Martine Bernier

Vauban le méconnu

19 avril, 2010

Lorsque vous vous baladez en France, vous croisez souvent des bâtiments militaires construits par Sébastien Le Prestre de Vauban (1633 – 1707).
C’est à cet architecte que l’on doit des places fortes et la fameuse « ceinture de fer » de ce qui était à l’époque le Royaume de France.

Je n’aime pas beaucoup ce patrimoine militaire, mais il fait partie de l’Histoire, et celui qui l’a érigé n’était pas n’importe qui…
Aujourd’hui, beaucoup pensent que, pour bâtir ces constructions, Vauban s’est inspiré des témoignages des chefs de guerre qu’il a interrogés sans aller lui même sur le terrain.
Une sorte de militaire d’opérette, avec perruque poudrée et habit de dentelles.

Et bien non… Vauban fut bel et bien un soldat combattant.
Un sacré soldat, même…
La carrière militaire était celle qui lui était destinée depuis son enfance, lui qui est né dans une famille de la petite noblesse du Morvan, consacrée à l’armée depuis des générations.

Le jeune Sébastien entre comme cadet dans un régiment de cavalerie en 1651, arme la plus prestigieuse de l’époque.
Très vite, il se fera remarquer pour sa bravoure, lors de son engagement dans l’armée engagée contre Condé, alors frondeur.
Plus tard, il sera fait prisonnier, puis Mazarin arrivera à le convaincre de rejoindre le service du Roi. Il sert alors avec panache sous les ordres du maréchal de la Ferté, puis sous ceux du Chevalier de Clerville mais poursuivra parallèlement son apprentissage d’ingénieur.
Vauban sera plusieurs fois blessé au combat, vivra dans des conditions périlleuses sa tâche d’ingénieur. Les hommes qui remplissaient cette fonction ne survivaient, pour la plupart, que quatre ou cinq sièges tant leur tâche était dangereuse.

En 1667, il reçoit un coup de mousquet en plein visage.
Estimé par Louis XIV et Louvois, il est tancé par ceux-ci dès qu’il met sa vie en péril.
Et c’est souvent le cas…
A la fois architecte et soldat, il est astreint à un service permanent qui ne favorise pas l’avancement de sa carrière militaire.
Celle-ci le mène à avoir un premier commandement militaire à Brest en 1694 où il se trouve sous les ordres de deux supérieurs hiérarchiques… dont il ne sait auquel obéir.
Il deviendra maréchal de France en 1703… trop tard pour se voir confier une armée, ce qui le rendra amer.

Vauban souhaitait faire de la France un « pré carré », comme il le disait lui même, protégé par une ceinture de citadelles. Il a construit ou réaménagé une bonne centaine de places fortes.
Franc et lucide, il a pris à bras de le corps de multiples problèmes, sortant largement du cadre de l’architecture militaire.
Il observait les faiblesses du royaume et y apportait des solutions, des réformes, se préoccupant particulièrement du sort des plus démunis. Humaniste, il était passionné par la justice sociale. L’anecdote expliquant qu’il partageait ses primes et ses soldes avec ses officiers les moins nantis est révélatrice en ce sens…
Ne supportant pas l’injustice, il protégeait et aidait les plus faibles, mais restait un homme au caractère fort, exigeant et pointilleux dans son travail.

Vauban est mort de ce qu’il pensait être un rhume, qui a dégénéré en bronchite chronique.
Un rhume… pour un homme qui a failli perdre la vie si souvent sur les champs de bataille…
Les dépositions de son valet de chambre, Jean Colas, sont arrivées jusqu’à nous, nous permettant de connaître le récit des derniers jours de son maître, emporté par une embolie pulmonaire.
Jusqu’au bout, le marquis de Vauban a conservé sa vivacité d’esprit.
Saint-Simon a fait courir la rumeur qu’il serait mort de chagrin, étouffé par trop d’amertume.
Les historiens s’accordent à estimer que c’est faux.
Vauban n’a connu ni disgrâce ni tracasseries venues de la Cour.
L’homme a laissé beaucoup d’écrits et de nombreux livres lui ont été consacrés.
Une très belle statue de Pierre Duc le représente en plein travail à l’entrée de la citadelle de Besançon, l’une des plus belles de l’architecte, aujourd’hui lieu touristique et culturel.

Pourquoi me suis-je penchée sur ce personnage?
Parce que j’ai si souvent entendu « C’est une tour Vauban ou une citadelle Vauban » que j’ai fini par réaliser que le nom est presque devenu un label machinal prononcé par des générations oubliant que, derrière ce nom, existait un homme étonnant…

Martine Bernier

Les poubelles de Shakespeare ou le bon usage des détritus

12 avril, 2010

Inattendu… c’est le moins que l’on puisse dire…
A Stratford, en Grande Bretagne, des archéologues ont fait une découverte cruciale.
Ils ont trouvé ce qu’ils pensent être la fosse à ordure de Shakespeare.
Et alors, me direz-vous?
Ils espèrent pouvoir apporter des détails supplémentaires sur la vie du célèbre auteur anglais, en fouillant ces « poubelles » datant de 250 ans, sur le site du terrain où se trouvait la demeure de l’écrivain.
Des archéologues ont débuté les fouilles sur le terrain qui a abrité la demeure de Shakespeare jusqu’à sa démolition il y a 250 ans.
L’un des archéologues, Kevin Colls, a déclaré, tout content, que « Même le plus petit morceau de poterie pourrait nous en apprendre un peu plus sur la vie de Shakespeare, comme ce qu’il aimait manger ou boire ». Ses collègues et lui espèrent ainsi pouvoir mettre en lumière la vie de l’auteur et prouver qu’il aurait écrit la plupart de ses ouvrages, sur cette propriété et non pas à Londres.

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement entre cette recherche historique et les déplorables habitudes de certains paparazzis qui volent les poubelles des vedettes pour en photographier le contenu et en faire des articles ô combien passionnants.
Moralité, il y a deux façons d’envisager le rapt d’une poubelle.
L’un pour la bonne cause et l’avancement de la connaissance universelle, l’autre… hum

Martine Bernier

L’Histoire sur le sable

29 mars, 2010

J’ai reçu ce lundi un lien Internet vers une vidéo magnifique.

Elle présente la prestation de la jeune et très belle Kseniya Simonova lors de la finale « Tu as du talent » en Ukraine.
Elle est arrivée a faire pleurer le jury lors de cette finale où elle représentait une scène de l’invasion allemande d’Ukraine durant la seconde guerre mondiale, en utilisant ses doigts sur une superficie de sable.

Dire que c’est extraordinaire est peu dire…

Le talent de cette demoiselle est doublé d’une profondeur et d’une gravité complètement inattendues dans ce genre d’émissions.
Il faut juste regarder et se taire…

Martine Bernier

http://pelapapas.com.mx/htmls/animacion-arena-2.html

Sissi et le lac….

27 mars, 2010

Au lendemain de cette journée d’opération, je subis le contrecoup, comme tout le monde dans ces cas-là .
Je me suis remise à  écrire.
Un peu.
C’est mon refuge, mon oxygène, mon travail.
La fenêtre s’ouvre sur le lac, insolent de beauté bleue dans son écrin de montagnes.
Très souvent, quand je le regarde, je pense à  l’impératrice Elisabeth d’Autriche.
Quand elle voulait fuir la rigidité de l’étiquette de la Cour, elle s’échappait.
Elle a effectué plusieurs séjours sur les bords du Léman, entre 1893 et 1898.
Elle descendait dans les palaces de Montreux, Territet et Caux avec sa suite.
L’air de la Suisse était favorable à  cette femme indomptable, souffrant de tuberculose.
Elle était toujours vêtue de noir, disent les textes qui en parlent.
Plutôt que de se perdre dans  la foule des quais, elle préférait se réfugier en montagnes, faisait des excursions aux Rochers-de-Naye, Caux, Bex ou les Avants.
C’est d’ailleurs à  Genève, le 10 septembre 1898, qu’elle a été assassinée par un anarchiste italien alors qu’elle s’apprêtait à  monter sur le bateau qui devait la ramener à  Montreux.

Ce lac a été admiré, aimé, célébré par des générations de gens, célèbres ou non, qui en sont tombés amoureux.
Les hommes passent, lui reste là , immuable.
Aujourd’hui, fragile, c’est moi qui pose les yeux sur lui.
Pour ceux qui l’ignoreraient, le Léman est très grand.
72,8 km, ce n’est pas rien…
Cette masse d’eau est un ancrage à peine mouvant.
J’ai un décor de carte postale devant ma fenêtre.
Mais je n’arrive pas à me dire que je suis chez moi.
D’ailleurs… qui est vraiment chez lui?

Martine Bernier

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