Archive pour le 19 février, 2009

Histoire de France expliquée à Martine, épisode 2, le débarquement de Normandie.

19 février, 2009

Alors là, gros morceau. J’ai toujours adoré cette période de l’histoire. Peut être parce que certain membres de ma famille l’ont vécue, soit, comme la grande majorité des français en spectateurs apeurés, soit, comme d’autres beaucoup plus rares, dans une résistance qui les a menés dans des camps qui n’étaient pas vraiment de vacances et dont ils sont revenus dans un état proche de la fin. Mais c’est une autre histoire…

Revenons au débarquement. Donc, dans nos voyages, nous nous sommes retrouvés du côté de Caen. Petit détour par Pegasus Bridge et par un petit café à l’entrée du Pont. On peut voir « Première maison libérée de France « . Une toute petite maison qu’il faut imaginer le soir du 5 juin 1944, dans un secteur archi protégé. Et d’un coup une nuée de planeurs arrivent, chargés de soldats dont la mission est de tenir le pont. Ces braves gens se retrouvent en quelques secondes propriétaires d’un monument historique !

J’expliquais tout ça à Martine, nous entrons dans la maison, toute petite, couverte de photos de lettres illustres. Malheureusement la fille du propriétaire de l’époque n’est pas là. Cette dame a une prestance qui dénote avec la modestie des lieux, et elle sait maintenir le souvenir de cet endroit.

Quelques kilomètres plus loin, un autre lieu qui a surpris Martine, Sainte Mère l’Eglise.
Au clocher de ce village, pendouille un mannequin habillé en parachutiste américain.

Keksekessa ? Me disent les yeux de Martine (elle ne dirait jamais une chose pareille).

Hé bien, au débarquement, les alliés ont envoyés des milliers de parachutistes en avant-poste. Là encore, à l’époque c’était un peu du sport. Ils sautaient de nuit dans une zone qui avait été préalablement inondée par les Allemands. Nombreux de ces malheureux périrent noyés sous le poids de leur matériel sans combattre.
Pour préparer le terrain, des éclaireurs sautaient en premier pour baliser les zones d’atterrissage. Avec le vent, l’eau et le reste, ce balisage a été plus qu’approximatif.
Ce soir là, manque de chance, un incendie éclate au centre ville de Sainte Mère, les braves parachutistes sont parachutés et prennent la lueur d e l’incendie pour la balise. L’un d’entre eux atterrie sur le clocher de l’église et va assister à cet événement pendu en se faisant tirer dessus. En souvenir de cela, ce mannequin a été placé là.

Nous continuons notre balade, bien sur il y a les plages, le plus curieux est de trouver des monuments dressés là souvent par des troupes du Génie, la copie de la statue d’une place de Londres ou d’autres choses.

En remontant le long du Cotentin, j’ai eu l’idée de l’emmener visiter la maison de Prévert. Je lui laisse le plaisir d’en parler, je commenterai ensuite. J’adore Prévert et je dois confier sans dévoiler le sujet que le cimetière m’a plus touché que la maison.

Alain

Une vie de chien… ou voyage en Absurdie

19 février, 2009

Etre journaliste pose un problème majeur: il arrive que devoir traiter des sujets avec lesquels nous ne sommes pas du tout en accord.
Mais, partant du fait que, sauf si la façon de le présenter est un billet d’humeur, notre avis importe peu.
Il faudrait ne jamais perdre de vue que notre première mission est d’informer de la manière la plus complète et la plus impartiale possible.

Hier, je me suis trouvée confrontée à ce problème, heureusement pour un sujet qui n’est pas essentiel à la survie du monde.
Quoique.

Je suis allée rencontrer une dame, charmante au demeurant, qui, pour se remettre d’une séparation douloureuse, s’est lancée dans une nouvelle activité: la pâtisserie pour chiens, 100% naturelle.
Jusque là, pas de problème. Ses biscuits sont dépourvus de sucre, de sel, d’édulcorants, d’agents conservateurs, mais confectionné à base de farine et de poulet, viande, carottes etc.
De l’avis des vétérinaires interrogés: ce n’est pas utile, mais au moins, ce n’est pas mauvais pour les chiens.

Ma propre chienne, Scotty Bernier, ma testeuse préférée, après avoir goûté (ou plutôt voracement dévoré) l’un des biscuits offerts à son intention par mon interlocutrice, m’a avoué qu’ils n’étaient pas mauvais du tout.
Quoi qu’un peu durs.

Là où les choses ont commencé à me mettre mal à l’aise, c’est lorsque j’ai appris que les clients de la dame en question lui commandaient des gâteaux d’anniversaire pour chiens.
Gâteaux accompagnés, comme il se doit, d’une bougie… et d’un chapeau pointu en carton « pour faire la fête ».

J’ai souri. Il ne fallait pas: c’était parfaitement sérieux.

L’entretien s’est poursuivi. Et la suite ne m’a pas franchement rassurée.
Me présentant sa boutique, très cosy, la maîtresse des lieux m’a montré un autre créneau d’articles qu’elle y propose: les vêtements pour chiens.

J’ai un vrai talon d’Achille, une tare insupportable. Quand quelque chose me semble ridicule, j’ai tendance à attraper le fou rire et à me brancher illico sur « mode dérision ». Ce qui peut prendre des proportions dantesques.

Les manteaux molletonnés… hum, mais passe encore.
Mais les chapeaux, la robe haute-couture bordée de dentelles, les combis rose bonbon ou les casquettes, et la simple évocation des baskets, bikinis et autre robe de mariée…
C’est comme essayer de me faire avaler du fenouil: cela ne passe pas. Ceux qui n’aiment pas le fenouil me comprendront: c’est pathologique.

J’ai aussitôt embrayé dans l’un de mes délires, faisant cependant attention de ne pas blesser mon interlocutrice qui, elle, s’adonne à son activité en toute bonne foi, tout à fait attendrie par ces petits vêtements « a-do-ra-bleuuuus ».

Aujourd’hui, devant mon écran, arrivée à l’épisode « écriture » de la chose, mon esprit meurt d’envie de partir dans un pamphlet que ma raison m’interdit.

Jetant un oeil à Scott, qui, toujours très digne, me couve d’un regard interrogateur sous ses sourcils broussailleux, je lui ai dit (par télépathie: en règle général, je ne fais pas de sermon à mon chien):
- Estime-toi heureuse… tu vois à quoi tu échappes ?

De toute façon, si l’envie me prenait de l’affubler de l’un ou l’autre de ces accoutrements ridicules, elle aurait vite fait de me rappeler à l’ordre en réduisant le précieux chiffon haute-couture en charpie. Et elle aurait raison.
Comme pour m’approuver, tout en remuant son énorme moustache de colonel à la retraite, elle est allée se coucher dans son panier, fort confortablement, les quatre pattes en l’air. Un vrai bien-être de chien, à la Snoopy, et pas à la Claudia Schiffer.

Quelle drôle de société où l’on oublie qu’un chien est un animal…

Martine Bernier

Les différences entre les hommes et les femmes. Chapitre 5. Le Taiseux

19 février, 2009

L’homme que j’aime dit souvent de lui « Je suis un taiseux… ».
Il m’a fallu deux ans pour comprendre son fonctionnement sur ce point.
Deux ans pour réaliser que son manque de mots n’intervenait qu’à certains moments bien précis, et non dans chaque domaine de sa vie.
Deux ans pour assimiler et accepter le fait que l’Homme et la Femme ne réagissent pas de la même manière sur ce point.

Lorsque je l’entends, au téléphone, ou le voit parler avec ses collègues, ses partenaires de travail ou ses amis, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il n’a rien d’un taciturne.
Au contraire, c’est un véritable orateur. Il a de la contrepartie, un vocabulaire riche, un humour qui vient saupoudrer ses phrases, le tout servi par une voix magnifique. (non, non, je le répète: je ne suis pas partiale!)
Avec le temps, j’ai réalisé le rôle qu’il tient auprès de ses collègues dont beaucoup l’appellent simplement pour prendre conseil ou partager leurs états d’âme.

En l’écoutant dans ces moments-là, je me dis qu’il est l’inverse d’un taiseux…
Et je dégouline de fierté face à son aisance.

Pourtant, il ne ment pas.
Tout au long de notre histoire, nous avons eu à affronter des moments très difficiles.
La situation semblait sans issue, il nous fallait une force colossale pour tenir bon et, surtout, pour apprendre à nous connaître et comprendre les réactions de l’Autre.
Grâce à cet amour profond qui nous pousse depuis le début l’un vers l’autre, je crois que jamais, ni lui ni moi n’avons autant évolué et avancé dans notre connaissance de l’autre sexe.

J’ai découvert très vite que 40 ans de vie d’homme l’avaient poussé à se réfugier dans sa grotte dès qu’il se sentait blessé, mal compris, mal écouté, mal aimé.
J’ai compris qu’il n’avait pas l’habitude d’échanger, de se confier, de « dire »…
Il a fallu longtemps…
Il a fallu d’abord qu’il se laisse apprivoiser, comme il a dû le faire pour moi sur d’autres plans.
Il a fallu qu’il me laisse pénétrer dans cette triste grotte de silence et de solitude.
J’y suis d’abord restée sans rien dire, juste en étant là, près de lui.
Je comprends qu’il en sortait toujours déprimé. Il voyait là se poser sur lui ce que j’appelle les grands papillons noirs.
Il a progressivement accepté ma présence dans les pires moments, n’est plus parti en claquant la porte pour fuir les mots…
Puis je lui ai demandé, doucement, d’exprimer ses douleurs plutôt que de les laisser sortir de lui à travers des gestes de souffrance ou de désespoir aussi intenses que ceux d’un enfant.
Ensemble, nous avons laissé entrer le soleil dans sa grotte, nous en avons refait la déco!
Il n’y retourne plus que très rarement…

Jamais je n’ai vu personne effectuer sur lui un travail tel que celui qu’il a accompli.
Il a lutté contre lui-même, a appris au jour le jour à réagir différemment, à utiliser d’autres moyens de communication que ceux qui étaient les siens jusque-là.
Il a aussi et surtout appris à avoir confiance, à me considérer comme une partenaire à part entière…

Pourquoi la société apprend elle à nos garçons qu’ils doivent devenir des hommes solides, endurcis, ne pas pleurer, assumer toutes les difficultés de leur vie sans se plaindre, seuls?
Et pourquoi trop de femmes pensent-elles encore qu’elles doivent leur attribuer le rôle unique de protecteur, de pilier responsable du quotidien?
Il a fallu défaire avec lui ce tissage de préjugés, lui faire comprendre que toute cette douceur, cette tendresse, ces qualités subtiles qu’il a en lui ne sont pas une fragilité mais une force.

Un long chemin, parfois douloureux, au cours duquel il a parfois eu des soubresauts qui nous faisaient mal à tous les deux.
Soubresauts auxquels je ne réagissais sûrement pas toujours bien non plus… étant plutôt sauvage de nature, moi aussi.
Mais un chemin passionnant, que, peut-être, nous n’aurions jamais pu effectuer si nous avions eu 20 ou 30 ans…
Qu’on le veuille ou non, l’être humain homme ou femme n’arrive pas complet à l’âge adulte.
Ce ne sont que nos expériences et nos rencontres qui font de nous ce que nous sommes et nous permettent de recevoir les cadeaux de la vie.

Cet amour qui nous a été donné, nous l’avons reçu comme un service en cristal extrêmement fragile, à préserver à tout prix.
A vingt ans, jeunes, turbulents et plus axés sur nos propres personnes, nous l’aurions sans doute cassé…
Ou, pire, nous l’aurions laissé prendre la poussière…
Et la poussière du temps… c’est l’un de nos ennemis majeurs.

Il a fallu beaucoup d’amour et de patience, à lui comme à moi, pour accepter l’Autre dans toute sa sensibilité, dans ses faiblesses et ses craintes.
Pour comprendre que le dialogue et l’amour sont la clé de tout.
Mais quel bonheur fabuleux de nous retrouver à chaque fois, de savoir que nous avions encore avancé ensemble…
Chaque erreur que nous commettions, nous savions que nous ne la répéterions pas.
Une seule règle d’or: apprendre à se parler et faire en sorte qu’aucun de nos mots ou de nos gestes ne blesse l’autre.
Avec 900 km de distance et des vies compliquées, c’était loin d’être gagné…

Aujourd’hui, ni lui ni moi ne sommes semblables à ceux que nous étions il y a près de trois ans, au moment de notre rencontre.
Nous avons grandi….
Et cette multitude de petits riens que nous avons partagés ont tissé une nuée de liens de plus en plus solides entre nous.. la trame de notre histoire.

Par-dessus tout, lui, mon « taiseux », a appris à utiliser les mots qu’il n’avait jamais prononcés.
Ces mots d’amour qui lui semblaient vains ou désuets…
Aujourd’hui, c’est à peine s’il a gardé une certaine pudeur.
Il y a encore quelques mois, il les murmurait plus facilement qu’il ne les disait.
Aujourd’hui, il n’en est plus avare…
Il a compris qu’en m’exprimant ce qu’il ressent lui aussi au fin fond de son être, il me pose des étoiles dans les yeux.
Pas simple pour lui: en femme digne de son nom, j’ai un besoin infini de lui entendre dire des milliers de fois dans la journée les mots qui boostent, qui rendent heureux.
Alors que lui, en homme digne de son nom itou, ne comprend pas toujours ce besoin insolite. Mais l’accepte…

Sur la façon de nous exprimer, nous, Hommes et Femmes, sommes très, très différents.
Même avec énormément d’amour partagé, il ne faut pas croire que tout viendra tout seul, sans effort.
Il faut de l’attention, des compromis, de l’écoute, de la compréhension.
Mais c’est tellement passionnant, tellement enrichissant lorsque les deux partenaires ont la même envie de trouver l’harmonie, que cela renforce encore le lien….

Notez que… bien au-delà de ce que je peux écrire, il a du mérite, et ne se laisse pas faire.
Exemple, ce dialogue.

- Mon coeur, tu me trouves horriblement pénible?
- Houlààààà…. oui!
- Tu le penses?
- Non
- Je t’aime…
- Je t’aime aussi… Plus!
- Dis, que suis-je pour toi?
- heu…
- ?
- Mon emmerdouilleuse adorée!

Moralité?
Hum.
Lui Tarzan, moi Jane.

Martine Bernier